Critique : La Planète des Singes Suprématie

Troisième volet du reboot de la saga La Planète des Singes, La Planète des Singes – Suprématie conte l’inéluctable dans une œuvre crépusculaire, empruntant aux westerns, grandes épopées et péplums. Matt Reeves n’était pas loin de livrer le plus grand blockbuster de l’année, mais encore une fois, le scénario finit par gâcher une partie du spectacle.

Les chaînes de la haine

Après avoir signé un second épisode, La Planète des Singes : l’affrontement, en-dessous du premier opus par ses failles scénaristiques mais des plus impressionnants en matière d’effets spéciaux, Matt Reeves livre le nouvel – et ultime ? – opus de l’odyssée de César, celui nous conduisant vers l’inéluctable pour quiconque connaissant la saga ou l’œuvre originelle de Pierre Boulle. Dans l’ouest américain, affaibli par un virus, l’homme continue d’affronter le singe terré dans une forêt qu’il défend, las de combats qu’il ne souhaite pas : en chef de clan, César, toujours campé par Andy Serkis, maître incontestable de la performance en motion capture, souhaiterait que le carnage cesse – brillante scène d’affrontement en ouverture, déjà dans l’atmosphère guerre du Vietnam avant que les clins d’œil à Apocalypse Now se multiplient lourdement. Tandis qu’un message de paix est envoyé aux humains, l’exode est décidée pour le clan simien, mais un commando change la trajectoire du chimpanzé vieillissant et meurtri, découvert dans La Planète des Singes : l’origine : son fils et sa femme sont assassinés dans leur camp par le Colonel (Woody Harrelson). Pour César, avant de suivre le mouvement des siens, il faudra se venger, suivre la triste voix de Koba, à l’origine même de la guerre. Une chevauchée vindicative qu’il accomplira accompagné par une poignée de fidèles singes.

Techniquement, La Planète des Singes – Suprématie est le plus abouti de la saga. Si une poignée de plans affiche toujours un léger contraste entre éléments réels et éléments numériques, notamment en plein jour, la plupart des séquences en compagnie de l’espèce simienne montre un niveau inédit de réalisme, par la qualité de l’animation mais aussi une infographie hyper-détaillée sur ces visages, ces regards qui dénotent d’une humanité plus grande que dans une espèce humaine encore plus pervertie à l’aube de son extinction. Entre le western à la Clint Eastwood et l’épopée façon Akira Kurosawa, le film de Matt Reeves rend hommage à de grands maîtres avec une mise en scène assurée, un découpage clair et réfléchi. Après avoir subi des horreurs en cascade avec Wonder Woman, La Momie ou pire encore, Transformers : The Last Knight, le cinéaste derrière Cloverfield montre qu’il y a encore des cinéastes qui réfléchissent et conçoivent leur blockbuster comme une œuvre et non un produit du rayon boucherie. Des profondeurs de la forêt à d’étranges contrées enneigées en Californie pour arriver à une base militaire, on respire enfin, on profite d’un grand spectacle cinématographique qui brille aussi par son mutisme et sa bande originale. C’est assez exceptionnel dans ce cadre que de profiter d’une aventure aussi taiseuse et pourtant riche, expressive. Hormis César, la bande communique grâce au langage des signes et ce n’est pas l’arrivée d’une fillette muette jouée par Amiah Miller qui change la donne. Une enfant qui, en plus d’illustrer la fracture entre le singe et l’homme tel que nous le connaissions en matière d’humanité, constitue un élément clé d’une intrigue bien ficelée, du moins, jusqu’à son dernier segment.

Animé par un ardent désir de vengeance, César réalisera que l’acte du Colonel procède d’une haine similaire à la sienne. Deux chefs à la conduite dictée par un désir de vengeance attisant les flammes d’un conflit dont l’issue semble scellée par un virus affectant profondément la nature humaine. C’est dans cette partie, dans un bastion où se préparent les troupes du colonel que La Planète des Singes – Suprématie expose ses faiblesses. Soudain bavard et démonstratif, le film s’appuie sur des facilités scénaristiques déconcertantes pour appliquer son jugement sur la race humaine. De quoi ternir un tableau alors presque parfait, renouant avec les défauts narratifs du précédent film – la collaboration renouvelée avec le scénariste Mark Bomback y joue sûrement un rôle prépondérant. Avec ses références déplacées au chef d’œuvre de Francis Ford Coppola Apocalypse Now, le film s’écarte de ses modèles initiaux pour offrir un combat artificiel et bancal – certes, pour étayer le propos du film, mais il y avait une multitude de pistes plus subtiles à explorer. Malgré ce désolant dérapage final, cette nouvelle leçon sur l’inanité de la vengeance s’achevant sur l’aube d’une nouvelle ère constitue le meilleur de ce que nous aura livré Hollywood en période estivale cette année. Et rien que pour cela, La Planète des Singes – Suprématie mérite le respect !

3.5 étoiles

 

La Planète des Singes – Suprématie

Film américain
Réalisateur : Matt Reeves
Avec : Andy Serkis, Woody Harrelson, Amiah Miller, Steve Zahn, Karin Konoval, Terry Notary, Ty Olsson
Titre original : War for the Planet of the Apes
Scénario de : Matt Reeves, Mark Bomback
Durée : 140 min
Genre : Action, Science-fiction, Aventure
Date de sortie en France : 2 août 2017
Distributeur : Twentieth Century Fox France

Bande Annonce (VOST) :

Article rédigé par Dom

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