Critique : Quelques minutes après minuit

Adaptation du roman éponyme de Patrick Ness, Quelques minutes après minutes permet au réalisateur espagnol Juan Antonio Bayona de livrer son film le plus réussi. Une œuvre encore une fois touchée par le doigt tragique de la mort, cette fois, vue du point de vue d’un enfant face à sa mère cancéreuse.

L’Arbre initiatique

Le jeune Conor (Lewis MacDougall) souffre profondément. Sa mère, jouée par Felicity Jones, rongée par le cancer, arrive au bout d’une chimiothérapie non concluante. Comment garder espoir en une guérison miraculeuse ? Avec un père qui a refait sa vie aux Etats-Unis, le garçon solitaire, passionné de dessin, va devoir se conformer aux règles d’une grand-mère qu’il n’apprécie guère, campée avec beaucoup de sensibilité par Sigourney Weaver. Une nuit, sept minutes après minuit très exactement, suite à une journée comme les autres à l’école où il s’est encore fait frapper par la brute de la classe, Conor va être interpellé par un arbre prenant vie, un If trônant fièrement au-dessus d’un cimetière à quelques pas de la maison. Cet arbre, dont la voix puissante est prêtée par Liam Neeson, lui annonce qu’il reviendra le visiter pour lui conter trois histoires, mais à la fin, ce sera à Conor de raconter une quatrième histoire, « son cauchemar, sa vérité. » L’enfant déploie sa colère face à cette rencontre inattendue, convoquant le King Kong découvert avec sa maman sur un vidéoprojecteur maison. D’ailleurs, Quelques minutes après minuits favorise des effets spéciaux traditionnels, une grande partie de l’arbre monstrueux ayant été construite réellement afin d’interagir avec Conor, bien que la motion capture soit aussi de la partie. Cette rencontre et ces histoires vont constituer un véritable apprentissage pour le petit garçon afin que son regard sur la vie évolue, et qu’il puisse affronter la maladie de sa mère.

Le nouveau film de Juan Antonio Bayona se présente comme une oeuvre hybride, dotée de quelques touches d’animation fantastiques par leur style graphique et leur fluidité, véritables mini-contes moraux pour le jeune Conor et les jeunes spectateurs. Ces histoires que racontent le monstre, n’ont, à première vue, aucune relation avec la situation que vit Conor, mais leur enseignement s’avère capital puisqu’il met en lumière la complexité des actions humaines, qui composent autant avec la notion du bien et du mal, sans binarité. En premier lieu, Conor ne garde que ce qui l’intéresse, notamment, sur la croyance. Croire que sa mère peut encore guérir vu comme un pas vers la guérison. Mais ce drame fantastique confronte pleinement Conor avec la perte de la mère, il y a ce cauchemar déjà : l’enfant qui ne parvient pas à retenir la main de sa maman au-dessus d’un gouffre. Si le film touche par son sujet et ses interprètes, il perd en force narrative en exposant son cheminement dès la première rencontre avec l’If vivant. Pour citer une œuvre similaire dans son approche psychanalytique de l’enfance avec des créatures fantastiques, Max et les maximonstres offrait une aventure plus riche, mais d’un autre côté, celle-ci se portait sur l’avenir, sur la vie. L’incapacité à se détacher de la route annoncée joue un peu en la défaveur du rythme du film mais sans nuire aux qualités de sa funeste féerie, fondamentalement très intelligente autant par son propos que ses métaphores. Malgré son essence douloureuse, Quelques minutes après minuit peut aussi être vu avec des enfants – pas les plus jeunes, évidemment –, mais attention, ce sont les larmes et non les rires auxquelles mène ce conte initiatique.

3.5 étoiles

 

Quelques minutes après minuit

Film américain, espagnol, canadien, britannique
Réalisateur : Juan Antonio Bayona
Avec : Lewis MacDougall, Sigourney Weaver, Felicity Jones, Liam Neeson, Toby Kebell
Titre original : A Monster calls
Scénario de : Patrick Ness
Durée : 108 min
Genre : Drame, Fantastique
Date de sortie en France : 4 janvier 2017
Distributeur : Metropolitan FilmExport

Bande Annonce (VOST) :

Article rédigé par Dom

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Un commentaire

  1. Tout à fait d’accord, le film est superbe, réalisé au cordeau et interprété finement mais moins fort que le livre.

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