Critique : Nope

Si vous aimez le cinéma fantastique de Steven Spielberg ou de Night M. Shyamalan, avec un penchant vers l’horreur, voilà un seul conseil vis-à-vis de Nope, nouveau film de Jordan Peele : foncez le voir en salle sans voir ni lire le moindre élément (ni même cet article). Pour les autres, voici quelques éléments sur ce nouveau film enthousiasmant qui se débarrasse des lourdeurs narratives de Get out et Us.

Filmer l’impossible

La découverte du ranch des Haywood installe un climat angoissant dès les premiers instants du film. Alors que OJ (Daniel Kaluuya) travaille avec son père, à cheval, un étrange phénomène se produit : des balles semblent fuser du ciel nuageux vers le sol. Le père se retrouve touché mortellement, non pas par une balle mais une pièce de monnaie : des débris seraient tombés d’un avion selon les autorités. Otis junior se rend donc sans son père si expérimenté sur le tournage d’une publicité avec un de leurs chevaux, Lucky. A l’aise avec les animaux mais pas avec les hommes, OJ perd pied alors qu’on lui demande d’expliquer les consignes de sécurité : sa sœur Emerald (Keke Palmer) débarque et sauve les meubles. Hélas, un incident congédie les Haywood, et l’activité comme cascadeurs à cheval se montre bien en péril avec un paternel disparu prématurément. D’ailleurs, Em ne se voit pas reprendre le flambeau comme son frère, elle explore toutes les pistes du show-business, d’actrice à chanteuse. Comme toujours avec Jordan Peele, il y a dans Nope un questionnement de la place des Afro-américains dans la société, ici dans le milieu du 7ème art, mais le film développera avant tout une autre thématique, le rapport entre l’homme et le monde animal – dans une dimension qui s’étend au-delà de la Terre.

Dans l’immensité de son ranch isolé, malgré la présence d’un parc thématique en mode western à quelques centaines de mètres de là, Nope construit sa tension grâce au hors-champ et un phénomène d’abord difficile à distinguer, impliquant la disparition de chevaux, aux hennissements terrifiant dans la nuit. Il y aurait peut-être un vaisseau extraterrestre qui viendrait piocher des animaux à l’abri des regards. Pour Em, filmer ce phénomène pourrait permettre de toucher le gros lot : seulement, l’apparition de l’engin provoque des dysfonctionnements électriques pendant plusieurs minutes. Dans une société où l’on a désormais l’habitude de tout enregistrer grâce au téléphone et où les caméras et appareils photos numériques sont aussi légion, Nope malmène toutes ces technologies face à un élément inconnu et inquiétant. Si le film se place en héritier d’œuvres comme Rencontres du 3ème type (1977) et de La Guerre des Mondes de Steven Spielberg, ou encore de Signes (2002) de Night M. Shyamalan, Jordan Peele se concentre sur l’exploitation des animaux par l’homme. Il y a alors cette notion de respect envers le monde sauvage, que l’on pense pouvoir dompter et diriger à sa guise : le comportement du cupide dirigeant du parc d’attraction, campé par Steven Yeun, en est la parfaite illustration. Enfant, il fut au cœur d’une tragédie sur un plateau télévisé impliquant un chimpanzé – une tragédie sordidement exploitée. Peut-on alors exploiter une créature extraterrestre dont on ne connait absolument rien ?

Filmer l’impossible devient une quête vitale dans Nope, tandis que l’attention des médias pourraient anéantir tout projet d’enrichissement. Aidés par un employé d’une société d’électronique féru d’ovnis, OJ et Em se consacreront à la réussite de leur mission de vidéastes alors que le danger s’amplifie. Difficile de ne pas être happé au cœur de ce lieu par la photographie sublime de Hoyte Van Hoytema tandis que le travail sur le design sonore conduit l’imagination à explorer ce que l’on ne voit pas, ou partiellement. A cheval entre le film de science-fiction pur et dur et le cinéma horrifique, Nope présente une narration plus épurée que les deux précédents films du cinéaste, plombés par des scènes sur-explicatives. Ici, l’expérience prime sur l’exploration des enjeux ou rouages narratifs. Ainsi, son cinéma gagne en intensité, d’autant plus dans un lieu isolé, avec un nombre réduit de protagonistes. A ce propos, Daniel Kaluuya compose un étonnant personnage flegmatique mais déterminé, loin de la vivacité quasi excentrique de sa sœur – mais qui présente aussi la même détermination. Captivant, effrayant et des plus impressionnants lors de son dénouement, Nope se positionne comme le meilleur film américain mettant en scène des formes de vie inconnues depuis Premier contact (2016) de Denis Villeneuve. Une expérience de cinéma rare.

4 étoiles

 

Nope

Film américain
Réalisateur : Jordan Peele
Avec : Daniel Kaluuya, Keke Palmer, Brandon Perea, Steven Yeun, Michael Wincott, Keith David
Scénario de : Jordan Peele
Durée : 130 min
Genre : Science-fiction, Thriller, Horreur
Date de sortie en France : 10 août 2022
Distributeur : Universal Pictures International France

 

Photos du film Copyright UNIVERSAL STUDIOS. All Rights Reserved.

Article rédigé par Dom

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