Critique : The Birth of a Nation

Grand prix du jury et prix du public à Sundance, The Birth of a Nation, premier long métrage de Nate Parker, plonge dans l’Amérique esclavagiste pour revenir sur le destin du prédicateur Nat Turner, à l’origine d’une sanglante révolte trente ans avant la Guerre de Sécession. Porté par un esprit de vengeance, on peut s’interroger sur l’impact du film dans le climat social et politique actuel.

Appel aux armes

Dans une plantation, le petit Nat Turner a « la chance » de recevoir une certaine éducation : doué pour la lecture, la Bible deviendra sa source d’apprentissage jusqu’à ce que ses maîtres en fassent un prédicateur une fois adulte. Et l’homme instrumentalisé finira par se retourner contre le tyran blanc, grâce à l’outil qu’ils auront placé entre ses mains, la Bible donc. Mais avant cela, le film de Nate Parker, dans lequel il campe avec beaucoup de conviction le premier rôle, montre le triste quotidien des esclaves au cœur des plantations. Les sévices, les viols et violences inimaginables viennent nourrir la haine et la soif de vengeance de Nat Turner. L’absence totale de liberté de mouvements, la contrainte de risquer sa vie pour voler un peu de nourriture, d’être toujours l’inférieur d’un homme blanc sans aucune empathie, à l’exception peut-être auprès de Samuel Turner, le maitre de Nat que joue Armie Hammer, conduisent au malaise absolu. Entre Samuel et Nat, une relation quelque peu privilégiée, qui remonte à leur camaraderie enfants, mais aussi du fait que Nat n’est pas la simple main d’oeuvre pour récolter le coton : sa parole est exploitée pour motiver les esclaves d’exploitations où le labeur commence à faire défaut. Les versets bibliques déclamés apportent satisfaction aux blancs tandis que Turner y voit l’appel à la révolte, rongé par les paradoxes de sa position et de sa parole.

A l’instar de 12 years a slave, The Birth of a Nation confronte le spectateur à l’horreur. La violence, dans le champ ou hors champ – d’ailleurs, Parker adoucit les traits sanguinaires et sans pitié du protagoniste dans la dernière partie -, frappe profondément, mais peu à peu, le film se réduit à l’action que lancera Turner : une révolte. Il faut dire que le film s’enracine dans la vengeance dès son titre, référence directe au long métrage du même titre réalisé par David W. Griffith en 1915, film pro-Ku Klux Klan ! Ainsi, Nate Parker règle ses comptes avec une œuvre bien entendu controversée du cinéma américain, mais voilà, il livre à son tour un film ambiguë ou, du moins, maladroit. On ne peut que saluer un film qui, fondamentalement, montre une révolte des opprimés, un soulèvement populaire qui apparaît comme une colère divine. Seulement Parker ferme la porte à toute réflexion dans la dernière partie de son film, où il montre aussi toutes ses limites de jeune metteur en scène – la confrontation affreusement bâclée. La maladresse se prolonge jusque dans le dernier plan du film, ellipse avec du style, certes, mais qui referme ce portrait sans panser aucune plaie. Dans le contexte social et politique actuel aux Etats-Unis, où les violences policières à l’encontre de la population noire font tristement l’actualité, un film comme The Birth of Nation peut, par sa gaucherie qu’on espère involontaire, attiser la haine, nourrir un clivage que l’on voudrait voir disparaitre définitivement. Doté d’une belle photographie et d’un casting convaincant, The Birth of a Nation joue la carte « œil pour œil, dent pour dent » grossièrement. Sur le racisme (et l’héritage de l’esclavagisme), on lui préférera le subtil et touchant Loving de Jeff Nichols, en salle le 15 février 2017.

2.5 étoiles

 

The Birth of a Nation

Film américain
Réalisateur : Nate Parker
Avec : Nate Parker, Armie Hammer, Aja Naomi King, Penelope Ann Miller, Jackie Earle Haley, Colman Domingo
Scénario de : Nate Parker
Durée : 120 min
Genre : Biopic, Drame
Date de sortie en France : 11 janvier 2017
Distributeur : Twentieth Century Fox France

Bande Annonce (VOST) :

Article rédigé par Dom

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