[Critique] La Garçonnière (Billy Wilder)

Couronné de cinq oscars (meilleur film, meilleur réalisateur, meilleur scénario, meilleur montage et meilleure direction artistique), l’un des plus grands films de Billy Wilder retrouve les salles de cinéma dans une version numérique restaurée. Retour dans la garçonnière du malheureux C.C. Baxter.

Les exploités

Lors d’une conversation, il est déclaré qu’il y a deux types de personnes dans la vie : les exploiteurs et les exploités. La Garçonnière de Billy Wilder se penche sur le destin de deux de ces exploités, travaillant dans une grande compagnie d’assurance à New York. C.C. Baxter (Jack Lemmon) est exploité pour son appartement de célibataire, ses supérieurs lui empruntent la clé afin d’y ramener leur maîtresse en toute discrétion, si bien que le pauvre Baxter se retrouve dépossédé de son propre logement – ce dernier y voit l’occasion rêvée d’être promu dans sa société. L’autre protagoniste est une exploitée sentimentale, Fran Kubelik (Shirley MacLaine), liftière ayant une liaison avec le boss de la boite, Jeff Sheldrake (Fred MacMurray) qui lui promet de quitter femme et foyer pour son doux regard. Seulement Baxter en pince aussi pour la jeune femme, qu’il n’ose même pas courtiser, étant bloqué par son besoin d’ascension au sein de l’entreprise, au détriment d’une élévation sentimentale.

Outre ses fantastiques acteurs, cette comédie dramatique touche par son adresse dans la mise en place d’une mécanique sans issue favorable pour Baxter. Quiproquos sur son statut de Don Juan avec le voisinage et déférence incroyable envers sa hiérarchie font de lui un personnage amusant et captivant, héros d’une vie portée sur la réussite en entreprise, dans une société où le plaisir n’existe que dans la relation extraconjugale. Un plaisir dont il est l’acteur fantomatique, hôte malgré lui de ces aventures dont il conserve les reliques et doit assumer certaines conséquences. A force d’infortunes pour ces deux amants potentiels, le spectateur est poussé vers l’union impossible entre Baxter et Fran, si seulement la situation ne poussait pas chacun d’entre eux vers d’émouvants extrêmes – où brille le génie d’écriture de Wilder et Diamond, après avoir fait tant rire le spectateur de situations doucement dramatiques pour leurs protagonistes, ils nous plongent dans des conséquences mélancoliques, laissant toujours de belles échappées à l’humour. La clé du bonheur n’est pas toujours celle que l’on croit, encore faut-il avoir la possibilité d’écouter son cœur dans un monde aveuglant de duplicité.

Ainsi flamboie La Garçonnière avec son trio mythique, perle des comédies dramatiques qui, cinquante ans après sa première sortie au cinéma, fait peau neuve dans une version numérique lui assurant encore de belles années. Une cascade d’émotions à revivre sur grand écran cet été.

4.5 étoiles

 

La Garçonnière

Film américain
Réalisateur : Billy Wilder
Avec : Jack Lemmon, Shirley MacLaine, Fred MacMurray, Ray Walston, Jack Kruschen
Titre original : The Apartment
Scénario de : Billy Wilder, I.A.L Diamond
Durée : 125 min
Genre : Comédie dramatique, Romance
Date de sortie en France : 11 juillet 2012 (sortie originale en septembre 1960)
Distributeur : Carlotta Films

Bande Annonce (VO) :

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3 commentaires sur “[Critique] La Garçonnière (Billy Wilder)”

  1. globulus dit :

    Superbe ce film !!

  2. dasola dit :

    Bonjour, et pourquoi pas 5 étoiles et non 4,5? N’oublions pas les décors d’Alexandre Trauner. Ce film est un des nombreux chefs d’oeuvre de Billy Wilder. Il y a de la tendresse et de la cruauté. Bonne après-midi.

  3. Dom dit :

    @Dasola, c’est pour le différencier de Boulevard du crépuscule. Sinon, je trouve qu’il y a un léger problème de rythme dans la deuxième moitié du film.

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