Critique : Kajillionaire

Miranda July est enfin de retour en salle. La cinéaste à l’univers si singulier n’a pas réalisé de long métrage depuis The Future en 2011. Elle nous offre une nouvelle comédie dramatique atypique, avec en son cœur une étrange jeune femme, interprétée par une Evan Rachel Wood méconnaissable.

Quitter le cocon

Kajillionnaire, c’est l’histoire d’une famille qui vit dans la précarité à Los Angeles, habitant d’anciens bureaux pour une somme modeste, mais qui leur demande des efforts de nettoyage quotidiens car une eau mousseuse rejetée par une usine à proximité met en péril les murs de cette demeure peu cosy. Un trio qui vit de vols et d’arnaques, en restant dans le domaine de la petite criminalité, qu’ils exercent avec un certain style. C’est avec amusement que Miranda July dépeint cette chronique, dont le propos n’est pas social mais familial et sentimental. Old Dolio (Evan Rachel Wood) vit recluse avec ses parents, Theresa (Debra Winger) et Robert (Richard Jenkins) : aucune vie sociale, aucune perspective, simplement les obligations du quotidien, obtenir de quoi manger et régler le loyer à un bailleur aussi hors du commun : émotif, lorsqu’il réclame son dû, il ne peut s’empêcher de fondre en larmes. Loin du cliché du type colérique qui menacerait ses locataires d’expulsion immédiate. C’est d’ailleurs ce qui rend l’univers de Miranda July si plaisant, son décalage face aux stéréotypes. Ses protagonistes évoluent dans une société que nous connaissons parfaitement, mais par le truchement de leur inadaptation – volontairement ou non – ou leur exploitation des failles du système, le quotidien bascule dans une autre dimension, décalée, aussi drôle que poétique.

Avec sa longue chevelure lisse et ses fringues de sport trop grandes, Evan Rachel Wood ressemble à ce qui pourrait être la sœur de Jay dans les films de Kevin Smith, Jay et Silent Bob. La comédienne, adoptant une voix confortablement installée dans les basses fréquences, est tout simplement méconnaissable : il faut ajouter à sa panoplie une gestuelle particulière, car si son personnage longiligne se présente souvent droit comme un i, elle est capable de contorsions et mouvements étonnants lorsque la situation le demande. Et c’est ce personnage haut en couleur qui anime le récit, jeune femme coincée avec ses parents dont l’amour peut être questionné : leur vie s’organise autour du sacro saint-dollar mais sans l’ambition de s’enrichir, simplement de survivre en marge de la société. Lors d’une de leurs escroqueries, la rencontre avec Mélanie (Gina Rodriguez), qui s’ajoutera dans les rangs des arnaqueurs cocasses, change l’horizon d’Old Dolio. La tendresse de Mélanie, son regard critique sur ce qu’impose ces parents tendront une main rayonnante d’affection pour Old Dolio, être incapable d’être touché sans se crisper. De la phobie technologique à la terreur du tremblement de terre qui engloutira de nombreuses cités de la côte ouest américaine, Kajillionnaire joue avec des idées dans l’air du temps avec un beau grain de folie. La bande originale rêveuse d’Emile Mosseri apporte une magnifique touche complémentaire au regard de la cinéaste, qui décortique ce qui nous relie les uns aux autres, les plaisirs et tourments de la vie, avec l’instinct d’une conteuse illuminée.

3.5 étoiles

 

Kajillionaire

Film américain
Réalisatrice : Miranda July
Avec : Evan Rachel Wood, Gina Rodriguez, Debra Winter, Richard Jenkins, Mark Ivanir, Diana Maria Riva
Scénario de : Miranda July
Durée : 104 min
Genre : Comédie dramatique
Date de sortie en France : 30 septembre 2020
Distributeur : Apollo Films

 

Article rédigé par Dom

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