Clermont Ferrand 2019 : 12 films à découvrir

Samedi 9 février 2019 s’est achevée la 41ème édition du Festival du court métrage de Clermont-Ferrand. Voilà une sélection de 12 films marquants, que je vous invite à découvrir lors de leurs prochains passages en festival ou bien à la télévision.

Le Festival du Court métrage de Clermont-Ferrand a encore une fois tenu toutes ses promesses, avec des films très réussis, parfois géniaux ; des soirées mémorables, de l’Univers au Fotomat en passant par le 101 ; des rencontres professionnelles et ateliers captivants. Un festival non replié sur lui-même, comme le prouve la tribune offerte à un groupe de gilets jaunes lors de la cérémonie de clôture. Pour le palmarès, je vous invite à consulter cette page, et voici 12 films à découvrir à tout prix – avec une majorité de productions françaises puisque ce sont les programmes que j’ai suivi avec le plus d’assiduité.

« La Chanson » de Tiphaine Raffier

Etrangement absent du palmarès, Roberto le canari de Nathalie Saugeon fut mon premier coup de cœur du festival, ou comment la première confrontation avec la mort pour un enfant, celle de son oiseau, va conduire une famille à révéler son profond rapport au deuil. Bouleversant. Avec Nefta Football Club (Prix du public), Yves Piat nous conduit près de deux frères tunisiens, vivant à la frontière de l’Algérie : il y est question de football, d’un terrain sans délimitation et d’un âne transportant de la drogue. Une œuvre originale, débordant d’humour grâce à la fougue de ses jeunes comédiens. Dans La Chanson de Tiphaine Raffier, adaptation de la pièce éponyme de la réalisatrice et actrice, récompensé par le Prix de la meilleure musique originale ainsi qu’une mention spéciale du jury, nous découvrons trois amies de Val d’Europe montant une performance autour d’Abba. Lorsqu’une membre du groupe tente de s’émanciper en créant des morceaux complètement décalés et fabuleux, l’équilibre du groupe se retrouve chamboulé. Le film navigue avec brio entre les genres, et raconte au-delà de son cruel récit d’amitié l’histoire d’un secteur né avec Disneyland Paris. Pour rester dans la « cruauté amicale », il faut aussi découvrir Tigre de Delphine Deloget, couronné par le Prix Canal + dans la compétition française : drôle et déroutant grâce à son duo central, le film opère un violent virage lorsqu’une des deux filles prend la décision de quitter son morne bled, sans son amie, évidemment !

« Ce Magnifique gâteau ! » d’Emma De Swaef et Marc James Roels

Pauline Asservie de Charline Bourgeois-Tacquet est une comédie qui saisit quelque chose de très contemporain, cette angoisse du SMS qui ne vient pas, cette envie irrépressible d’obtenir des réponses rapides et claires d’un être à qui l’on tient, même s’il s’agit d’un amant marié ici, venant troubler des vacances à la campagne. Récompensé du Prix de la presse Télérama ainsi qu’une mention spéciale du jury. Le Grand Prix de la compétition nationale est aussi un incontournable : Ce Magnifique gâteau !, film d’animation au style si singulier – les personnages semblent composés de poils – d’Emma De Swaef et Marc James Roels raconte une véritable odyssée dans l’Afrique coloniale de la fin du XIXème siècle. Désopilant et émouvant, ce récit dense et chapitré mène à une délicieuse forme de surréalisme. Beautiful loser de Maxime Roy, Prix d’interprétation masculine pour François Créton, nous agrippe dès son premier plan fixe : une confidence en réunion d’un ancien accro à l’héroïne, près à rechuter alors qu’il est à nouveau papa mais quitté par sa compagne. C’est poignant, vibrant, et ce superbe court, aussi couronné du Prix de la meilleure œuvre de fiction SACD , donnera naissance à un long métrage : vivement ! Venu des Etats-unis pour récupérer deux prix du Labo, celui du public ainsi que le Prix Canal +, The Passage de Kitao Sakurai est une aventure absurde ahurissante : un homme muet fuit la mort, rencontrant des personnes de diverses communautés sans jamais rien comprendre – et nous non plus, sauf lorsqu’il tombe sur des français des îles. Délirant et ingénieux !

« Braquer Poitiers » de Claude Schmitz

Avec ses 59 minutes, Braquer Poitiers de Claude Schmitz est un moyen métrage qui lorgne du côté du long. Deux belges débarquent en Nouvelle-Aquitaine en plein été afin de réaliser un étrange coup : séquestrer le propriétaire de stations de lavage auto afin de lui subtiliser les recettes des caisses de façon quotidienne. Le tout sans violence, et avec beaucoup de philosophie, d’humour et une pointe de Jacques Brel – mémorable ! Projet bâti sur l’improvisation du fantastique Wilfrid Ameuille – véritable propriétaire des stations de lavage autos ainsi que du joli domaine qui sert de décor principal –, cette comédie aux cadres simples repart de Clermont-Ferrand avec le Prix égalité et diversité. Le touchant Le Chant d’Ahmed nous fait découvrir l’univers de bains douches destinés aux sans abris, auprès d’un employé proche de la retraite. L’arrivée d’un adolescent, graine de rebelle, donne naissance à une belle amitié qui change les perspectives du quotidien des deux hommes. Pour quitter les films français, abordons le Prix du public de la compétition internationale : Skin de Guy Nattiv. Filmé à hauteur d’enfant, ce thriller montre l’horreur du racisme parmi un groupuscule d’extrême droite et les conséquences de leurs ignobles agissements. Percutant et perturbant jusqu’à l’effroi. Enfin, on clôt cette sélection de 12 films – si délicate à établir avec toutes les œuvres fantastiques découvertes – avec un film disponible en ligne, hélas sans sous titrage, Language Lessons de Steve Hawley et Tony Seyger. Ce documentaire de 1994, présenté dans la rétrospective Short in translation, part à la découverte des langues construites comme l’espéranto. Celle-ci est la plus connue, mais vous découvrirez des langues parfaitement insoupçonnées, pratiquées pour certaines par une poignée de personnes dans le monde. De quoi étendre ses perspectives sur le langage, notamment comme vecteur de paix entre les peuples – saviez-vous que « 1 80 17 » signifie « Je t’aime » dans une langue très particulière ?

Où voir ces films ? En surveillant les festivals de court métrage près de chez vous, qui sont nombreux en France – et ailleurs aussi, pour les lecteurs étrangers –, mais aussi en regardant les émissions dédiées au format court : comme Histoires Courtes sur France 2 (avec ses replay), et Top of Shorts sur Canal + (avec ses replay disponibles pour tous sur le site), ou encore en consultant le répertoire d’Arte. Le court est souvent plus intense que le long, car c’est un format où la marge d’erreur n’existe pas : il faut que le film vous prenne d’emblée, que chaque scène soit une réussite, et que l’histoire se démarque des conventions si souvent banales du long métrage. Il y a une liberté de création si grande, une fougue si réjouissante. Beaucoup de gens aiment le cinéma sans jamais s’intéresser au court : si vous êtes concerné, il est temps de sauter le pas !

Allez, en bonus, trois excellents courts métrages passés à Clermont et disponible sur le site d’Arte actuellement :
Mort aux codes de Léopold Legrand, Fauve de Jérémy Comte et La Meute de Pedro Pio.

Article rédigé par Dom

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