Critique : War Dogs

Todd Phillips en a enfin terminé avec les suites minables de Very Bad Trip. Dans War Dogs, il s’attaque au marché des armes de guerre du gouvernement américain, s’armant et équipant ses alliés en lançant des appels d’offres sur internet. Un marché très juteux, même pour deux jeunes à peine plus matures que des adolescents. Un film aussi drôle qu’effarant où la cupidité mène forcément au pire.

Armes fatales

Il ne faudrait pas comparer ce long métrage à Lord of War d’Andrew Niccol, qui dépeignait avec Nicolas Cage un trafic d’armes totalement illégal, où l’intéressé se retrouvait constamment sur le terrain. Ici, tout est légal (ou presque), et toutes les transactions se passent par téléphone et internet, loin des zones de guerre dans un cadre paradisiaque : Miami. Masseur thérapeutique et futur papa, David Packouz (Miles Teller) voit sa vie basculer lorsqu’il retrouve un ami d’enfance, de retour de Los Angeles, Efraim Diveroli (Jonah Hill). Ce dernier lui explique qu’il est devenu marchand d’armes, un business extrêmement lucratif, même pour un petit poisson comme lui face à des géants de l’armement. Son truc : se pencher sur des petits contrats, des miettes comme il dit, miettes qui représentent à l’échelle de la guerre des centaines de milliers de dollars voire plus. War Dogs n’adopte pas de ton cynique pour traiter de son étonnant sujet, le business incroyable derrière les conflits au Moyen-Orient, business pouvant rendre riche ce duo de jeunes adultes qui ressemblent à d’immatures adolescents. Si David a la tête sur les épaules et du sang-froid, Efraim représente son négatif : débauche et extravagance résument le personnage qui se montrera aussi particulièrement cupide. Ah, si, les deux hommes partagent toutefois une passion pour la marijuana, qu’ils n’hésiteront pas à consommer avant un rendez-vous avec des membres du gouvernement ! Si le sujet est sérieux, Todd Phillips maintient le cap sur la comédie, et Jonah Hill s’avère merveilleux, avec son rire de fou, ses répliques improbables mais tout en campant un personnage malin et inquiétant, prêt à tout pour le sacro-saint dollar américain. Il trouve ici une version pervertie de son personnage de génie des rouages du baseball dans Le Stratège. Miles Teller, jonglant entre mensonges avec sa compagne (jouée par Ana de Armas) et prises de risque sur le terrain – car les deux marchands seront amenés à régler des problèmes sur place –, donne une performance solide et convaincante, et il forme avec Jonah Hill un duo inattendu et idéal.

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Il y a un peu de Martin Scorsese dans War Dogs. La structure narrative suit le schéma cher au cinéaste new-yorkais de l’ascension/chute des protagonistes, tout en s’ouvrant sur un point critique de l’histoire avant de revenir en arrière. La bande originale, explosive, convoque Iggy Pop, The Who, Wolfmother ou encore House of Pain tandis que les compositions sont assurées (ou apportées d’autres films) par Cliff Martinez. Même quelques mouvements de caméra rappellent la maestria du grand Marty. Les armes, la drogue, les sapes de luxe, les mensonges et billets verts : on pourrait se croire dans un film de gangsters comme Casino ou Les Affranchis. Seulement, les « vrais » gangsters sont absents ici et seulement vénérés. Les références au Tony Montana de Brian De Palma dans Scarface sont ostentatoires – l’affiche américaine du film lui rend d’ailleurs hommage. The World is yours. Mais quand Efraim sort un fusil automatique dans les rues de Miami ou devant un hangar en Albanie, jamais il ne donne l’image d’un dangereux gangster mais celui d’un gamin siphonné, jouissant de la gâchette comme s’il s’agissait d’un jeu vidéo. La petite affaire d’Efraim et David, répondant au nom d’EAY, aurait pu parfaitement tourner sans accroc si les deux hommes n’avaient pas visé trop haut, lorsqu’ils répondirent à une offre pour livrer à l’armée afghane des millions de cartouches d’AK-47. Entre en jeu alors un intermédiaire de renom, Henry Girard (Bradley Cooper) et le duo commet sa plus grosse erreur en inspectant les munitions en dilettantes.

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L’ultime contrat conduit War Dogs à étouffer ses ressorts comiques pour virer au thriller pur, conduisant Efraim et David à la confrontation alors qu’un dangereux étau se resserre sur eux. Les petites erreurs commises par les deux hommes, sur le plan individuel comme à l’échelle de leur entreprise, forment finalement une masse critique. Ainsi, l’énergique War Dogs révèle une aberration dans le rêve américain, quand n’importe qui peut s’attaquer à n’importe quel business en faisant n’importe quoi – on dirait un peu du Rémi Gaillard, oui. En prenant pour modèle Scorsese, Todd Phillips expose certaines faiblesses mais livre aussi son meilleur film depuis Very Bad Trip, dont le titre français aurait pu aussi marcher ici.

3.5 étoiles

 

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War Dogs

Film américain
Réalisateur : Todd Philipps
Avec : Jonah Hill, Miles Teller, Ana de Armas, Bradley Cooper, Kevin Pollak, Shaun Toub
Scénario de : Stephen Chin, Todd Phillips, Jason Smilovic
Durée : 114 min
Genre : Comédie, Thriller
Date de sortie en France : 14 septembre 2016
Distributeur : Warner Bros. France

Bande Annonce (VOST) :

Article rédigé par Dom

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