Critique : Police

Après avoir revisité un conte sous un ton humoristique avec Lou de Laâge dans Blanche comme neige, Anne Fontaine revient pleinement dans la réalité en adaptant le roman Police d’Hugo Boris. Si l’on perçoit la matière qui aurait pu conduire à un grand film, le résultat se montre décevant.

Brigade léthargique

Il y a dans Police une volonté de montrer les personnes derrière l’uniforme, les problèmes ordinaires qu’ils cumulent avec les difficultés de leur profession. Le film nous dévoile ses trois personnages principaux en reprenant leur journée au début pour chacun, jusqu’à nous conduire à leur mission commune. Déjà quelque chose cloche, tient de l’ordre du factice, à la fois par le jeu et la mise en scène – une grande partie du film a été tournée en studio. L’intervention musclée de Virginie (Virginie Efira) et Aristide (Omar Sy) sur les quais, filmée en caméra épaule et longue focale va à l’encontre du réalisme et de l’urgence que l’on peut obtenir ainsi. La scène transpire de maladresse, tout comme celle de Virginie avec Erik (Grégory Gadebois) accompagnant une femme maltraitée par son conjoint à son appartement pour récupérer des affaires. Il y a un manque de vitalité étonnant pour la réalisatrice Anne Fontaine, à qui l’on doit le magnifique Les Innocentes ou d’autres réussites comme Marvin ou la belle éducation. Suite à un incendie dans un centre de réfugiés, les trois policiers vont se porter volontaires pour conduire à l’aéroport, en dehors de leurs heures de travail, un homme dont la demande d’asile a été refusée.

Dans le cœur du film, qui soulève des questions morales et éthiques intéressantes, Police gagne quelques points, mais toujours en restant dans cet étrange état, comme ankylosé, apathique, accroché au visage médusé de Virginie Efira, aux airs bourrus de Gadebois et à la rondeur affectée de Sy. La triste photographie d’Yves Angelo – et qui collabore pourtant avec la cinéaste luxembourgeoise pour la troisième fois – contribue énormément à l’échec artistique du film : cette virée nocturne revêt souvent un désagréable caractère laiteux, imprécis. Les jeux de dédoublement des lumières de la ville avec les vitres du véhicule de police ajoute un artifice sans saveur à cette opération au cours de laquelle Virginie, en lisant le dossier du réfugié, se demande s’il ne serait pas plus juste de le libérer. Le trouble qui agite alors successivement Aristide et Erik aurait pu conduire à une passionnante étude du rôle de policier, du respect de l’ordre et de sa remise en question, avec pour toile de fond la menace terroriste. Là encore, on manipule des éléments bouillants avec une extrême retenue, et derrière l’évidente finalité qui se dessine, les détours ne font qu’alourdir l’ensemble. On descend de voiture avec l’air maussade, procédant d’une œuvre qui n’a pas réussi à déployer ses ailes.

2.5 étoiles

 

Police

Film français
Réalisatrice : Anne Fontaine
Avec : Virginie Efira, Omar Sy, Grégory Gadebois, Payman Moaadi, Elisa Lasowski, Anne-Pascale Clairembourg
Scénario de : Claire Barré, Anne Fontaine, d’après le romain éponyme d’Hugo Boris
Durée : 108 min
Genre : Drame
Date de sortie en France : 2 septembre 2020
Distributeur : StudioCanal

 

Article rédigé par Dom

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