[Critique] The Thing (Matthijs van Heijningen Jr.)

The Thing, édition 2011 signée Matthijs van Heijningen Jr., n’est pas un remake de The Thing, édition 1982 signée John Carpenter, elle-même un remake de The Thing from another world, édition 1951 signée Christian Nyby, elle-même inspirée de la nouvelle Who goes there ? de John Campbell. Non, cette nouvelle mouture est un prélude au film de John Carpenter ; enfin, c’est ce qu’on tente de nous faire gober puisque dans les faits, il ne s’agit que d’une pâle copie du chef-d’œuvre de Big John qui, pour sa part, transcendait l’original.

L’abjecte chose

La chose, c’est une immonde créature venue d’une autre galaxie, dont la monstruosité repose autant dans son polymorphisme au service d’un appétit sans fin que sa capacité à prendre l’apparence des êtres ingérés. Seule faille dans son système d’assimilation : toute matière non organique ne peut être recomposée – plombage, piercing, fragments métalliques issus d’opérations chirurgicales. Matthijs van Heijningen Jr et le scénariste Eric Heisserer – déjà coupable du scénario du remake de Freddy – ont réalisé l’exploit de se glisser dans le corps de cet extraterrestre pugnace. Ils ont ingéré le film de John Carpenter pour le reproduire quasiment à l’identique, sans expulser l’organique, non : ils ont expulsé, un à un, chaque élément qui permet au film de Carpenter d’être, aujourd’hui encore, un modèle de l’horreur au suspense insoutenable. A l’exception d’une séquence d’introduction et d’un final différents du film de 1982, toute la mécanique a été transposée à la lettre, déplaçant seulement le rôle central d’un homme (inoubliable Kurt Russel) à une femme (transparente Mary Elizabeth Winstead). Bien que l’action se déroule dans une base norvégienne, il aurait été impensable d’avoir un petit-fils de viking au cœur du récit pour vendre le film sur le continent nord-américain.

Hormis des révisions mineures, le destin des « norvégiens », dont deux rescapés provoquent le mystère initial chez Carpenter, se calque parfaitement sur le sort des américains. Pourtant, en suivant d’un point de vue narratif le même schéma que le précédent long-métrage, Matthijs van Heijningen Jr. omet la reproduction de l’essentiel : une ambiance glaçante qui confine à la paranoïa. L’enfer, c’est les autres, déclara Sartre – le film de Big John en est la parfaite illustration, c’est un enfer polaire et ténébreux, sans aucune lueur d’espoir. Ici, la tension et le suspense procédant du doute sur la nature de l’autre – humaine ou extraterrestre – peine à s’installer, la faute à une mise en scène d’une profonde banalité. Bien entendu, les terrifiants animatroniques employées dans The Thing (1982) ont cédé leur place à des créatures numériques, peu ou prou abouties sur le plan esthétique, mais les apparitions monstrueuses s’apparentent plus aux crétineries d’un Paul W.S. Anderson quand il saccage les Resident Evil qu’à celles d’un maître de l’horreur. On touche le fond lorsqu’une scène dans une cuisine convoque l’inoubliable séquence des Vélociraptors de Jurassic Park !

Remaniement honteux d’un mythe de l’horreur, confié à des débutants sans aucune vision, ce nouvel opus de The Thing ne présente absolument aucun intérêt. Dans la logique calendaire, rendez-vous dans 30 ans pour une suite qui, avec un peu de chance, sera le fruit de véritables cinéastes.

0.5 étoile

N.B. : au prix exorbitant d’une place de cinéma, si vous n’êtes pas familier avec l’univers de The Thing, la meilleure option qui se présente à vous est de vous procurer le film de John Carpenter en DVD ou Blu-ray :

 

The Thing

Film américain, canadien
Réalisateur : Matthijs van Heijningen Jr.
Avec : Mary Elizabeth Winstead, Joel Edgerton, Adewale Akinnuoye-Agbaje, Ulrich Thomsen
Scénario de : Eric Heisserer
Durée : 103 min
Genre : Thriller, Horreur, Science-fiction
Date de sortie en France : 12 octobre 2011
Distributeur : Universal Pictures International France

Bande Annonce (VOST) :

Article rédigé par Dom

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14 commentaires

  1. La bouse était presque inévitable…

  2. C’est mauvais à ce point… Passionné en béton armé de l’original (enfin, le remake du film de Nyby vous suivez ?), je ne peux qu’acter ce qui s’annonce comme une belle bouse indigne de sa filiation. Plus les années passent et plus le cinéma perd en intérêt, excepté quelques irréductibles qui tiennent bon. Et puis la mise en scène de la bande-annonce est d’une banalité…. pfffff!!!

    C’est là où on voit l’écart monstrueux qui peut exister entre une acuité d’auteur et un vilain produit formaté aussi viable que mon papier toilette. Ca fout les jetons

  3. 0.5/5 ouch sa fait mal comme note ! C’est si désastreux par rapport à l’original ? J’ai pourtant trouvé que c’était une série B sympa pour se détendre sans se prendre la tete, après bien sur ce n’est pas un grand film mais de la à lui mettre une note comme sa, c’est vraiment qu’il doit pas faire honneur à son ainé, sa me donne envie de le voir maintenant le film de 1982
    Ma critique : http://www.youtube.com/watch?v=NWabzEO3wf8

  4. Quelle chance tu as de ne pas l’avoir encore vu. C’est le meilleur film du réalisateur et l’un des plus grands films d’horreur jamais réalisés. La tension, la mise en scène, la gestion de l’espace qui file la frousse sans effets de sursauts, les suspicions, le discours implacable sur la nature humaine,… Chef d’oeuvre

  5. Ok merci je vais m’empresser de le voir alors 😉

  6. je ne suis pas aussi sévère que toi et trouve ce film plutôt regardable… mais en effet il ne souffre pas une seconde la comparaison avec la version de carpenter, qui nous a probablement tous traumatisé petit garçon ! (oui oui on m’obligeait à regarder ces films quand j’étais petit… 😉

  7. Comme je le dis dans la chronique, le problème majeur de cette version est de pomper le boulot effectué sur le film de Carpenter sans rien y apporter : au contraire, elle peine à se mettre au diapason de son modèle.

    @Phil : souvenirs traumatiques aussi pour moi, avec Chucky.

  8. Le cinéma moderne dans toute sa splendeur! Une daube de plus parmis des centaines. Un remake de plus parmis des centaines. Un raté de plus derrière la caméra. Cela fait quelques semaines, qu’ici même j’avais dit qu’il s’agissait d’une repompe sans la moindre ame. Ce qui est dingue c’est que maintenant c’est devenu aussi légion courante (comme la maladie) même à la télé. Dernier exemple, Forbrydelsen, la meilleur série depuis Twin peaks, autant dire, la meilleur série tout court, d’une puissance psychologique et d’une atmosphère absolument innoubliable, et sans aucune comparaison avec les Lost, 24h et autres multiclones us, et bien voilà une adaptation us de ce chef-d’oeuvre. Résultat: une copie plan pour plan, avec des acteurs tout à fait oubliable, bourré de censure et sans ame, et même la musique à été totallement « adopisée ».
    Alors essayer de suplanter une pépite telle que The thing…. A mourir de rire, enfin non en fait, parce que Le Big john obligé aujourd’hui de mandierde l’argent pour réalisé, pendant que ses chef-d’oeuvre sont pillés… Triste amérique. Il leur resté le cinoche, et bien c’est mal partie. Et dire qu ils veulent faire un remake de la « perfection » qu’est Alien ????!!, c’est à s’arracher les noyaux. (Même si c’est les frères Scott qui le font, SURTOUT si c’est eux.)
    En tout cas ça permet de se lacher un peu, merci Dom…

  9. @domdom2006 : je t’en prie 😉 Je suis tombé par hasard sur le remake de « Morse », « Let me in », même constat : remake sans âme qui tient la route grâce à ses acteurs mais ne déploie jamais la même poésie/puissance dans ses séquences. Je n’ai jamais regardé The Killing ni la série originale, peut-être que je devrais ? Pour parler un peu série, mon addiction c’est Breaking Bad et dans les nouvelles séries de la rentrée, j’aime beaucoup Homeland et Enlightened.

  10. Tu te rend compte? un remake de Morse. Moi domdom, je vais faire un remake de « 2001 », comme c’était pas top top… Bref, Breaking bad je me là suis mise de coté parce que je suis sur que c’est plus qu’une série, mais c’est arrivé juste quand les séries US commencées à me saouler. Alors j’ai fait un Bonbreak. Retour au film. Par contre pour « Forbrydelsen » (la version Danoiseet pas US), je le dis, je le hurle, je peux en parler 30 minutes non-stop. Pour moi, c’est l’ultime aboutissement parfait d’une vision d’une enquête. Je me fais un peu de pub (et tu pourras même effacer cette partie de partie de phrase et la suite, mais je t’invite à suivre le lien « site web » de ce formulaire et allez voir la section « test / dvd exceptionnel ». Et même là, je n’arrive pas à tout exprimer. C’est une série tout simplement unique, extrèmement dure psychologiquement, dotée de fabuleux acteurs, et qui s’assoie sur tous les standards d’écriture de serie policière. Un mot d’ordre: La vérité vrai, sans concession… Immanquable Dom IMMANQUABLE.

  11. Par contre, j’ai jamais trop compris l’engouement autour de Morse. Personnellement, c’est l’un des films les plus surestimés de ces dernières années. A part la scène de la piscine subtilement construite, le reste flotte dans la banal

  12. Je n’ai pas de soucis avec ton avis. Mais une chose est sur, pour un sujet traité 1 000 000 de fois, celui-ci à une atmosphère unique, et c’est la sa réussite. Je suis comme toi pour tout un tas de film surestimés. Par exemple, le seigneur des anneaux. Je sens que je vais me faire allumer. J’adore cette trilogie, mais c’est juste à cause de son environnement. Décor, race, monde vivant, interraction entre ces races etc etc.. Le film en lui même ne transpire aucune emotion. Pas d’amour, pas de frayeur, rien de vraiment choquant. Et je le vois très très bien placé dans le top 100 IMDB. Et on trouve 2001 à 12 années lumières derrière. Et pour rester sur « The thing », la version de Carpenter est un film unique grace à son atmosphère, comme l’exorciste, comme alien etc, mais j’adore l’original qui lui aussi est flippant si l’on passe sur les dialogues qui sont très très rapide. (jamais vu ça, des phrases de 50 mots dites en 7 secondes!!!). Mais quelle atmosphère. Donc cette mégadaubeindigestomoderninaze de remake 2011 peut allez finir au musée de l’enfumagemarketting.

  13. C’est vrai que mon propos pourrait convenir à 99,9% des films (et de l’art en général). Tree of Life, que je considère comme un chef-d’oeuvre époustouflant, est jugé par certains comme étant un simple économiseur d’écran windows du PC personnel du Vatican. On peut descendre tout et n’importe quoi aujourd’hui.

    Mais ce qui me gonfle aujourd’hui dans le ciné, c’est qu’on arrive plus à se renouveler. Et ce The Thing est l’exemple type d’un cinéma industriel sans âme, ni audace et expérimentations. Je suis peut-être vieux jeu, mais quand t’as grandi avec des standards de réalisation monumentaux qui ont bouleversé ta vision de la discipline, je peux te dire qu’assister à des mises en scènes plates sans point de vue intéressant fait très mal aux yeux. Et il est hors de question que j’ai voir cet ersatz de film d’horreur qui, en plus d’insulter mon cinéaste culte, mise sur le pilotage automatique sans originalité. Plutôt me payer une bonne frite que claquer 8€ pour du convenu.

    J’adore la violence au cinéma, le sang cathartique qui coule et la tension inconfortable. Mais bon Dieu, si t’as pas de point de vue pour nourrir ce parti-pris, mais je dore dans mon canapé. A l’inverse, tu mes un maestro à la baguette, t’as un chef-d’oeuvre à coup sûr.

    Et la trilogie de Jackson est extraordinaire (ça c’est fait^^)

  14. Le problème vient autant des gros distributeurs, qui recherchent naturellement le profit, que du public, qui cherche à se divertir « confortablement ». Du coup, les idées de jeunes cinéastes qui sortent des sentiers battus sont condamnés à rester au placard jusqu’à trouver un producteur qui a les cojones de donner de l’argent sachant parfaitement qu’il n’y trouvera aucun gain.
    Je pense aussi qu’on devrait montrer plus de films en école/collège, l’éducation passe aussi par là. Je me souviens avoir vu Blade Runner pour la première fois en 3ème, j’avais été stupéfait, même si certains camarades se moquaient de la désuétude (vraiment relative) de certains éléments graphiques, la force du film m’avait transporté.
    Long débat…!

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