Critique du film Réalité

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Derrière le titre si saisissable et rationnel du sixième film réalisé par Quentin Dupieux se cache une comédie dramatique qui se dérobe à toute interprétation. Une œuvre sous de nombreuses influences, séduisante par l’absurdité de son schéma narratif et où l’on retrouve un Alain Chabat extra et chaleureux.

Film non-sens

Pas de musique électronique, ni de personnage extravagant, et encore moins de situations complètement tordues. Des précédents films de Quentin Dupieux, Réalité ne conserve que le cadre, le territoire américain, là où les films se produisent : Los Angeles. L’usine à rêves qui était prise d’assaut dans Rubber en vient à produire réellement du rêve dans une boucle où il semble impossible de démêler le vrai du faux, le fantasme et le cinéma du réel. Avec ses allures de film choral, Réalité s’articule autour d’un personnage de producteur, Bob Marshall (Jonathan Lambert). Ce dernier produit le film d’un ancien réalisateur de documentaire qui s’intéresse à la vie d’une petite fille qui se prénomme Réalité (Kyla Kenedy). Fille d’un taxidermiste, la petite est troublée lorsqu’elle découvre une VHS bleue dans les entrailles d’un sanglier que vide son père. En parallèle, Jason – prénom à prononcer à la française –, joué par Alain Chabat, un cadreur sur une émission culinaire, souhaite réaliser un film dans lequel les télévisions s’attaqueraient à l’humanité entière. Lorsqu’il sollicite Bob Marshall – scène très drôle où la présentation du projet ne cesse d’être repoussée –, Jason obtient un feu vert, à condition de trouver le meilleur gémissement du monde pour le film. Ajoutez dans la marmite de Dupieux une crise d’eczéma et une touche de travestissement, et vous obtenez un sacré bouillon de n’importe quoi qui ne méprise jamais le spectateur.

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Le cri de Blow out de Brian De Palma, la boite bleue de Mulholland Drive de David Lynch, les saillies gores de Scanners de David Cronenberg, le schéma absurde et sans issue dans Le Charme discret de la bourgeoisie de Luis Buñuel, tous ces éléments influencent et habitent Réalité, dont l’instant du déraillement précis paraît impossible à définir au terme de la séance. Peut-être que rien n’allait dès le début du film, qui nous met pourtant rapidement en garde quant aux scènes avec la petite Réalité – pouvant autant constituer des éléments du film dans le film, que des moments de fiction sans emboîtement. Bien que l’univers épuré de ce long métrage se trouve souvent sur le point de tomber dans un rythme lénifiant, le plaisir de brouillage qu’effectue Dupieux, contagieux, suffit à attiser la curiosité. Les faux raccords de champ-contrechamp à une cabine téléphonique, tantôt en pleine forêt, tantôt en centre-ville éveillent l’esprit avec une malice enfantine : soudain, l’anodin plonge dans l’extraordinaire. Et d’autant plus extraordinaire lorsque Jason, ce personnage attachant par son ambition et sa bonhomie, réalise qu’il se trouve parfois – ou toujours ? – dans un doux cauchemar sans frontière. Le non-sens et le no reason chers au cinéaste français trouvent ici une nouvelle forme de représentation, moins délirante qu’auparavant mais plus railleuse dans le premier degré de ses dialogues, et plus hypnotique par son approche musicale répétitive et lancinante – la seule musique qui revient dans le film est un extrait des premières minutes de « Music with changing parts » de Philipp Glass. Sur ce domaine où le quotidien, l’onirisme et le cinéma s’observent jusqu’à perdre toute qualité distinctive, Quentin Dupieux trace avec Alain Chabat un séduisant itinéraire d’absurdité, extensible à l’infini.

3.5 étoiles

 

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Réalité

Film français, belge
Réalisateur : Quentin Dupieux
Avec : Alain Chabat, Jonathan Lambert, Elodie Bouchez, Kyla Kenedy, Eric Wareheim, Jon Heder
Scénario de :
Durée : 95 min
Genre : Comédie dramatique
Date de sortie en France : 18 février 2015
Distributeur : Diaphana Distribution

Bande Annonce (VOST) :

Article rédigé par Dom

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