15 films à voir avant la fin – partie 2

Suite et fin des 15 films à voir avant la fin des fins. Et si jamais l’apocalypse est annulée, cela fera toujours quelques films en plus dans votre mémoire d’amateur de cinéma ou de passionné obsessionnel. Et sait-on jamais, l’au-delà nous réserve peut-être un grand quizz sur le cinéma ; une rumeur voudrait que les participants obtenant les plus mauvais scores se réincarnent en poil de Paul W.S. Anderson. Prudence, donc !

9. Le Miroir (Andreï Tarkovski, 1975)

Unir la mémoire au songe, la famille à la patrie, dans un mouvement d’une grande douceur, touché par la grâce – un prodige. Quatrième long métrage de Tarkovski, Le Miroir est celui développant la forme la plus audacieuse, qui inspirera grandement Terrence Malick pour The Tree of life, premier film de cette liste. Le cinéaste russe navigue avec une aisance inouïe dans des fragments de rêves et de souvenirs articulés autour d’un homme, marqué par la séparation de ses parents durant son enfance. Si le hors champ caractérise la figure paternelle, la figure maternelle, elle, demeure dans le cadre avec un magnétisme troublant, grâce au regard porté sur la singulière beauté de l’actrice Margarita Terekhova, source de fascination multiple tant ses apparitions évoquent des tableaux toujours différents. L’agencement si particulier des séquences de ce long métrage renforce le caractère merveilleux de chacune d’entre elles. Chaque mouvement de caméra stimule l’accomplissement d’un miracle cinématographique, défiant parfois la gravité et les quatre éléments. Avec ses poèmes narrés en off, Le Miroir emporte le spectateur dans un espace philosophique d’une splendeur surnaturelle. Unique en son genre.
A voir aussi : le dossier, Connaissez-vous Andreï Tarkovski ?

 

10. Lost Highway (David Lynch, 1997)

Passionnantes sont les conversations autour de Lost Highway : chaque spectateur possède sa propre théorie à propos de ce thriller novateur. Se perdre sur cette autoroute confectionnée par David Lynch n’a rien d’anormal et, après tout, l’essentiel ne repose pas dans la compréhension ni dans la théorisation mais dans l’expérience même du film. Mystérieux et inquiétant, érotique et brutal, onirique et cérébral, ce long métrage, dans lequel brillent Patricia Arquette, Bill Pullman et Balthazar Getty, propose un voyage sensoriel, s’émancipant des contraintes scénaristiques avec maestria. Couple sous surveillance, soupçon d’adultère et passages à l’acte établissent un parcours sinueux, rythmé par une bande originale aussi éclectique que jouissive produite par Trent Reznor. Ajoutez à cela une photographie somptueuse par Peter Deming et vous obtenez un chef d’œuvre du 7ème art, dont le charme nébuleux ne cesse de croître à chaque nouvelle plongée dans le film.
A voir aussi : le test blu-ray de Lost Highway et l’analyse de séquence, quand Pete rencontre Alice.

 

11. 2001 : l’Odyssée de l’espace (Stanley Kubrick, 1968)

De l’aube de l’humanité à la conquête spatiale, il n’y a qu’un simple geste, celui du lancement d’un os dans les airs. Décollage… Apesanteur symphonique. Avant même que l’homme ne foule le sable lunaire, Stanley Kubrick conduisait déjà le spectateur sur la Lune et plus loin encore, dans une quête vers l’origine de l’espèce humaine, aux confins de l’espace. Œuvre de science-fiction captivante et visionnaire, 2001 : l’Odyssée de l’espace ne perd rien de sa superbe au fil du temps, bien au contraire : à chaque nouveau film narrant un voyage spatial, la comparaison au monument de Kubrick est inévitable et mène aux mêmes conclusions, celles rappelant qu’un long métrage reste au-dessus de ces nouvelles propositions, bien que les effets numériques soient capable de merveilles aujourd’hui. Et rares sont les œuvres de science-fiction à l’épreuve du temps !
Les questions posées exercent toujours le même pouvoir de fascination, le rapport ambigu entre l’homme et la machine reste toujours aussi terrifiant, le plaisir procuré par l’orchestration des images et de la musique classique est inaltérable. Par ses cadres calculés avec la précision d’un géomètre, sa direction artistique fabuleuse et sa narration elliptique aux aboutissants métaphysiques, 2001 : l’Odyssée de l’espace émerveille comme un véritable pèlerinage spirituel.
A voir aussi : le top 5 des meilleurs films de Stanley Kubrick

 

12. Tropical Malady (Apichatpong Weerasethakul, 2004)

A la lisière d’une forêt, des militaires trouvent un cadavre. Leur halte dans un village provoque la rencontre de Keng avec Tong, jeune homme sans emploi, menant une existence tranquille. L’amitié naissante entre les deux hommes débouche rapidement sur une histoire d’amour simple, lestée par la pudeur de deux personnes se découvrant elles-mêmes. Cette romance gay, première partie de Tropical Malady, traitée avec un regard doux et pudique, s’éteint dans la deuxième partie pour laisser place à un étonnant conte fantastique au cœur de la jungle. L’esprit d’un chaman, capable de se matérialiser en tigre, s’attaque au bétail et traque ceux qui s’aventurent dans la forêt. Keng, à la recherche de Tong, s’y aventure, seul. A mesure qu’il s’enfonce dans les bois, le récit d’Apichatpong Weerasethakul amplifie sa dimension surnaturelle et contemplative, enfermant le spectateur au milieu de cette jungle qui semble prendre vie par le travail sonore remarquable. Tropical Malady, un modèle d’audace scénaristique à l’atmosphère incomparable.

 

13. Tiresia (Bertrand Bonello, 2003)

Exploitant le personnage de la mythologie grecque Tirésias, Bertrand Bonello compose une œuvre sombre et méditative, qui explore à la fois la perversité humaine et sa bonté émouvante. Il est préférable de ne rien connaître du cadre de ce drame hors du commun, pratiquant comme Tropical Malady, une impressionante scission narrative, où les supplices cèdent place aux miracles. Ténébreux, marqué par une troublante exploration de la sexualité, Tiresia est un chemin de croix contemporain, profondément intimiste mais pourtant spectaculaire, dans sa violence et dans sa beauté. Un des films les plus intrigants de la filmographie de Bonello.

 

14. Printemps, été, automne, hiver… et printemps (Kim Ki-duk, 2003)

Loin de toute civilisation, sur un petit temple bouddhiste flottant au milieu d’un lac, un maître zen et son très jeune disciple vivent dans une sagesse captivante. La sérénité et le didactisme de cette œuvre touchante de Kim Ki-duk invite le spectateur à réfléchir sur son propre mode de vie. S’il n’y aurait qu’une seule leçon à retenir de ce film présentant une existence paisible et spirituelle, c’est que la société matérialiste dans laquelle nous évoluons attise nos pires démons, et ce, malgré nous. Quelle parade contre la déroute des désirs ? La stricte vie monacale ! Comme l’indique le titre, Printemps, été, automne, hiver… et printemps aborde le cycle de la vie, naviguant d’une saison à l’autre à des années décisives pour ses personnages, aussi peu nombreux que les dialogues – et pourtant, malgré l’isolement et un fil narratif sans intrigue, Kim Ki-duk expose énormément d’idées ! Rares sont les films qui ont donné autant de sens aux erreurs de l’homme, éléments décisifs tout au long de l’éducation, de l’apprentissage de la vertu, donnant alors à la rédemption une dimension sacrée. Un éveil spirituel, placide et beau, tout simplement.

 

15. Le cheval de Turin (Béla Tarr, 2011)

Il était nécessaire de présenter à la fin de cette liste un film apocalyptique. Point d’explosion ni même de tentative de sauvetage de la planète avec l’ultime film de Béla Tarr, son Cheval de Turin est l’incarnation même de la fin, lente, douloureuse, inéluctable et sentencieuse. Dans un cadre rupestre, le quotidien d’un père et de sa fille se dégrade alors que leur cheval refuse de sortir. Jour après jour, le vent semble balayer tout espoir, à mesure que la lumière, elle, s’apprête à abdiquer face aux ténèbres. Eprouvant par son inertie rituelle et son montage refusant l’ellipse, ce long métrage se vit comme un véritable abandon de la vie. Les plus braves en ressortent terrassés !
A voir aussi : la critique cinéma du Cheval de Turin

 

16. Baraka (Ron Fricke, 1992)

Comme il serait regrettable de s’arrêter sur le pessimisme absolu de Béla Tarr, la seizième œuvre de cette liste de quinze films – ultime roublardise de ce site ! – est Baraka, singulière expérience audiovisuelle, qui embrasse avec majesté les quatre coins du globe. Réalisé par Ron Fricke, déjà directeur de la photographie du tout aussi monumental Koyaanisqatsi, ce documentaire exceptionnel, tourné en 70 mm, est la définition même de l’altérité. C’est un regard porté sur le monde dans son ensemble, examinant différences et similitudes chez différentes populations – la comparaison de tatouages tribaux aux tatouages de yakuza provoque un étrange écho visuel –, établissant des parallèles parfois écœurant – l’usine de poules comparée aux déplacements dans les couloirs du métro –, dévoilant grâce aux outils filmiques des phénomènes parfois fabuleux, notamment en jouant avec la temporalité. Caractérisé par une absence complète du langage, oral et écrit, ce premier long métrage de Ron Fricke est une merveille visuelle de chaque instant, appuyée par des musiques envoûtantes. Bien plus qu’un témoignage de l’état de la planète au début des années 90, Baraka enchante et bouleverse comme l’ultime périple terrestre, avant une évasion fantasmée vers le cosmos.
A voir aussi : le test blu-ray de Koyaanisqatsi

Retour à la première partie des 15 films à voir avant la fin.

Article rédigé par Dom

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Un commentaire

  1. Hello, une petite sélection qui donne envie d’aller plus loin, certes les titres ne sont plus très frais et les plus jeunes d’entre nous qui risquent d’avoir du mal à s’y retrouver, mais assurément un voyage initiatique au coeur du cinema..

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