Top 20 cinéma 2018

Le top 20 cinéma pour l’année 2018 est arrêté. Explications de certains choix tout en précisant quels œuvres remarquées ailleurs n’ont pas été découvertes et bilan en quatre parties pour vous donner envie de (re)découvrir ces beaux longs métrages. Ci-dessus, Andrea Riseborough dans Mandy de Panos Cosmatos.

La Casa lobo

Top 20 Cinéma 2018

20. Les Frères Sisters
19. Tully
18. Plaire, aimer et courir vite
17. Nos Batailles
16. Joueurs
15. Une affaire de famille
14. Dogman
13. Les Veuves
12. Mandy
11. Pentagon Papers
10. Upgrade
09. Battleship Island
08. La Douleur
07. Phanthom Thread
06. Burning
05. Ready Player One
04. 3 Billboards – les panneaux de la vengeance
03. BlacKkKlansman
02. The House that Jack built
01. La Casa Lobo

High life

Avant de commenter les films retenus dans la liste ci-dessus, une précision sur les films qui ont été manqués, et qui peut-être auraient trouvé leur place au détriment de certains évidemment. Je ne vous oublie pas, vous serez découvert plus tard, sur un petit écran. Voici cette liste évidemment non exhaustive : Human Flow ; Winter Brothers ; Moi, Tonya ; Un peuple et son roi ; Zama ; Madame de Joncquières ; Guy ; The Rider ; Avant l’aurore ; Sauvage ; Cassandro The Exotico ; Manta Ray ; Shéhérazade ; Girl ;Sophia Antipolis ; En Liberté ! ; High Life ; Troppa Grazia ; Mes provinciales ; Les Indestructibles 2 ; Hérédité ; Thunder Road ; Pupille ; Spider-Man into the Spider verse.

Mandy

La salle, une chance

En 2018, la bataille entre la salle et le petit écran a suscité un fort martellement des claviers et téléphones : d’aucuns affirment qu’un film n’est un film que s’il passe par la case cinéma. Polémiques de Cannes à Venise, de La Ballade de Buster Scruggs des frères Coen à Roma d’Alfonso Cuarón. S’il y a bien des téléfilms qui sont conçus dans une certaine économie pour une diffusion directement à la télévision, il y a des œuvres dont le destin se dessine au gré du marché et de la distribution, parfois suite au tournage. Qu’un long métrage soit distribué par Netflix, Amazon Prime, directement en DVD et Blu-ray ou d’autres moyens éclipsant la salle de cinéma, il y aura bien eu au travail toute une équipe œuvrant pour la conception d’un film, pendant plusieurs jours, semaines ou mois. Il y a de plus belles façons de déclarer son amour à la salle de cinéma qu’en dénigrant les films qui n’ont pas la chance d’y être projetée. Et j’emploie bien le terme chance, car aujourd’hui, il en faut pour pouvoir s’imposer, marcher dès sa première semaine et connaître une vraie vie en salle. Et c’est pour cette raison qu’on peut notamment saluer le thriller danois The Guilty – absent du top 20 mais si proche – pour avoir occupé si longuement nos cinémas avec des noms parfaitement inconnus chez nous. Comme quoi, on peut rencontrer du succès sans miser sur des stars, une promo tapageuse. Bien sûr, un peu plus de 270 000 spectateurs, à côté des millions de grosses machines parfois abjectes, c’est presque dérisoire, mais on peut parler de succès. Un succès qui peut être rencontré uniquement quand on donne une chance aux bons films, et que ces derniers ont ensuite la chance de rencontrer le public. Délicats paramètres.
Une chance que n’auront pas eu deux films du classement, pas vraiment exploités en 2018 mais conservés dans le top après mûres réflexions. Il y a déjà le numéro un, l’incroyable film d’animation cauchemardesque La Casa Lobo de Cristóbal León et Joaquín Cociña. Un conte détourné en une expérience sensorielle parfois effroyable, car le monstre y est bien réel. Pour découvrir ce film en France, il fallait se rendre au Festival du Film d’Animation d’Annecy, où il reçut une Mention du jury, ou bien être abonné à Mubi, qui le diffusa sur sa plate-forme pendant un mois. Maintenant, le film est invisible chez nous, et ne connaîtra probablement de sortie en salle. Sa première position dans mon top ne tient pas de son indisponibilité, c’est vraiment le film qui m’a le plus renversé au cours de l’année. Situation un peu différente pour Mandy de Panos Cosmatos. Ce trip hallucinogène avec Nicolas Cage a été d’abord montré à la Quinzaine des réalisateurs à Cannes, puis donc en reprise pour réapparaître à l’Etrange Festival en septembre. Officiellement, ce sera un film de l’année 2019 en France où il sortira en DVD et Blu-ray, le 6 février. Bien entendu ces deux longs métrages ne sont pas simples à exploiter, ce sont des œuvres qui ne peuvent pas plaire à tout le monde, mais que se passera-t-il quand les salles ne diffuseront plus que les films « conçus pour plaire à tout le monde » ? Quand la diversité sera définitivement replié vers la vidéo et la VOD ? Bravo aux festivals, à leurs programmateurs et équipes pour permettre à ce genre de cinéma d’exister sur grand écran, même si c’est éphémère – notons que je n’aurais pas laissé dans mon top 2018 des œuvres projetés en festival et destinées à sortir en salle cette année.

Ready Player One

Lutter contre les tourments et la noirceur du monde

S’il est bien sûr impossible de connecter thématiquement les 20 films de mon top cinéma 2018, on peut constater que la plupart baigne dans une noirceur humaine ou sociale contre laquelle il faut lutter, y compris le nostalgique blockbuster Ready Player One, l’unique perle à mes yeux en matière de cinéma à gros budget dans une année toujours dominée par les filons des super héros et suites avec plus ou moins de saveur, mais jamais d’extase. Dans The House that Jack built, c’est une plongée sans concession dans la noirceur de l’âme humaine, dans l’ignominie la plus totale, où le meurtre est élevé au rang d’art macabre. Dans BlacKkKlansman et 3 Billboards, il y a un besoin de justice qui anime les protagonistes, pour s’opposer au racisme, à l’antisémitisme, à l’homophobie, aux crimes les plus vils. Une nécessité de changer la société (américaine). Pour Pentagon Papers, ce changement passe par la nécessité de la vérité grâce à un travail journalistique capital. Dans le très peu diffusé Battleship Island, c’est une révolte insulaire qui explose au visage du spectateur tandis que Les Frères Sisters dépeignent l’impossibilité d’une utopie dans un monde en manque de loi, tout en célébrant les liens du sang. Des liens et des lois questionnées dans la Palme d’Or obtenue par Hirokazu Kore-Eda pour Une affaire de famille : est-ce un crime que de substituer à ses parents une enfant mal aimée et lui offrir un véritable amour familial ?

Joueurs

Etats de détresse

Qu’il s’agisse d’amour ou de vengeance, les protagonistes en détresse dans leur couple ou dans les cendres de ce dernier auront été légion. Phantom Thread compose avec un duo vénéneux, insidieux affrontement sentimental dans le monde de la haute couture alors que Burning taraude son protagoniste par une relation manquée, examinant une fracture sociale ouverte vers le thriller. L’absence comme vecteur de détresse absolue avec La Douleur, cette Seconde Guerre Mondiale qui s’achève et ce mari qui ne revient pas, alors que Paris retrouve ses couleurs. Derrière l’allégresse, une femme reste lucide, observe, se lamente, ébranlée au plus profond de son être. Côté science-fiction à petit budget, Upgrade se reçoit comme un uppercut avec son univers dystopique certes sans grande originalité mais une mise en scène à se décrocher la mâchoire lors des séquences d’action : la vengeance pour moteur. Dans Dogman la détresse sociale conduit un toiletteur canin à franchir la ligne jaune. A flirter avec le mal pour y échapper, on finit par y plonger : tout comme dans la relation explosive de Joueurs, où une jeune femme devient, par addiction amoureuse, accro aux jeux d’argent. Frappé par le deuil, un groupe de femmes doit monter un coup dans Les Veuves, et ce, afin d’échapper au mal laissé par leurs défunts époux.

Tully

Continuer sa route

La structure familiale se retrouve déstabilisée par le départ si soudain de la mère dans Nos Batailles et pourtant, il y a l’espoir de retrouver l’équilibre, en continuant d’avancer, en préservant ses convictions dans un milieu professionnel où il est facile de renier ses idéaux. On continue sa route, même lorsque certains sont déjà au bout du chemin, prématurément, comme dans le mélancolique, drôle et sensuel Plaire, aimer et courir vite. Peut-on s’abandonner à une ultime romance alors que la disparition est inévitablement si proche ? Il faudra continuer à vivre malgré ceux qui disparaissent. Tenir la barre, c’est aussi ce que montre le portrait de mère en détresse de Tully, où la quarantaine est abordée sous un angle parfait, tout en nuances. Trois œuvres portées vers la lumière avec cet équilibre délicat entre l’amertume et la drôlerie, un déploiement de sentiments réels, un regard fort sur la vie et ses aléas, en somme, tout ce qu’on aime retrouver au cinéma.

Article rédigé par Dom

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