[Critique] Wrong Cops, réalisé par Quentin Dupieux

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Les délires surréalistes et absurdes de Quentin Dupieux saisissent les policiers d’une ville américaine. Peu narratif, Wrong Cops mise tout sur ses situations grotesques et personnages déviants non sans succès.

Forces désordres

Wrong Cops aurait pu être une mini-série, compilation d’épisodes dont le premier, visible sur internet, a offert un fil rouge à ce long métrage : un homme blessé par balle (Daniel Quinn) sera trimbalé d’un bout à l’autre du film. Si l’on devait dégager un personnage central de cette troupe de flics qui n’a que faire de l’application et du respect des lois, il s’agirait de l’officier Duke – Mark Burnham, excellent –, dealer d’herbe et grand fan d’électro minimaliste – jamais la musique de Quentin Dupieux aka Mr. Oizo n’aura été aussi présente dans l’un de ses films. Autre figure mise en avant, celle de l’officier Rough, policier difforme et borgne campé par Eric Judor. Rêvant de trouver un label pour sa musique, il se démène pour prouver que son morceau composé avec passion – il s’agit de « Stunt » – a toutes les qualités pour devenir un petit tube. Malheureusement pour lui, le seul soutien relatif viendra de ce fameux blessé qui s’accroche au mince fil de la vie grâce à la musique. Le reste de la galerie est complété par des officiers aux vices et craintes débiles et hilarantes, mais il vaut mieux garder ces détails dans l’ombre pour savourer pleinement l’absurdité de cette comédie : eh oui, encore une fois, le non-sens est roi.

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Dupieux assure toujours la photographie du film et tourne le dos aux standards numériques avec des couleurs fades et un manque de piqué flagrant. En terme de mise en scène et de montage, on trouve des nouveautés intéressantes par rapport à ses deux précédents films tournés sur le sol américain, en exploitant pourtant des éléments désuets, zooms approximatifs et arrêts sur image, parfois appuyés par d’étranges effets sonores. Donnant une touche rétro qui renvoie à un certain amateurisme, ces choix artistiques font de Wrong Cops une comédie en rupture totale avec son temps. Avec la lumière solaire, un flou artistique dominant les bordures supérieures et inférieures du cadre et l’omniprésence de la musique entêtante de Mr. Oizo, on croirait nager en pleine hallucination après une nuit blanche à écumer les bars et clubs tant les agissements des personnages défient toute logique lorsqu’il ne s’agit pas d’exposer leur idiotie. Si les polars nous ont habitué au duo bon flic/mauvais flic, rarement un cinéaste n’aura creusé l’insanité de policiers avec autant de ferveur – en comparaison, même les pires éléments de Police Academy passeraient pour des modèles. A côté du chantage, des dérives sexuelles et du mépris absolu d’une scène de crime, le trafic de drogue de Duke à l’aide de rats morts semblerait presque anodin. Barré et obsessionnel, dopé aux caméos, Wrong Cops trouve sans nul doute ses limites dans son fonctionnement comme film à sketchs, dénué d’un moteur narratif autour duquel l’absurdité graviterait, comme dans Wrong. Un manque de consistance presque insignifiant puisque c’est l’anomalie qui est cultivée dans cette œuvre qui pervertit l’uniforme des forces de l’ordre en long et en large. Un petit régal de bizarrerie.

3.5 étoiles

 

Wrong Cops

wrong-cops-afficheFilm français
Réalisateur : Quentin Dupieux
Avec : Mark Burnham, Eric Judor, Steve Little, Marilyn Manson, Arden Myrin, Eric Wareheim, Daniel Quinn
Scénario de :
Durée : 83 min
Genre : Comédie
Date de sortie en France : 19 mars 2014
Distributeur : UFO Distribution

Bande Annonce (VOST) :

Article rédigé par Dom

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