Critique du film Les Nouveaux sauvages

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Présenté en compétition à Cannes 2014, Les Nouveaux sauvages est une comédie atypique venue d’Argentine. Son réalisateur, Damián Szifrón, revient à un sous-genre quasiment éteint, la comédie à sketches. Un franc succès.

Bestialité cathartique

Après un court et formidable sketch à bord d’un avion de ligne, le nouveau long métrage de Damián Szifrón, qui compte parmi ses producteurs le génial Pedro Almodóvar, envoie son surprenant générique, collection superbe de clichés d’une faune plus ou moins en voie de disparition. Ces léopards, ces aigles, hyènes, ce renard sont autant d’espèces que l’on ne côtoie jamais, du moins, jamais dans nos vies de sédentaires aux contours tracés comme les routes traversant nos villes. Notre jungle à nous, les hommes, est une société où tout est codifié, suivant des rituels définis et stricts pour chaque situation (récupérer sa voiture à la fourrière, fête de mariage). Mais parfois, comme dirait notre Jojo national, il suffirait d’une étincelle, et d’un mot d’amour – ou d’un bras d’honneur – pour allumer le feu. Et c’est à cela que s’adonne avec un malin plaisir, et un vrai penchant pour l’humour noir, Damián Szifrón, poussant les protagonistes de ses six sketchs à perdre le contrôle de leur vie, laissant exprimer une sauvagerie ancestrale pour annihiler son honni prochain. Une bestialité tout à fait cathartique, offrant au spectateur la possibilité de se soulager de ses propres frustrations. Qui n’a jamais rêvé d’envoyer un extincteur dans la vitre de protection d’un employé de l’administration borné ? De se venger d’une ou plusieurs personnes nous ayant blessé par le passé ? Ou de voir dérailler à l’extrême une fête de mariage lorsque la jeune épouse découvre au beau milieu des festivités que son époux l’a trompé avec une des invités ? Avouons-le, même le plus zen d’entre nous l’a souhaité un peu un jour !

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Si Szifrón ne s’avère en aucun cas un maître du montage ou de la mise en scène, son énergie, son efficacité et ses comédiens tout à fait convaincants lui permettent de composer des sketches de grande qualité – et aussi au ton diversifié. Epaulé à la musique par Gustavo Santaoalla, qui livre une partition superbe sur le segment du boutefeu malchanceux en garant sa voiture, le cinéaste joue autant la carte de la confrontation basique et sadique avec une querelle spectaculaire entre deux automobilistes qu’un versant plus subtil et psychologique lorsqu’il est question d’arranger un accident avec un avocat, un jardinier et un procureur. Futé aussi avec une tentative d’assassinat cynique dans un restaurant, l’argentin dresse le portrait d’une population affectée par des maux loin d’être propres à sa patrie. Ce qui se déroule ici pourrait prendre place dans n’importe quel pays industrialisé : la colère et la rage contenues dans nos sociétés transcendent les frontières, et l’auteur l’a parfaitement compris et cerné. Autre force, l’absence de discours moralisateur pour toujours conclure sur une note d’humour non dénuée de sens. En poussant ses personnages hors des limites de la bienséance et de la morale, Damián Szifrón compose une comédie dynamique, drôle et corrosive. Survolté et jouissif, Les Nouveaux Sauvages se dresse comme un spectacle excellent pour le moral.

4 étoiles

 

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Les Nouveaux sauvages

Film argentin, espagnol
Réalisateur : Damián Szifrón
Avec : Ricardo Darín, Erica Rivas, Oscar Martinez, Julieta Zylberberg
Titre original : Relatos Salvajes
Scénario de :
Durée : 122 min
Genre : Comédie, Thriller
Date de sortie en France : 14 janvier 2015
Distributeur : Warner Bros. France

Bande Annonce (VOST) :

Article rédigé par Dom

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