Critique : La La Land

Après le viscéral Whiplash, Damien Chazelle revient toujours sur un air de jazz : cette fois, pour une comédie musicale, véritable déclaration d’amour au genre en rendant hommage aux œuvres hollywoodiennes des années 1950 et à Jacques Demy. Face à la caméra 35 mm, Emma Stone et Ryan Gosling brillent dans chaque scène.

Poursuivre ses rêves

Quatre saisons pour deux cœurs. L’action débute en hiver à Los Angeles, dans un bouchon automobile, premier tour de force du film par son numéro musical en plan-séquence avec des dizaines de danseurs et chanteurs quittant leur véhicule pour une parenthèse spectaculaire. Mais la rencontre entre Mia (Emma Stone) et Sebastian (Ryan Gosling) sera remise à plus tard, leur seul échange étant le genre de geste courtois entre automobilistes sur les nerfs ! Mia s’est installée à Los Angeles pour devenir actrice. En attendant des premiers rôles sérieux, entre les rébarbatifs castings, elle sert des cafés aux comédiennes et techniciens de l’industrie. Un premier pas, déjà. Sebastian est un pianiste passionné de jazz, il rêve d’ouvrir son propre club où son talent pourrait s’exprimer sans patron au-dessus de lui – superbe passage de J.K. Simmons, un peu en clin d’oeil à Whiplash – et rendre hommage aux artistes qu’il vénère. Deux archétypes classiques sont donc amenés à se rencontrer dans La La Land, mais si Damien Chazelle joue la carte des grandes chorégraphies aux couleurs éclatantes, sublimées par des mouvements de caméra d’une fluidité exemplaire, le jeune réalisateur exprime sa passion de la musique et son côté sentimental sans mièvrerie tout en trouvant de belles notes d’humour.

Peu à peu, l’idylle entre Mia et Sebastian se retrouve rattrapée par la réalité : s’il veut monter son club, il doit gagner de l’argent, il rejoint donc un groupe dont l’approche du jazz, contemporaine, l’éloigne de ses ambitions mais aussi de celle qu’il aime. Face à la cruauté des castings, Mia décide de monter son propre spectacle, un one woman show qu’elle financerait elle-même, ultime tentative pour percer dans la cité des anges, ou plutôt, la cité des étoiles comme elle est qualifiée dans le morceau phare du film, composé par Justin Hurwitz. Si Damien Chazelle avait déjà démontré sa grande maîtrise du montage et de la mise en scène dans son précédent film, sa maestria se développe un peu plus avec un jeu prononcé et remarquable sur les couleurs et lumières, tandis qu’Emma Stone et Ryan Gosling se retrouvent dans une position inédite, à chanter et danser sans tricherie aucune. Les morceaux au piano sont également tous joués par Ryan Gosling, sans doublure qui se subtiliserait à lui pour les gros plans sur les mains. Des performances sublimes pour un duo qui touche, et dont les rêves et la passion ne peuvent que saisir le spectateur. Autre force, subtile, Chazelle prend le contre-pied des saisons : l’hiver apporta la joie, l’été ramène les doutes, provoque des remous inattendus.

Derrière son titre fleur bleue, La La Land confronte les rêves aux sentiments, mais peut-être que ce sont les passions amoureuses qui permettent aussi de ne pas lâcher ses rêves ? Il est si facile de s’égarer en empruntant des routes de substitution ou tout simplement de jeter l’éponge, de renoncer face à l’adversité, aux difficultés de s’épanouir dans les milieux artistiques. Bien que grisant, le film se montre aussi amer, parfois dissonant, dans la tradition des comédies musicales de Jacques Demy comme Les Parapluies de Cherbourg, une œuvre référence pour Chazelle. Avec ses variations de formes et de rythme, La La Land épouse les traits d’un morceau de jazz : la vie est loin d’être une balade dans une tonalité majeure. Quelque part, on rejoint alors la trajectoire du magnifique Café Society de Woody Allen. Enchanteresse et lucide, La La Land se positionne comme une pastille de bonheur volontairement imparfaite, car c’est ce qui lui permet d’atteindre cette profondeur, cette sincérité dans son expression exaltante de la passion et de l’amour, de la musique et du cinéma. En somme, une merveilleuse comédie musicale sur la poursuite de ses rêves, à la fois moderne et nostalgique.

4.5 étoiles

 

La La Land

Film américain
Réalisateur : Damien Chazelle
Avec : Ryan Gosling, Emma Stone, John Legend, J.K. Simmons, Rosemarie DeWitt, Finn Wittrock
Scénario de : Damien Chazelle
Durée : 128 min
Genre : Comédie musicale, Romance
Date de sortie en France : 25 janvier 2017
Distributeur : SND

Bande Annonce (VOST) :

Article rédigé par Dom

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