[Critique] La Planète des Singes : les origines (Rupert Wyatt)

La Planète des Singes : les origines avait tout de l’énième reboot insignifiant : un réalisateur et des scénaristes peu expérimentés, des protagonistes joués par des acteurs qui ont encore tout à prouver et surtout, un pressentiment d’opportunisme puant auquel Hollywood nous a habitué, ce film débarquant dix ans après la catastrophe signée Tim Burton. Contre toute attente, ce retour à la case départ s’avère bel et bien payant.

Vivre libre

Il suffisait de renverser le point de vue pour redécouvrir La Planète des Singes sous un angle passionnant. Dans ce film qui se déroule de nos jours, à San Francisco, le protagoniste n’est pas un homme mais un singe prénommé prophétiquement César. Né d’une mère qui participait à un programme scientifique visant à développer un virus capable de régénérer les cellules mortes du cerveau et ainsi, de combattre la maladie d’Alzheimer, César est recueilli par Will Rodman (James Franco), brillant chercheur à l’origine du programme et dont le père est touché par la maladie. Très tôt, le chimpanzé développe des facultés dépassant toute espérance : l’acrobate poilu s’humanise en montrant une intelligence hors norme. Mais derrière les exploits se cachent une agressivité latente, une frustration procédant de la nature modifiée de César. Un jour, alors qu’un voisin interpelle violemment Charles Rodman (John Lithgow), lui-même devenu sujet d’expérimentation de son propre fils, César laisse exploser sa colère qui le conduit derrière les barreaux d’un refuge pour primates. C’est en captivité que l’aventure s’élève jusqu’à devenir poignante.

Centre du récit, éclipsant un James Franco au jeu léger et une Freida Pinto qui ne dépasse pas le stade de potiche, César n’est pas simplement une création numérique : derrière le chimpanzé, il y a un homme, Andy Serkis, celui qui avait déjà donné vie à Gollum dans la saga Le Seigneur des Anneaux et au King Kong de Peter Jackson. Grâce au talent de l’acteur britannique et à la performance capture, déjà mise en œuvre par Weta Digital dans Avatar, César affirme de façon brillante son statut de créature hybride, de singe complexe, doté d’une intelligence incroyable qui surpasse en tout point celle de ses semblables. L’empathie est d’autant plus forte que le chimpanzé génétiquement modifié subit à la fois la bêtise cruelle de ses geôliers et l’hostilité des autres macaques, à l’exception d’un Orang-outan maitrisant le langage des signes.
La force de La Planète des Singes : les origines est de parvenir à mettre en exergue les dérives de la science tout en recomposant les fondations de la mythologie de la saga dans une ode à la liberté animale. Rupert Wyatt ne cherche pas l’esbroufe, il donne le temps nécessaire au récit de se développer, de prendre de l’ampleur, et qui, malgré quelques faiblesses, réussit à nous rallier du côté des singes avec brio, à comprendre et approuver leur rébellion.

Si l’amateur d’action doit se contenter de quelques séquences acrobatiques parsemées au long du film, ce nouvel épisode de La Planète des Singes se conclue sur une des plus impressionnantes séquences de l’année 2011, dans laquelle les singes affrontent les forces de police sur le Golden Gate Bridge de San Francisco. Cette scène épique est encore une démonstration de finesse d’écriture, car le combat, qui permet de découvrir les talents de stratège de César, dignes d’un empereur romain, est aussi saisit comme une opportunité de surprendre : « l’outil-arme » que découvrait les primates de 2001 : l’odyssée de l’espace n’est pas utilisé pour tuer ici mais simplement pour neutraliser. La clémence est l’apanage d’une intelligence supérieure, d’une espèce qui souhaite renouer avec ses racines et son cadre primitifs, de vivre dans son véritable foyer.

S’il n’atteint pas les qualités de mise en scène et dramaturgiques d’un Batman : Begins, dernière reprise d’un mythe avec succès, La Planète des Singes : les origines se présente toutefois comme un très bon reboot, intelligent, émouvant, et au final, spectaculaire. Encore est le mot qui vient à l’esprit lors du générique de fin.

3.5 étoiles

La Planètes des Singes : les origines

Film américain
Réalisateur : Rupert Wyatt
Avec : Andy Serkis, James Franco, Freida Pinto, John Lithgow, Tom Felton
Titre original : Rise of the Planet of the Apes
Scénario de : Rick Jaffa, Armanda Silver, d’après l’œuvre de Pierre Boulle.
Durée : 105 min
Genre : Science-fiction, Aventure, Action
Date de sortie en France : 10 août 2011
Distributeur : 20th Century Fox France


Bande Annonce (VOST) :

Article rédigé par Dom

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13 commentaires

  1. Je n’ai pas vu le film. Ce n’est pas la mort si je ne le vois pas je crois.

  2. Il sort ce mercredi. Je pense que certains fans de La Planète des Singes vont crier au scandale, car le film reconstitue une nouvelle base – solide – pour revisiter la saga. Cependant, comme je le dis dans la critique, malgré des faiblesses, ce retour est abordé intelligemment et propose un divertissement de bonne facture, ce qui n’est pas donné à tous les blockbusters hollywoodien.

  3. Ah ca me rassure moi qui avait adorait le tout premier et qui avait était tellement choqué à la fin !!

    J’ai était heureux quand j’ai appris pour ce reboot mais aussi terrifié à l’idée du potentiel gâchis qu’il pouvait être

    J’irais donc voir le fil moins apeuré:) !

  4. Je pense ne pas attendre longtemps après sa sortie pour aller voir ce film tellement il me plaît. Je suis tombé sur la bande annonce il y a quelques jours et j’ai vraiment été séduit. Visuellement, ça a l’air franchement génial et le scénario paraît assez intéressant à première vue. Qui plus est, j’apprécie pas mal James Franco en tant qu’acteur. Enfin, ta critique est plutôt positive et confirme la bonne impression que le trailer m’avait laissé.

    Je pense donc que ce film devrait me plaire 🙂

  5. En fait il s’agit d’un film qui se positionne entre le reboot et le prequel ; j’en ai parlé avec d’autres blogueurs et il prend des éléments de la Conquête de la Planète des Singes tout en reniant des éléments des premiers films. Et puis, une suite est tout à fait envisageable à celui-ci… Quoi qu’il en soit, il faut retenir la chose suivante : le film est bon !
    Et personnellement, j’ai désormais envie de découvrir le roman de Pierre Boulle à l’origine de cette saga !

  6. Personnellement, autant en apprenant sa sortie il ne me tentait pas, mais depuis que j’ai vu les extraits, notamment celui ou on voit césar tenter de defendre le pere, j’ai vraiment hate de le voir.

    l’histoire a l’air vraiment intelligente, et se placer du point du vue du singe m’apparait comme une excellente idée.
    Andy Serkis a encore l’air d’avoir fait un boulot impressionnant, decidemment ce mec est extremement doué pour donner vie a des creatures numériques.

    en esperant que ce reboot rencontre suffisamment de succes pour qu’une saga renaisse vraiment et qu’il ne soit pas le reboot de rien du tout au final.

  7. Tout ça est extrêmement positif, mais le seul point qui me gêne est qu’il faut visiblement « se contenter » de quelques rares scènes d’action… Dommage tout de même pour ce qui est sensé être LE blockbuster de l’été…

  8. @Cinéman : en matière d’action, il faudra se tourner vers le très médiocre Transformers 3 ou bien Captain America mais je pense qu’il est très intéressant de voir des blockbusters construits de cette façon. L’histoire importe vraiment, et c’est elle qui conduit à l’action, en fin de film.

  9. Bonne surprise que ce film. Echaudé par le foirage de Burton et des B-A bien trop orientées action j’y allais à reculons.

    Et j’ai été agréablement surpris. le film construit intelligemment sa propre version du mythe et la performance capture qui me faisait tiquer lors des B-A permet de rendre crédicle l’évolution de César.

    Certes le film n’est pas exempt de défauts (et le manque d’action n’en est pour moi pas un car ce n’est pas le propos du film et les séquences de ce type sont bien faites et bien intégrées) : seconds rôles un peu pauvre et un dernier face à face César avec son « père » qui amoindrit tout ce qui été précédemment brillamment construit sur l’évolution de César (avec un bond en avant un poil abrupt et pas forcément nécessaire : le cri/mot étant bien plus fort émotionnellement parlant)
    Mais bon c’est plutôt intelligent, rythmé et ça lance de bonnes bases pour le futur de la saga

  10. J’ai bien aimé la dernière séquence avec César et James Franco. Durant le final, j’étais tellement plongé au coeur du film que j’avais envie de me lever et de gueuler comme une bête. Mais faut rester civilisé au cinoche. 😉

  11. @ Dom : on est d’accord, une bonne histoire et de bons personnages seront toujours plus importants (même indispensables) que de l’action dans un film. Je conclus donc de ta critique que ce film a été trop vite catalogué comme « blockbuster » : pour moi le terme recouvre le genre assez large du film d’action/aventure, mais très orienté action tout de même ! Je ne mettrai pas Super 8 dans la catégorie des blockbusters, par exemple, mais bien entendu Transformers 3 ou un Captain America…

  12. @Cinéma : pour moi, blockbuster, ce sont tous ces films avec des budgets faramineux, quel que soit le genre. Et 99% du temps, ce sont des films d’action hollywoodiens !

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