[Critique] The Place Beyond the Pines (Derek Cianfrance)

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Nouvelle collaboration entre Derek Cianfrance et Ryan Gosling. Après Blue Valentine, chronique d’un couple à la dichotomie bien trop prononcée pour séduire, les voilà lancés dans une œuvre sur la filiation bien plus ample. The Place Beyond the Pines, terre de braqueurs, de flicaille pourrie et d’adolescents en perdition.

Au nom des fils

L’impressionnant plan séquence d’ouverture du film convoque The Wrestler de Darren Aronofsky : image granuleuse, protagoniste suivi de dos jusqu’au lieu où la foule attend le spectacle, soucis de réalisme poussé – la plupart des figurants du film sont des personnes directement trouvées sur les lieux de tournage. Ce blond tatoué que l’on suit jusqu’à sa moto, c’est Luke Glanton, campé par Ryan Gosling. Un personnage qui rappelle étrangement celui qu’il interprétait dans Drive de Nicolas Winding Refn, comme si le héros avait erré quelques années avant de troquer ses bolides à quatre roues pour de nouvelles sensations, derrière un guidon, menant alors une vie de cascadeur de foire, sur les routes. Une vie qui appelle soudain à la sédentarité quand il revoit Romina (Eva Mendes), une conquête lui ayant caché qu’elle venait d’avoir un enfant suite à leur aventure. Saisi par la soudaine responsabilité de père, Luke décide de s’installer à Schenectady – cet endroit au-delà des pins, en iroquois –, seulement l’argent manque et Romina a un nouveau compagnon qu’elle ne souhaite pas quitter. Avec Robin (Ben Mendelsohn), Luke se lance dans des braquages de banques à moto – séquences impressionnantes malgré la grande nervosité de la caméra –, irritant la police locale. Contre toute attente, Derek Cianfrance ose quitter brutalement ce galvanisant et touchant récit pour diriger son film vers une dramaturgie bien plus riche en personnages.

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L’abandon du motard se fait au profit d’une autre figure paternelle, celle d’Avery Cross, flic devenu héros dans une intervention proche de la bavure. Joué par Bradley Cooper, ce personnage ambitieux, rongé par le remord, se retrouve mêlé à des flics pourris. Une position délicate pour lui qui trouve une aide précieuse en la personne de son père, en opposition avec la situation de Luke, souhaitant subvenir aux besoins de son fils pour ne pas que l’histoire se répète. L’histoire se répète, voilà la thématique au cœur de cette chronique filiale divisée en trois segments. Un triptyque audacieux du fait qu’il place toute l’énergie et l’adrénaline dans sa première partie, alors que celle consacrée à Cross se déroule avec un rythme sage, dénué de véritables turbulences. Mais le cinéaste a un sens du montage assez pointu, délaissant l’éclatement du récit de Blue Valentine au profit d’une progression linéaire, fluide et elliptique. Un mouvement qui ne perturbe en rien la psychologie des personnages, tous campés avec un naturel formidable. Grand directeur d’acteur, Cianfrance s’adjoint les services d’un grand musicien trop rare dans le milieu du cinéma, Mike Patton. Ses compositions, névrotiques et douces, assurent la tension et l’émotion en se positionnant toujours en arrière-plan – les morceaux arrivent souvent dans de lents fondus, comme le fantomatique thème au piano qui accompagne Luke après sa rencontre avec Robin.

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Grâce à un bond temporel de quinze ans, The Place Beyond the Pines poursuit sa double chronique sur la place du père avec les fils respectifs d’Avery et Luke, joués par Emory Cohen et Dane DeHaan, tous deux excellents. La rencontre se déroule au lycée, sans connaissance des événements ayant lié leurs parents, et l’inévitable résurgence du passé conduit tous ces hommes à l’ultime collision – et bien que d’aucuns critiqueront certaines facilités scénaristiques, la vraie faille est de laisser les femmes dans l’ombre de leur compagnon, effacées. La forêt, secteur sublimé, tient une place mystique. C’est au milieu des bois que les personnages voient leur destin basculer, qu’ils côtoient la mort et la rédemption. Avec son amplitude narrative, Derek Cianfrance parvient à transmettre la sensation d’absence avec une force que peu de films n’atteignent. Son discours sur la paternité a beau être simple, il sonne juste. Œuvre à la fois audacieuse et convenue, se distinguant par son casting et son atmosphère, The Place Beyond the Pines impressionne par les flux émotionnels et moraux qui y circulent. Envoûtant.

4 étoiles

Remerciements : AlloCiné

 

The Place Beyond the Pines

the-place-beyond-the-pines-afficheFilm américain
Réalisateur : Derek Cianfrance
Avec : Ryan Gosling, Bradley Cooper, Eva Mendes, Rose Byrne, Dane DeHaan, Emory Cohen, Ben Mendelsohn, Mahershala Ali, Ray Liotta
Scénario de : Derek Cianfrance, Ben Coccio, Darius Marder
Durée : 140 min
Genre : Drame, Thriller
Date de sortie en France : 20 mars 2013
Distributeur : StudioCanal


Bande Annonce (VOST) :

Article rédigé par Dom

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Un commentaire

  1. Excellent film, les petits défauts restent de détails, ça reste ample et assez envoutant… 3/4

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