Clermont-Ferrand 2015 : Premiers pas

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La 37ème édition du Festival International du film court de Clermont-Ferrand a débuté le 30 janvier. Un festival qui ne connaît aucun équivalent en France en matière de court métrage : plus d’une centaine de films se répartissent dans diverses catégories et compétitions pour former un paysage complet de la production mondiale. Récit de mes premiers pas.

Guidé par mon amie maquilleuse Cindy Pibeaud, le samedi 31 janvier 2015 débute à la Maison de la culture, centre névralgique du festival abritant les plus grandes salles de projections, Cocteau et Vian. Espace où les accréditations sont à récupérer, et ces dernières, en plus de donner accès à toutes les séances et au marché du film, permettent d’emprunter les transports en commun gratuitement. Parfait pour rejoindre certains sites de l’autre côté du centre ville en tramway. La journée débute par la compétition labo, qui touche au cinéma expérimental, en salle Vian.

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365,de Kyle McLeod

Le premier programme, L1, se compose de sept films avec quelques perles. 365 de Kyle McLeod, un film d’animation, rejoint un principe proche des vidéos fleurissant sur Vine, si ce n’est qu’il ne se limite pas à la même durée : une année est reconstitué au travers de ses 365 journées par des scènes qui ne dépassent pas une seconde. Coloré, délirant, drôle et parfois touchant, son film peut rappeler également l’univers du jeu vidéo avec les mini-jeux d’un Wario Ware s’enchaînant à un rythme ahurissant. Le brésilien Filmer le son de Cesar Gananian et Alexandre Moura propose une expérience musicale qui conduit presque à la transe, en suivant le parcours de Robert Michelino, un créateur d’instruments de musique. Tout au long de cette fiction expérimentale, le son et le parcours urbain du musicien sont mis en relation avec une mise en scène énergique. Autre film d’animation d’une créativité folle, Dans la joie et la bonne humeur de Jeanne Boukraa imagine un monde où l’homme aurait réussi à atteindre l’immortalité. Les conséquences sont désastreuses et nous conduisent dans un univers surréaliste, dégénérescent, en mutation constante. Il suffit de perdre une jambe pour voir celle-ci devenir une nouvelle entité, tandis que le membre perdu repousse instantanément. Violence des corps et des êtres capables de se régénérer. Dans un tout autre style, Etre et revenir de Xacio Baño joue entre le documentaire, la fiction et l’auto-making of. Le cinéaste rend visite à ses grands parents pour les observer dans leur cadre avant de tourner une petite fiction – provoquant des saillies humoristiques. Dans sa seconde partie, le film fonce dans l’amertume d’un milieu dans lequel il est devenu difficile de réussir : fermeture des cinéma, désintéressement de la jeunesse pour les salles, et pour parachever ce triste tableau, les reproches d’une grand-mère pour son petit-fils ayant choisi une carrière de réalisateur. Questionnant la notion de cinéma et la possibilité de devenir cinéaste, ce film espagnol brille par son regard et sa réflexion.

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Sortie de secours de Vladimir Tagic

Entouré de quelques foodtrucks et d’un lieu de restauration rapide, la Maison de la Culture permet de manger rapidement avant de regagner une file : il n’y a aucun niveau de priorité entre les accrédités et les festivaliers avec des tickets à l’unité. Etant donné que le festival attire des milliers de personne, il faut se positionner tôt dans les files pour espérer ne pas manquer sa séance. L’après-midi, découverte de films de la compétition internationale avec le programme I2, qui faisait voyager des Philippines (Le Mariage de Jane) aux Etats-Unis (A des millions de kilomètres) en passant par le Portugal (Suie). Du lot, c’est le premier film qui se distinguait par sa maitrise, une comédie serbe jouant sur l’absurde en faisant dérailler le quotidien de plusieurs personnes. Baptisé Sortie de secours, le film de Vladimir Tagic conduit notamment un vieil homme à entendre les pensées sans aucune retenue des personnes l’entourant : choc humoristique des mots que l’on ne dit pas. Un autre homme, envoyé en course par sa femme, se retrouve giflé à chaque rencontre, et en fil rouge de ce film choral, un malheureux personnage affiche une belle poisse suite au vol du kit de secours de son véhicule. Drôle, décalé et caustique.

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Cams de Carl-Johan Westregård

Retour en Vian le soir pour encore plus de courts expérimentaux et le Labo 5. Parmi les films présentés, un film d’animation osait l’inimaginable : casser internet ! Dans un style graphique coloré et rudimentaire, Loop Ring Chop Drink de Nicolas Ménard offre un regard amusé sur la solitude régnant dans notre société. Autre film d’animation, au dessin plus travaillé et singulier, L’enfant Providence, qui suit le parcours d’un « lapinou » amoureux d’une sale môme, dont les parents, sauvagement découpés, ne vont pas au paradis. L’enfant, violente, cherche un moyen d’envoyer les (morceaux des) siens au ciel tandis que le lapin l’observe et tente de la séduire. Fun, barré et violent, ce film de Stephen Irwin séduit par son étrangeté et son mariage de la candeur amoureuse avec une brutalité presque barbare. Mais le film le plus séduisant de ce programme est probablement Cams de Carl-Johan Westregård. Tout en panoramique, le film dévoile des paysages marqués par l’absence complète de présence humaine. Première sensation : l’apaisement, la quiétude absolue, mais ce retour à l’état naturel s’explique par la présence inquiétante de créatures velues, entre le singe et l’araignée, qui jaillissent ici et là. Le film s’ouvre alors à la science-fiction horrifique, et la progression circulaire de la caméra, dispositif justifié par le récit, conduit le spectateur à craindre le hors-champ et l’horizon. Un petit bijou venu de Suède.

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La soirée continue à l’Electric Palace, un lieu éphémère situé à deux pas de la Maison de la Culture où se tiennent des animations en journée et des concerts chaque soir. Sous le chapiteau, aux couleurs du nouvel an chinois, nous découvrons le groupe de reggae Thomso et le duo de DJ de L’Entourloop dans une ambiance festive et conviviale.
Le dimanche, la journée débute par le programme labo qui continue de confirmer avec Petites personnes à chapeau et Exuvie que les films d’animations s’offrent toutes les audaces avec vigueur… La semaine continuera bien sûr avec des projections et concerts, mais aussi la découverte du marché du film pour échanger et apprendre sur la production de courts métrages.

Le festival du court métrage de Clermont-Ferrand continue jusqu’au 7 février. Site officiel.

Article rédigé par Dom

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Un commentaire

  1. Et sinon le logement? t a trouvé facilement? c etait loin? cher? t a bien mangé?

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