Critique : Fast & Furious 8

Avec des recettes ayant dépassé le chiffre ahurissant des 1,5 milliard de dollars, Fast & Furious 7 ne pouvait connaître qu’un successeur avec encore plus de moyens. James Wan a passé les commandes à F. Gary Gray (Straight Outta Compton) mais au final, peu importe qui est derrière la machine, les épisodes se ressemblant terriblement dans leur structure et leur mise en scène. On remet les gaz avec la même bande au volant.

Bête et furieux

Fast & Furious 8 s’ouvre à la Havane, territoire cubain à nouveau accessible au cinéma américain, et ce, pour nous livrer l’unique et pathétique course de voitures du film. Dom Toretto (Vin Diesel, toujours aussi expressif), se confronte à une figure locale dans un tas de ferraille, afin de sauver la caisse de son cousin – la famille, toujours ! Tout ça pour prouver à nouveau son talent derrière le volant et la main sur le cœur qui le caractérise tant – on y croit pas une seule seconde. Heureusement pour le spectateur, ce séjour idyllique prend fin lorsque Cipher (Charlize Theron) lui montre une vidéo sur son téléphone portable : Dom doit tourner le dos aux siens pour devenir l’homme de main d’une cyberterroriste opérant depuis un avion à l’abri de tout système de détection. Il trahit donc les siens lors d’une mission à Berlin, en Allemagne – on indique toujours le pays pour le public américain probablement, New York se passant de cette précision – qui conduit Hobbs (Dwayne Johnson) derrière les barreaux, face à un ancien ennemi : Deckard (Jason Statham). Au fond, l’ADN de la saga Fast & Furious n’est guère loin de celui de la série Les Feux de l’amour, avec sa liste interminable de personnages qui vont et viennent. Mais soyons positifs : c’est grâce à Dwayne Johnson et Jason Statham que le film offre du plaisir, et presque seulement grâce à eux deux. La confrontation de leurs personnages (puis l’entente forcée), conduit aux affrontements musclés et concours de vannes à faire des ravages dans la cour d’école – c’est un peu la récréation aussi Fast & Furious, une récréation totale pour l’intellect en tout cas !

En dehors des deux scènes de combats et des deux scènes de véhicule, Fast & Furious 8 se montre, sans surprise, terriblement non maîtrisé. A deux doigts de l’autoparodie, le film traite de la destinée du personnage de Dom avec un sérieux déconcertant. Il faut voir Vin Diesel face à Charlize Theron pour saisir l’étendu du fossé qui sépare le californien de la sud-africaine, qui, malgré son personnage de méchant plutôt fade, donne de l’épaisseur à Cipher au travers du jeu. Comment partager les dilemmes moraux de Toretto alors que le comédien ne sait rien faire d’autre que de taper des poses tout juste valable pour figurer dans Gros bras magazine ? C’est impossible. Le film souffre alors de nombreuses scènes dialoguées d’une ineptie totale, qui s’ajoutent au manque de logique complet des différents rebondissements. D’un autre côté, on prend du plaisir face à la surenchère sans limite de la saga : la prise de contrôle à distance d’une armada de véhicules en plein New York, la confrontation aberrante d’un sous-marin nucléaire russe face à des bolides qui filent sur la glace. Il y a aussi l’humour inchangé autour du personnage de Tyrese Gibson, Roman, l’élément comique qui désamorce aussi le premier degré qui revient trop souvent à la charge.

Alors que cet opus marque le départ d’une nouvelle vague de trois films, on souhaiterait que la saga se débarrasse enfin de ses boulets pour offrir un spectacle décomplexé de chaque instant, à l’image du sauvetage d’un bébé par Deckard dans une séquence totalement délirante par le contraste obtenu entre la violence et la tendresse. On aimerait aussi voir des réalisateurs libres de mettre en scène à leur façon des séquences d’action trop standardisées, cherchant la force de Mad Max : Fury Road – cette référence en matière d’action et de bagnoles pour de nombreuses années probablement – sans y parvenir – découpage, cadrage et montage étant si loin du modèle. Fast & Furious 8 offre tout ce qu’on pouvait attendre de cette production : un blockbuster débile, au rythme désagréable, doté d’une bande originale atroce, mais dopé par quelques perles de dérision et d’action dépassant toute raison.

2.5 étoiles

 

Fast & Furious 8

Film américain
Réalisateur : F. Gary Gray
Avec : Vin Diesel, Dwayne Johnson, Charlize Theron, Michelle Rodriguez, Jason Statham, Tyrese Gibson, Ludacris, Kurt Russell, Nathalie Emmanuel, Krisofer Hivju, Luke Evans, Elsa Pataky, Scott Eastwood
Titre original : The Fate of the Furious
Scénario de : Chris Morgan
Durée : 136 min
Genre : Action
Date de sortie en France : 12 avril 2017
Distributeur : Universal Pictures International France

Bande Annonce (VOST) :

Article rédigé par Dom

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