Cannes 2016 : Dancer in the light

Cannes 69 jour 3 avec trois films et un court passage à la plage Nespresso : Sieranevada, Toni Erdmann et La Danseuse avec ses stupéfiantes scènes de danse. Ci-dessus, Thierry Frémaux et l’équipe du film La Danseuse.

Sieranevada

La journée débute par le rattrapage du plus long film en compétition en salle du Soixantième, Sieranevada du roumain Cristi Puiu, 2H53 au compteur ! Il s’agit d’un huis clos presque complet autour d’un repas de famille en période de Noël, seulement ce n’est pas les fêtes de fin d’année qui les réunissent mais un décès. Le réalisateur choisit un dispositif fort, frappant de réalisme à l’aide de sa direction d’acteur absolument parfaite : la caméra, toujours fixe sur son pied, suit les comédiens à l’aide de mouvements panoramiques constants, depuis l’entrée de l’appartement ou dans la salle à manger et la cuisine. Un véritable ballet où il est d’abord question de théories du complot à propos du 11 septembre (et de Charlie Hebdo), avant de revenir vers des problèmes plus intimes d’adultère. Mensonges d’états et mensonges familiaux se croisent dans une invitation à la réflexion sur la véracité des actes, de questionner les faits avec un raisonnement méthodique. Les liens se tissent et la force dramatique augmente au fil des minutes où les personnages vont et viennent, lavent leur linge sale alors que l’épouse du défunt tente de respecter un rituel pour commémorer le disparu. Souvent drôle, Sieranevada est une chronique rare sur les liens familiaux qui fait la belle part à la rhétorique et la dialectique. Un sérieux prétendant pour le palmarès.

Après avoir croisé Ken Loach, premier saut à la plage Nespresso dont je vous donnerai de plus amples nouvelles la semaine prochaine, ayant la chance et l’honneur de faire parti des ambassadeurs de la plage. Pas de George Clooney en vue lors de ce court passage mais une Virginie Efira concentrée face à des journalistes l’interviewant pour Victoria.

toni-erdmann

La première grosse déception du festival vient d’Allemagne avec Toni Erdmann de Maren Aden. L’action se déroule également en Roumanie, à Bucarest : Ines (Sandra Hüller) a quitté l’Allemagne pour poursuivre sa carrière de consultante dans une grande firme. Son père (Peter Simonischek), un homme fantasque avec un goût prononcé pour la farce, voit que sa fille n’est pas heureuse. Il va alors s’imposer dans son quotidien, surgissant comme un homme des cavernes pour bouleverser ses rapports professionnels avec un sens du gag qui n’est pas toujours maîtrisé par la réalisatrice. Oui, le film détient une vraie force comique, mais ce long métrage s’avère trop long et surtout trop démonstratif : dès l’apparition du père à Bucarest, la trajectoire de l’oeuvre devient une évidence dont le dénouement sera retardé au maximum. Reste quelques beaux moments burlesques, notamment dans la dernière partie du film ainsi qu’un numéro musical inattendu. Bien que la salle, uniquement remplie de journalistes, a ri aux éclats et même applaudi durant certaines scènes – chose rare –, j’ai pour ma part fini par rire jaune – d’autant plus que, badge jaune oblige, nous sommes rentrés au dernier moment, sur le lancement du film, jetés au balcon dans le noir. C’est donc l’escalier qui me servit de triste siège.

la-danseuse

Mais la journée s’achève avec plus d’éclat grâce à la séance de gala de La Danseuse, premier film de Stéphanie Di Giusto, sélectionné à Un Certain Regard. Sur scène, Thierry Frémaux a invité l’équipe, la réalisatrice donc, le producteur Alain Attal, les comédiens Soko, Gaspard Ulliel, Mélanie Thierry, Lily-Rose Depp et Louis-Do de Lencquesaing – il ne manquait que François Damiens pour avoir la bande au complet. Dans la salle, du beau monde, comme Bertrand Tavernier et Vanessa Paradis – maman de Lily-Rose. La Danseuse retrace le parcours de la danseuse avant-gardiste Loïe Fuller (Soko), qui bouleversa l’approche de son art au début du XXème siècle grâce à une performance aérienne où la longue robe blanche de l’artiste embrasse un jeu de lumière fabuleux. Les scènes de danse sont absolument merveilleuses, saisissants moments de grâce absolue qui combinent le talent de l’interprète mais aussi du chef opérateur Benoît Debie. Des Etats-unis vers la France, à l’aide d’un comte joué par l’élégant Gaspard Ulliel, La Danseuse dépeint le parcours d’une jeune femme visionnaire et atypique, soutenue par de rares personnes qui croient en son geste artistique impliquant une technique coûteuse et difficilement maitrisable. Viendra aussi Isadora (Lily-Rose Depp), une danseuse dont la grâce fragile complétera (et percutera) l’approche de Loïe, sacrifiant sa santé pour sa passion. Si ce premier long métrage montre des erreurs de jeunesse et un certain tâtonnement dans la mise en scène en dehors des performances, on pourra saluer l’alliage de la fougue et de la grâce dont il fait preuve. L’équipe reçoit en fin de projection des applaudissements loin d’être volés pour nous avoir transporté l’espace de plusieurs minutes dans le rêve stupéfiant d’une autre époque. Dancer in the light.

Gaspard Ulliel et une fan

Gaspard Ulliel et une fan

On ne gagne pas le Cannes de la nuit en ce vendredi : samedi sera riche en films dès 8h30 et devrait se conclure dans une ambiance rock à la Villa Schweppes.

Article rédigé par Dom

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