Critique : Wonder Woman

Premier film de super-héros avec une femme pour protagoniste depuis 2005 (Elektra), Wonder Woman aurait pu marquer un tournant dans la vague folle d’adaptations de comic books. On aimerait saluer la position féministe de ce blockbuster, mais le raté est tel, que ce soit sur le plan narratif ou esthétique, qu’on ne voit guère comment défendre ce nouveau déchet toxique issu de l’univers DC Comics.

Désastre standardisé

Wonder Woman parvient à réunir le pire de Zack Snyder (co scénariste ici) avec le pire des films de super-héros, ce kitsch effroyable qui joue avec l’Histoire d’une façon puante. Comme Captain America : First Avenger (écurie Marvel), le nouveau long métrage de Patty Jenkins prend place dans un contexte historique fort, ici, la Première Guerre Mondiale. C’est assez dérangeant de voir sur un champ de bataille un tel personnage fictif faire rempart seul, entre deux lignes de tranchées, aux balles allemandes. Mais avant de se confronter au général Erich Ludendorff – Danny Huston, ne donnons pas de rôles à des acteurs allemands, de toute façon, les gradés allemands parlent anglais dans ce film – et au Docteur Poison (Elena Anaya), passage obligatoire par la case origin story de la super-héroïne répondant au prénom de Diana. Sur l’île de Themyscira, où vivent les amazones, cette longue partie initiatique expose déjà tous les problèmes de ce film : effets spéciaux peu aboutis – des incrustations qui semblent avoir quinze ans de retard –, dialogues niais, mise en scène lourde ou hasardeuse, selon la situation – les combats sont une horreur de shakycam à renfort d’effets numériques bâclés –, et une narration des plus conventionnelles. C’est Gal Gadot qui campe Wonder Woman, et si la comédienne montre un physique qui allie la grâce à la vigueur, les traits d’une femme forte et déterminée, des qualités parfaites pour camper le personnage, rien ne lui permet de gagner de l’ampleur au-delà de l’icône représentée habilement. Gadot traverse une œuvre aux dialogues plats, sur-explicatifs, avec un personnage aussi cultivé qu’ignorant tout d’un monde en guerre. Entre des phases qui s’apparentent à des publicités ratées et des séquences d’action qui, dans le meilleur des cas, rappellent Sucker Punch avec une esthétique moins léchée, Wonder Woman multiplie les échanges idiots entre sa protagoniste et l’espion britannique Steve Trevor – Chris Pine, responsable du manque d’alchimie entre les deux personnages.

Convaincue qu’Arès, le Dieu de la guerre, est derrière les malheurs frappant le pauvre monde des humains – ridicules scènes à la limite du misérabilisme quand l’amazone s’éprend pour les victimes de la guerre –, Diana quitte ses terres avec Steve afin d’arrêter la Première Guerre Mondiale grâce à son épée, son bouclier et sa détermination sans limite. Alors que le Dr. Poison s’apprête à fournir aux troupes allemandes un nouveau gaz moutarde encore plus vicieux, Steve et Diana montent une bande de mercenaires afin d’agir sans l’aval de leur commandement, laxiste quant à la menace rapportée. Si certaines scènes s’avèrent louables pour ce qu’elles représentent, dans l’affirmation de la femme, son indépendance, comme la scène où Diana invite Steve à dormir auprès d’elle ou cette intervention au milieu de l’état major masculin, le film de Patty Jenkins se fond dans la masse de médiocrité des films de super-héros que l’on subit. Hormis quelques exceptions, la production industrielle de ces longs métrage est devenue un véritable cauchemar pour l’imaginaire. Des schémas similaires voire identiques, une mise en scène standardisée quand celle-ci n’est pas bâclée, une bande originale sans singularité, … Jenkins réalise un film aussi balisé et repoussant que ses collègues masculins Zack Snyder et David Ayer. Bien que la réalisatrice californienne a permis à Charlize Theron d’obtenir l’Oscar pour sa transformation dans Monster, on peut également se demander comment une telle machine ait pu être confiée à une personne qui s’est contentée d’une poignée d’épisodes de séries TV en quatorze ans, avec un téléfilm.

Lourd par son sérieux (et les notes d’humour manquent souvent le coche), loin de se positionner comme le grand blockbuster féministe salué par certains – Mad Max Fury Road se montre bien plus intéressant sur ce point –, Wonder Woman cumule les tares au point de devenir un objet gentiment repoussant. Terriblement long, débouchant sur un acte final pathétique dans sa vision du sacrifice et minable en matière d’action, Wonder Woman conte la pénible naissance d’une super-héroïne au travers d’une aventure kitsch, niaise et à l’esthétique souvent déplorable. Suite du carnage évident avec Justice League à la mi-novembre 2017 pour les personnes qui auront toujours la bienveillance (ou le courage) nécessaire pour affronter un nouveau film DC Comics.

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Wonder Woman

Film américain
Réalisatrice : Patty Jenkins
Avec : Gal Gadot, Chris Pine, Robin Wright, Connie Nielsen, Danny Huston, Elena Anaya, Ewen Bremner, Eugene Brave Rock, David Thewlis
Scénario de : Allan Heinberg, Zack Snyder, Jason Fuchs
Durée : 141 min
Genre : Action, Aventure, Fantastique
Date de sortie en France : 7 juin 2017
Distributeur : Warner Bros. France

Bande Annonce (VOST) :

Article rédigé par Dom

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