Critique : Pupille

Second long métrage de Jeanne Herry, Pupille suit le parcours d’adoption d’un bébé. Un film touchant et didactique, mettant en lumière les nombreuses personnes autour de ces enfants en quête d’un foyer pour vivre.

Entre de bonnes mains

Bien que très différent par son style et son approche, Pupille fait écho à Réparer les vivants, qui explore le don d’organes dans ses moindres détails. La démarche interrogative de Jeanne Herry est fondamentalement similaire : que se passe-t-il pour un bébé non désiré par sa mère biologique ? Nous savons qu’il y a des couples, voire simplement une femme ou un homme, qui souhaitent adopter : mais comment s’organise l’apparentement ? Ce film explore le rôle de toutes les personnes impliquées, en nous présentant déjà cette femme à qui l’on proposera le petit Théo : Alice (Elodie Bouchez). Le ton et le lexique employés envers cette femme dont on découvre le parcours sur huit ans, au travers d’analepses, est celui de professionnels du milieu, donnant un aspect documentaire au film – mais la recherche esthétique, notamment dans le traitement des couleurs ou même le format en 2.39:1, place Pupille dans une vraie dimension cinématographique. Entre Théo et Alice se trouvent de nombreux protagonistes : il y a déjà cette jeune mère, qui préfère laisser son enfant à des personnes qui pourront s’occuper de lui, lui procurer de l’amour, un personnel hospitalier, puis des professionnels de l’aide sociale et des services d’adoption. C’est tout une mécanique complexe mais parfaitement huilée qui se met en route suite à cette lourde décision, et ce, dans le but de trouver la meilleur foyer pour l’enfant – et non le meilleur enfant pour chaque foyer désireux d’adopter.

Si Elodie Bouchez touche par sa sensibilité à fleur de peau, c’est peut-être Gilles Lellouche qui surprend le plus dans ce long métrage, incarnant un assistant familial au rôle indispensable mais aussi cruel : c’est un peu le père provisoire, celui qui veille sur ce bébé au cours de ses premières semaines de vie, mais qui devra ensuite céder sa place. On retrouve aussi Sandrine Kiberlain, déjà présente dans le premier long métrage de Herry, Elle l’adore, et qui trouve aussi un rôle un peu plus complexe que ce qu’elle présente dans un premier temps. C’est là aussi la force de Pupille, ne pas se cantonner au rôle social et administratif de ces personnes dévouées, en leur donnant une vie, parfois grâce à un simple plan qui les enrichit. Dans cette galerie, Olivia Côte, Miou-Miou et Youssef Hajdi s’avèrent aussi convaincants, très naturels dans ces échanges qui peuvent être houleux parfois. Les dossiers sont nombreux, plus nombreux que les enfants heureusement. Avec un beau regard, porté sur l’humain, les gestes affectifs, Pupille constitue une œuvre bercée par la délicatesse, s’écartant de tous les écueils du pathos. Exercice plutôt délicat, et si quelques détours semblent exposer une faiblesse dans la volonté de tout dire, on ne peut que saluer ce long métrage qui donne à découvrir un monde, et qui nous ramène à la mer : c’est en Bretagne, sur les côtes du Finistère, que le film a été tourné, loin du capharnaüm des grandes villes. Sans porter le moindre jugement sur ses personnages, Pupille observe ce fragile éclat de vie capable de décrocher sourires et larmes d’un simple regard.

3.5 étoiles

Pupille est disponible en DVD et Blu-ray depuis le 10 avril 2019. C’est la version DVD qui a permis l’écriture de cet article et c’est un modèle d’accessibilité puisque le disque comprend des sous titres pour les sourds et malentendants ainsi qu’une piste en audiodescription. On trouve du Dolby Digital en 5.1 et 2.0. Dans la section bonus, un making of de 25 min.

 

Pupille

Film français
Réalisatrice : Jeanne Herry
Avec : Elodie Bouchez, Gilles Lellouche, Sandrine Kiberlain, Olivia Côte, Miou-Miou, Leila Muse, Stéfi Celma, Clotilde Mollet, Youssef Hajdi, Grégory Gadebois
Scénario de : Jeanne Herry
Durée : 110 min
Genre : Drame
Date de sortie en France : 5 décembre 2018
Disponible en DVD et Blu-ray depuis le 10 avril 2019
Distributeur : StudioCanal

 

Article rédigé par Dom

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Un commentaire

  1. J’ai adoré… Acteurs au sommet, sans esbroufe ni pathos un vrai beau et bon film.

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