Critique : Mowgli la légende de la jungle

Alors que Disney entreprend une longue série d’adaptations « live » de leur catalogue de dessins animés, Le Roi Lion venant succéder en 2019 au Livre de la Jungle, deux films confiés à Jon Favreau, Andy Serkis, le plus célèbre acteur en matière de performance capture, livre sa vision du Livre de la Jungle en adaptant le recueil de Rudyard Kipling. Distribué par Netflix, Mowgli : la légende la jungle constitue un énorme raté par la somme de ses multiples faiblesses.

Terrible jungle numérique

Si Mowgli : la légende la jungle débarque sur nos (petits) écrans en 2018, c’est parce qu’il ne voulait pas se frotter directement au Livre de la jungle de Jon Favreau : les deux films se seraient culbutés en 2016, mais pourtant, difficile de ne pas comparer la démarche des deux réalisateurs. Le film de Favreau, techniquement sublime, constitue probablement son meilleur film. Triomphe de l’infographie et de la magie des effets spéciaux ? Probablement en partie. D’emblée, la vision du livre de Rudyard Kipling par Andy Serkis, scénarisé par Callie Kloves – inconnue au bataillon, hormis un crédit d’assistante sur le raté Gangster Squad – souffre d’effets numériques dépassés, de soucis d’incrustation de son jeune comédien au cœur de la faune et de la flore numériques. Ce n’est pas que ce soit vraiment laid, simplement inabouti ou dépassé, et c’est un élément qui affecte tous les points du film : du jeu d’acteur en passant par le montage et la bande originale aux sonorités artificielles de Nitin Sawhney. Dès lors, le choix de la performance capture pour interpréter la faune entourant le jeune Mowgli tourne à l’argument technique foireux : au lieu de conférer une nouvelle puissance émotionnelle aux animaux, ces derniers apparaissent comme des entités purement factices, à l’exception de Bagheera (Christian Bale) et Baloo (Andy Serkis). Un manque de synergie entre la photographie et les équipes des effets spéciaux provoque même un souci d’intégration des personnages à leur environnement dans de nombreuses scènes : le chef opérateur Michael Seresin, derrière La Planète des singes: l’affrontement et La Planète des singes : Suprématie montre pourtant de l’expérience en la matière. Alors qui blâmer pour ces problèmes ?

Dans son approche, Andy Serkis se distingue de la jungle édulcorée à la sauce Disney. Ici, aucun chant pour conter la triste et cruelle quête identitaire d’un enfant élevé par les loups, partagé entre son sentiment d’appartenance à une meute en partie hostile envers sa petite personne humaine, et un monde d’hommes dont il ne partage que l’aspect physique, un monde d’hommes menaçant la jungle et son équilibre. Le jeune Rohan Chand peine souvent à convaincre – trop expressif, comme si lui même devait prêter ses traits à la motion capture – au cours de cette aventure à la structure narrative défaillante, posée sur des rails et incapable de se détacher pleinement des adaptations déjà existantes pour imposer une vraie vision. Dans le rôle du chasseur Lockwood, Matthew Rhys hérite d’un personnage tristement unidimensionnel, mais pas aussi plat que celui de Freida Pinto, où la comédienne apparaît comme un simple faire-valoir. La poignée de scènes d’action exacerbent les défauts esthétiques déjà mentionnés, et en résulte un conte profondément daté. Pour sa deuxième réalisation, Andy Serkis livre une œuvre qui converge vers la médiocrité absolue par ses nombreux défauts et lacunes, destinée à se noyer rapidement dans la masse d’œuvres proposées par Netflix. Les lois de la jungle sont souvent terribles…

1.5 étoiles

 

Mowgli : la légende de la jungle

Film américain
Réalisateur : Andy Serkis
Avec : Rohan Chand, Christian Bale, Cate Blanchett, Benedict Cumberbatch, Naomie Harris, Andy Serkis, Peter Mullan, Jack Reynor, Eddie Marsan, Tom Hollander, Matthew Rhys, Freida Pinto, Louis Ashbourne Serkis
Titre original : Mowgli : legend of the jungle
Scénario de : Callie Kloves, d’après un recueil de Rudyard Kipling
Durée : 104 min
Genre : Aventure, Drame
Date de sortie en France : 7 décembre 2018
Distributeur : Netflix France

 

Article rédigé par Dom

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2 commentaires

  1. Assez d’accord avec toi même si je te trouve un peu dur. Néanmoins Serkis déçoit d’autant plus qu’il utilise une technique dont il s’est fait le spécialiste.

  2. Je suis bienveillant au lancement de chaque film, mais il y a des éléments qui peuvent me faire basculer vers une autre humeur !
    Après je pense que pour la performance capture il y a une différence de taille entre se mettre au service d’un projet, et appliquer ses connaissances pour un projet que l’on réalise.

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