Critique : Amanda

Mikhaël Hers continue son œuvre sur le deuil, mais cette fois en l’ancrant dans un douloureux présent : le Paris des attentats. Dans Amanda, Vincent Lacoste se retrouve à endosser de nouvelles responsabilités lors du décès de sa sœur. Un drame tout en retenu, qui raconte des trajectoires bouleversées par les balles.

Paris meurtri

Le quotidien parisien a définitivement changé le soir du 13 novembre 2015. Si les habitudes ont repris leur cours, elles sont désormais teintées d’un fin voile de fragilité. Sans s’appuyer sur les événements réels, puisque l’attentat qui se déroule dans le film a lieu dans un parc, Mikhaël Hers regarde les bouleversements provoqués par un acte terroriste en suivant David (Vincent Lacoste). Elagueur, le jeune homme gère aussi les entrées et sorties d’appartements possédés par son bailleur. Une vie décente grâce à son sens de la débrouille, peut-être acquis dès l’enfance avec une mère absente dès le plus jeune âge et un père déjà disparu. Il y a sa sœur aînée Sandrine (Ophelia Kolb), mère célibataire qui élève donc seule sa fille, Amanda (Isaure Multrier). C’est alors qu’il fait la rencontre de Léna (Stacy Martin) que la vie de David va basculer : lors de l’attentat, Sandrine est tuée, certains de ses amis sont blessés, Léna y compris. Amanda n’a plus de mère et David, accablé par le deuil, devra décider s’il s’occupera de sa nièce ou non. Passer de l’oncle sympa qui dépanne pour certaines sorties d’école à celui de figure paternelle, si subitement.

Année faste pour Vincent Lacoste qui aura trouvé en 2018 trois rôles conséquents sans renier sa force comique : il y aura eu Plaire, aimer et courir vite, Première année et donc Amanda. Toujours aussi instinctif, le jeu du comédien français s’accorde avec la simplicité filmique privilégiée par Mikhaël Hers, sublimant toujours les villes qu’il parcoure en tournant en Super 16. Une image de caractère, chaleureuse, vivante : peut-être un élément qui évite au film de s’enfoncer dans les profondeurs de ses tristes plaies. Comme dans son précédent long métrage, Ce sentiment de l’été, le drame survient au cours de la belle saison, et le cinéaste pose un regard éloigné de toute dimension larmoyante, porté sur les sensations présentes, les choix à effectuer pour continuer son chemin malgré la perte. Il y a la douleur, le chagrin bien entendu, mais aussi une force de rester debout, une force qui permet d’avancer et même d’oser, notamment lorsque David retrouve Léna du côté de Bordeaux, la jeune femme ayant quitté la capitale suite à ses blessures.

En plus de la question d’endosser le rôle de père se pose la problématique de panser une plaie du passé. Une problématique où Amanda joue aussi un rôle important. Face à Vincent Lacoste, la jeune et inexpérimentée Isaure Multrier illumine le film par son naturel. C’est aussi une des garantes de la justesse d’Amanda, chronique qui se ternit seulement par une certaine maladresse dans son acte final : la symbolique du message force le trait. Qu’importe, la délicatesse du geste est préservée, et l’avenir se dessine probablement avec espoir.

3.5 étoiles

 

Amanda

Film français
Réalisateur : Mikhaël Hers
Avec : Vincent Lacoste, Isaure Multrier, Stacy Martin, Ophélia Kolb, Marianne Basler, Greta Scacchi, Jonathan Cohen
Scénario de : Maud Ameline, Mikhaël Hers
Durée : 107 min
Genre : Drame
Date de sortie en France : 21 novembre 2018
Distributeur : Pyramide Distribution

 

Article rédigé par Dom

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