[Critique] Grand Central (Rebecca Zlotowski)

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Dans son second long métrage, Rebecca Zlotowski nous immerge dans le quotidien d’équipes risquant leur vie chaque jour dans les centrales nucléaires. Une œuvre à la fois anxiogène et fascinante, qui joint les troubles de la passion aux inévitables radiations.

Irradiance vertigineuse

La première force de Grand Central est de nous conduire dans un univers méconnu, celui d’équipes exposées au quotidien à des radiations dans nos centrales nucléaires. Ce personnel, non rattaché à EDF, encaisse chaque jour de la « dose ». Un poison dont ils conservent un suivi dans un petit carnet, leur permettant de calculer ce que leur corps peut théoriquement endurer. Gary (Tahar Rahim), jeune homme sans qualification, nous révèle les mécanismes et enjeux de cette face cachée du nucléaire français au travers de son parcours, l’amenant à rejoindre l’équipe de Gilles (Olivier Gourmet), intervenant principalement sur le site de Cruas. Un sentiment de danger permanent règne dans l’enceinte de la centrale ; l’atmosphère est d’autant plus pesante que le mal est pernicieux : il est simplement présent, invisible, inodore et incolore, s’attaquant aux êtres insidieusement. Ce nouveau départ pour Gary lui permet de se lier d’amitié avec des nouveaux arrivants mais aussi de gagner la confiance et la sympathie de vétérans, comme Toni (Denis Ménochet). Un soir, alors qu’il est toujours en formation, Gilles demande à Toni d’expliquer aux jeunes ce qu’est la dose. Ce dernier surprend la tablée en faisant semblant de s’étouffer. C’est alors que sa compagne, Karole (Léa Seydoux), intervient pour suspendre le temps. Après avoir embrassé langoureusement Gary, elle déclare que la dose se présente ainsi, avec les traits d’un baiser inattendu.

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La galoche pédagogue de Karole marque le début d’une relation charnelle avec Gary, bien qu’elle partage la vie de Toni. Leur aventure offre des apartés en opposition totale avec les heures de travail, où les morbides couleurs froides sortent du cadre, bien que la centrale ne soit jamais bien loin – en arrière-plan ou bien dans l’espace sonore avec ses alarmes. C’est en pleine nature, à l’abri des regards, qu’ils se retrouvent pour s’offrir l’un à l’autre. Tandis qu’à la centrale, la moindre parcelle de peau se retrouve dissimulée sous une combinaison, à l’extérieur, la chair explose au visage, comme si son exposition offrait une bouffée d’oxygène à leur condition. Toujours vêtue d’un body et d’un mini-short en jean, Léa Seydoux – arborant une coupe de cheveux à la garçonne imposée par le tournage de La Vie d’Adèle – est constamment hyper-erotisée. C’est sur la banquette arrière d’une voiture que Karole et Gary fondent la base de leur relation, chair contre chair, sans un mot. Une peau qui régule tout dans ce milieu : ce sont les mains qui déterminent si la journée s’achève l’esprit tranquille ou si un passage par la case décontamination s’impose. Zlotowski et la scénariste Gaelle Macé construisent ce drame sur les affres de l’invisible, des méfaits des expositions à la radioactivité à ceux provoqués par l’amour, mis en parallèle certes sans subtilité mais sans jamais surligner la parabole.

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La richesse de la bande originale signée par Rob permet à Grand Central de déployer énormément de nuances dans ce qui devient une descente en enfer pour Gary. Des soupçons de Toni à la dose de plus en plus nocive, le jeune homme se retrouve à mettre sa vie en péril sur l’autel d’un amour fragile. Des nuances également obtenues grâce à des comédiens au jeu viscéral, même parmi les amateurs – comme Camille Lellouche –, qui permettent à cette communauté d’être plus vraie que nature. Par ses qualités romanesques et documentaires, Grand Central réussit un grand écart audacieux et confirme Rebecca Zlotowski au rang des cinéastes qui assurent de beaux lendemains au cinéma français. Une belle réussite.

4 étoiles

 

Grand Central

grand-central-afficheFilm français
Réalisatrice : Rebecca Zlotowski
Avec : Tahar Rahim, Léa Seydoux, Denis Ménochet, Olivier Gourmet
Scénario de :
Durée : 94 min
Genre : Drame, Romance
Date de sortie en France : 28 août 2013
Distributeur : Ad Vitam


Bande Annonce :

Article rédigé par Dom

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