Critique : Song to Song

Prolifique, Terrence Malick, après avoir récemment bouclé le montage de Voyage of Time et livré l’excellent Knight of Cups il y deux ans, revient déjà avec un nouveau long métrage, tourné sur plusieurs années, principalement à Austin, dans son Texas natal. Dans le milieu de la musique, Malick nous offre une nouvelle élégie miraculeuse.

L’important c’est d’aimer

The Tree of Life restera définitivement une œuvre charnière dans la filmographie de Terrence Malick. Depuis cette splendide Palme d’Or reçue en 2011, le réalisateur texan nous a offert quatre longs métrages, soit le nombre total de longs métrages qu’il aura réalisé entre 1973 (La Balade sauvage) et 2005 (Le Nouveau monde). Des points de vue narratif et stylistique, Song to Song se place entre Knight of Cups et The Tree of Life. Chaque scène est fragmentée en nombreux plans, en courte focale, au steadicam ou à l’épaule, pour naviguer auprès des acteurs, dans leur environnement. Malgré un montage parfois très cut, des cadres non conventionnels, chaque scène dégage une sensation de pureté, d’unité, comme si les raccords n’existaient pas. Malick a atteint une forme d’abstraction narrative et une science du découpage qui forment une synergie merveilleuse, une sorte d’affranchissement avec le temps – d’ailleurs, impossible de déterminer combien de jours, de semaines ou de mois s’écoulent dans le film. La place de la musique – du classique au rock en passant par l’électro de Die Antwoord – et l’utilisation des voix-off intimistes ont un rôle dans ce processus dont il est le grand maître. Song to Song s’ouvre littéralement avec une porte, qui laisse découvrir Faye (Rooney Mara), hésitante ou apeurée par Cook (Michael Fassbender), ce producteur musical opulent qui se complaît dans son statut et sa richesse, se perd dans le sexe à défaut de célébrer l’amour véritable.

Faye est le personnage principal de ce balai des cœurs débutant avec un triangle amoureux : alors que Cook joue avec Faye, cette dernière s’énamoure de BV (Ryan Gosling), un musicien qui tombera dans les griffes du sournois producteur. Mais cet état n’est qu’une base pour explorer les sentiments de chacun, la candeur amoureuse de BV, le mal être de Faye, la noirceur de Cook. Song to Song est le premier long métrage de Terrence Malick à s’affranchir des barrières entre fiction et réalité grâce à une intégration astucieuse des comédiens au réel : ils échangent avec Iggy Pop, Lykke Li ou encore Patti Smith – magnifique figure maternelle de substitution pour Faye – comme si eux aussi, les stars du cinéma, étaient partie intégrante d’un univers musical que nous connaissons – par ailleurs, dans un court épisode, Val Kilmer intègre sur scène le groupe Black Lips. Ainsi, Ryan Gosling, Rooney Mara, Natalie Portman et Michael Fassbender sont débarrassés de leur aura de célébrité, sans perdre l’éclat de leur charisme, car ils s’avèrent tous magnifiques face au regard sublimant de Terrence Malick, qui collabore encore avec le génial directeur de la photographie Emmanuel Lubezki. Des vastes demeures où évoluent les personnages aux appartements dominant la ville, d’une escapade au Mexique à des terres rocheuses, Song to Song émerveille par sa splendeur cinématographique de chaque instant.

Avec sa galerie de personnages, Song to Song dresse le portrait d’une génération perdue, assoiffée de gloire et de sensations fortes, qui a, petit à petit, perdu goût aux choses essentielles, qui a perdu de vue le chemin vers la lumière. Comme le pense BV en déambulant dans une garden party, il y a un stade dans la vie où l’on ne sait même pas ce qu’est la lumière. Une part existentielle où pèse le regard des parents, développé subtilement au travers de courtes séquences poignantes. Avec sa capacité à marier la nature, l’art, l’humain et le sentiment dans une même scène, Terrence Malick compose des vers sublimes, véritable baume spirituel appliqué avec attention pour quiconque s’ouvrant à une telle poésie cinématographique. Encore une fois, Terrence Malick évoque la primauté de l’amour, et ce, en explorant sa ténacité face à nos erreurs dans un monde paradoxal, entre splendeur et décadence. L’important c’est d’aimer, et notre miséricorde tient du divin. Song to Song, un miracle au rang des chefs d’œuvre d’une beauté renversante.

5 étoiles

 

Song to Song

Film américain
Réalisateur : Terrence Malick
Avec : Rooney Mara, Ryan Gosling, Michael Fassbender, Natalie Portman, Cate Blanchett, Bérénice Marlohe, Lykke Li, Patti Smith, Holly Hunter
Scénario de : Terrence Malick
Durée : 128 min
Genre : Drame, Romance, Musical
Date de sortie en France : 2017
Distributeur : Metropolitan FilmExport

Bande Annonce (VOST) :

Article rédigé par Dom

Partagez cet article avec vos amis ou votre communauté :

Twitter Facebook Google Plus

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *