Critique : Jackie

Natalie Portman prend les traits d’une Jackie Kennedy endeuillée dans le nouveau long métrage de Pablo Larraín, Jackie. Loin du biopic traditionnel, le film esquisse le portrait d’une première dame qui mit tout en œuvre pour graver le nom Kennedy dans l’histoire des Etats-Unis.

La Dame en noir

La vidéo de l’assassinat de JFK est comme imprimé dans l’inconscient collectif. Le président, mortellement blessé, est dans les bras de sa femme, frappée par la panique et la détresse. En l’espace de quelques instants le destin des Etats-Unis a basculé, tout comme celui de Jackie Kennedy. C’est sur l’assassinat et les jours qui suivirent que se concentre Jackie, tourné dans un 16 mm lui conférant un aspect soigné et charnel d’un autre temps – à noter l’incroyable travail sur les décors, tous les intérieurs ayant été construits en studio à la Cité du cinéma. Grâce à la bande originale de Mica Levi, sa seconde après l’excellent univers musical créé pour Under the Skin et qui rappelle parfois le travail de Jonny Greenwood sur The Master, la tristesse happe le spectateur dès l’ouverture du film, et peut-être que les nombreux gros plans sur le visage de Natalie Portman s’avèrent alors peu judicieux, le cinéaste piégeant frontalement le spectateur dans l’affliction. Mais la plus grande faiblesse du film réside dans sa structure : Jackie raconte sa vision des événements à un journaliste joué par Billy Crudup, et cette conversation qui sert d’épine dorsale au film, nuisant à sa superbe dans de longs échanges rébarbatifs. Des échanges qui seront complétés par une autre approche, une autre vision, avec une conversation avec un prêtre, campé par le regretté John Hurt.

Derrière le sourire étincelant et l’élégance de la première dame se cache une femme un brin hautaine, désirant contrôler même ses révélations. A la mort de son mari, Jackie a mis tout en œuvre pour que JFK ne sombre pas dans l’oubli. C’est au travers de funérailles en grande pompe qu’elle parvint à ses fins tout en apaisant sa propre souffrance. Mais le film conjugue difficilement le drame historique avec le drame personnel. Natalie Portman, souvent brillante malgré quelques moments de pure artificialité, vampirise chaque scène, dont l’approche rappelle parfois The Tree of Life – par la caméra portée, la lumière naturelle, comme la scène de promenade avec les enfants ou de façon générale, cette façon de « déambuler » comme dans un souvenir. Partagé entre splendeur et austérité, Jackie s’approche plus de l’exercice de style que de la réflexion sur le deuil ou du portrait de sa protagoniste. Pablo Larraín a toutefois le mérite d’aborder le travail sur une figure historique sans épouser le classicisme souvent conventionnel en la matière, mais c’est un léger sentiment de déception que laisse son singulier nouveau long métrage.

3 étoiles

 

Jackie

Film américain
Réalisateur : Pablo Larraín
Avec : Natalie Portman, Billy Crudup, John Hurt, Peter Sasgaard, Greta Gerwig
Scénario de : Noah Oppenheim
Durée : 100 min
Genre : Drame, Biopic
Date de sortie en France : 1er février 2017
Distributeur : Bac Films

Bande Annonce (VOST) :

Article rédigé par Dom

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