[Critique] Cloud Atlas (Wachowski, Tom Tykwer)

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Après l’injuste flop au box-office de Speed Racer, les Wachowski reviennent avec un projet colossal, une adaptation de La cartographie des nuages de David Mitchell. Réalisé avec l’aide de Tom Tykwer, Cloud Atlas est de la trempe de ces films d’une grande densité qui ne parviennent pas à s’épanouir entièrement.

Epopée fragile

C’est un peu grâce à Natalie Portman, qui aurait eu le rôle de Sonmi-451 si elle n’avait pas été enceinte lors de la production du film, que cette adaptation voit le jour. Sur le tournage de V pour Vendetta, elle offrit le roman de Mitchell à Larry Wachowksi – désormais appelé Lana Wachowski depuis son changement de sexe. A suivi un long travail d’adaptation de la part des Wachowski et de Tykwer, en collaboration étroite avec l’auteur de La cartographie des nuages. Epopée divisée sur six couches se déroulant à des époques différentes, Cloud Atlas noie le spectateur dans sa première heure sous sa multitude de personnages, à première vue sans relation d’un segment à l’autre. Ce long métrage de science-fiction vise évidemment à tisser la toile connectant ces personnalités diverses. Energique, le montage bouscule le spectateur dans une première partie s’apparentant à une (trop) longue exposition des enjeux et des volontés du film : il s’écoule parfois moins d’une minute pour basculer d’un futur lointain au San Francisco des années 1970, capter quelques instants et revenir à notre époque pour repartir en Ecosse dans le premier tiers du XXe siècle. Découle de cette narration fragmentée une fausse sensation de complexité, s’évanouissant brutalement lorsque Cloud Atlas aura dévoilé son cœur, à mi-chemin de cette aventure avoisinant les trois heures.

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Naturellement riche par son amplitude temporelle, l’univers de Cloud Atlas affiche de nombreuses inégalités sur le plan narratif et artistique. Touchant plusieurs sujets relatifs au destin et à la spiritualité, comme la survie de l’âme au travers des âges, le film exploite les mêmes acteurs principaux dans tous ses segments. Le but, suivre l’évolution d’âmes sur plusieurs centaines d’années, au travers des actions effectuées dans chaque vie. Belle idée que d’illustrer le karma – quoique lourdement didactique ici –, mais pourquoi les principaux traits physiques devraient se retrouver d’une enveloppe charnelle à la suivante ? Les Wachowski et Tykwer ont probablement eu peur de perdre le spectateur sans ces repères physiques qui, ainsi, annihilent la véritable audace qui aurait pu habiter le film. De plus, cet emploi multiple des mêmes acteurs confine parfois au ridicule, à cause des comédiens – navrant Tom Hanks en docteur sur un navire au milieu du XIXe siècle – ou des maquillages – les prothèses faciales employées pour le Néo Séoul en 2144 sont d’un grotesque inconcevable. En terme de mise en scène, difficile de retrouver la verve des réalisateurs derrière l’impressionnant Matrix, même du côté du sound design diminuant les quelques séquences d’action – les armes à feu émettent des sons dignes de jouets. Mais cette œuvre pseudo bouddhiste déploie aussi quelques fascinants éléments, décrivant la naissance d’une divinité et d’un futur éloigné où la société serait fracturée comme jamais, divisée entre peuple primitif et population à la pointe de la technologie. Viennent s’ajouter aussi une photographie soignée et une bande originale aux grandes qualités symphoniques.

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Essayant d’atteindre le statut de film total grâce aux différents registres employés par chaque strate, du drame à la science-fiction sans oublier la comédie – le segment tranchant le plus avec l’homogénéité de l’œuvre et aussi le moins réussi –, Cloud Atlas parvient à saisir lors d’une montée en puissance qui contribuera paradoxalement à la déception finale. Il n’y aura pas de surprise, ni de grande révélation ou de climax. Contrairement à un Inception qui grimpe vers une détonation spectaculaire, le nouveau bébé des Wachowski s’apparenterait plutôt au mégalo Magnolia de Paul Thomas Anderson, ne trouvant pas de conclusion digne de sa structure et de sa durée. Foncièrement triviale, cette cartographie des nuages – on peut établir au travers de ce titre poétique un parallèle entre le renouvellement cyclique de l’eau et celle des âmes – produit une épopée un peu vaine mais pas déplaisante. La montagne des Wachowski accouche d’une souris.

3 étoiles

 

Cloud Atlas

cloud-atlas-afficheFilm américain
Réalisateur : Lana Wachowski, Andy Wachowski, Tom Tykwer
Avec : Halle Berry, Tom Hanks, Jim Sturgess, Hugo Weaving, Jim Broadbent, Doona Bae, Ben Whishaw, Keith David, Hugh Grant, Susan Sarandon
Scénario de : Lana Wachowski, Andy Wachowski, Tom Tykwer d’après La cartographie des nuages de David Mitchell
Durée : 172 min
Genre : Drame, Science-fiction, Thriller
Date de sortie en France : 13 mars 2013
Distributeur : Warner Bros. France


Bande Annonce (VOST) :

Article rédigé par Dom

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4 commentaires

  1. Je suis d’accord pour ce qui est de garder les mêmes physiques d’un passage à l’autre : cela risquerait de perdre le spectateur, d’autant plus que le public visé est quand même assez généraliste. Je dois avouer que la bande d’annonce m’a fortement intriguée, puisqu’elle ne laisse au final pas comprendre grand chose du film. Je le regarderais plutôt en DVD qu’au cinéma après avoir lu la bande d’annonce. Par contre la lecture du roman m’intrigue beaucoup plus =)

  2. Le livre à la base était bien, mais pas le plus abordable qu’on ait connu. Alors je me dis qu’en 172 minutes, il y a de quoi se perdre vraiment et la critique me le confirme un peu. Je suis curieux de le voir quand même, mais j’ai peur d’être franchement déçu…

  3. Je suis assez d’accord avec toi, cependant je serais moins dur question note. Le film reste dense et foisonnant et surtout m’a transporté malgré des déguisements pas toujours parfaits et une fin qui manque de panache… 3/4

  4. @Mincir : c’est dommage de ne pas le voir au cinéma car, même si le film ne m’a pas tout à fait convaincu, Cloud Atlas est exactement le type de long métrage à découvrir sur un grand écran.

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