Critique : Alleluia

Le belge Fabrice du Welz, remarqué pour Calvaire, revient avec un film de genre mené par un sordide couple d’escrocs. Dans Alleluia, Lola Dueñas et Laurent Lucas laissent exploser une violence attisée par la passion et la jalousie. Cette épopée meurtrière en quatre actes arrive en DVD.

Petits meurtres entre amants

Face à l’hystérie de Gloria (Lola Dueñas), se traduisant par une agitation phénoménale dans une chambre, on finit par penser qu’avec Michel (Laurent Lucas), ces deux êtres hideux se sont bien trouvés tout compte fait. Magie des sites de rencontre. Michel charme des femmes qu’il escroque aussitôt. Pour arriver à ses fins, il s’adonne à la sorcellerie mais peut également compter sur son physique, son talent de beau parleur et sa capacité à satisfaire sexuellement une certaine gente féminine esseulée. Gloria, mère sans époux, qui lave les cadavres en milieu hospitalier, aurait pu être une victime comme une autre. Mais c’est une femme plus coriace, plus passionnée : après avoir retrouvé l’escroc, elle lui propose de continuer son activité en couple, en se faisant passer pour sa sœur face aux femmes d’un certain âge que Michel attrape sans mal dans son filet libidineux. Les visages dévorent tout le cadre dans Alleluia. Gloria et Michel imposent à la caméra leurs gestes et convulsions, un procédé étouffant que cultive Fabrice Du Welz pour générer un malaise constant. Le cinéaste atteint son but mais coupe tellement son duo du monde qu’il se réduit à un d’abstrait et parfois absurde vecteur de barbarie. Incapable de laisser Michel dans les bras d’une autre, Gloria, poussée par la jalousie, assassine les pauvres femmes avec une brutalité folle.

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Le film vogue d’une victime à une autre, situant simplement initialement une demeure, une arnaque, un gain potentiel. C’est peut-être dans son quatrième acte qu’Alleluia montre le plus d’intérêt. Déjà, la mise en scène a évoluée, pour s’éloigner quelque peu du corps de ces comédiens : on y aperçoit un espace de vie possible, et on y voit également une possibilité d’une autre destinée pour Michel, ayant ferré une victime aisée et plus jeune que les précédentes, jouée par Helena Noguerra. Mais cette alternative n’est pas assez développée par le réalisateur pour gagner en suspense, donner du relief à ce film qui tourne au culte de l’hystérie et de la barbarie – réussite totale des effets gores. On peut compter sur quelques échappées cauchemardesques, si brèves, mais sans message social ni de morale, le voyage meurtrier de Gloria et Michel ne peut rivaliser avec ceux de célèbres couples meurtriers du 7ème art comme dans Bonnie & Clyde, La Balade sauvage ou encore Tueurs nés. Inspiré d’une histoire vraie qui s’est déroulée au Etats-Unis dans les années 50, le film n’a pas su saisir les aspects les plus marquants du fait divers où la complicité meurtrière était encore plus forte, et le physique de Gloria bien moins affriolant que celui de Lola Dueñas. On aurait aimé retrouver les qualités de Calvaire mais Alleluia ne démontre qu’une fois de plus que le cinéma de genre européen cherche toujours son pape.

2.5 étoiles

En suppléments sur le DVD : Six scènes coupées (10′), Entretiens avec les acteurs (15′), Sur le tournage (10′), Galerie de photos et bande-annonce.

 

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Alleluia

Film belge, français
Réalisateur :
Avec : Lola Dueñas, Laurent Lucas, Helena Noguerra, Stéphane Bissot, Edith Le Merdy
Scénario de :
Durée : 93 min
Genre : Thriller, Drame
Date de sortie en France : 24 novembre 2014
Disponible en DVD depuis le 6 mai 2015 chez Wild Side Video
Distributeur : Carlotta Films
Film interdit aux moins de 16 ans

Bande Annonce :

Article rédigé par Dom

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