[Rencontre] Rian Johnson, l’homme derrière Looper

A l’occasion de la sortie en salle le 31 octobre 2012 de Looper, troisième long métrage de Rian Johnson, SND a eu la gentillesse d’organiser une rencontre avec le réalisateur afin d’échanger quelques mots sur cette oeuvre passionnante et grisante. Découverte d’un réalisateur aussi passionné que passionnant, humble et amical, qui évoque la genèse du projet, sa mise en scène et ses influences. Voici un résumé des échanges avec une omission de tous les propos traitant de la logique du film et de ses rebondissements, afin de ne rien vous gâcher du film.

Debut de rencontre placé sous le signe de l’humilité et de l’humour. Dans Looper, certains acteurs ont été amenés à donner une poignée de répliques en français, avec plus ou moins de succès. Ainsi, de passage à Paris, Rian Johnson a souhaité s’excuser pour avoir échoué dans sa tentative de rendre intelligible quelques mots de français prononcés par Bruce Willis – apportant alors un certain comique à la scène concernée.
Looper est un projet de longue date pour Johnson, ayant écrit il y a une dizaine d’années un scénario de court métrage tenant du polar, matrice du film. Jamais réalisé, ce scénario a évolué après le tournage d’Une arnaque presque parfaite, notamment pour inclure de nouveaux protagonistes, à savoir les personnages de Sara et Cid, interprétés par Emily Blunt et Pierce Gagnon. Son objectif était de réaliser un film qui soit un grand divertissement non dénué de thématiques fortes, d’une réflexion sur notre société – un défi relevé avec grand succès, tant le film brille sur la plupart des plans. Au sujet des effets numériques, Johnson montre une certaine réticence qui le rapproche du point de vue de Christopher Nolan : il privilégie les prises de vue réelles, et préfère limiter l’emploi d’effets esthétiquement peu concluants. C’est pour cela que le personnage de Joe est campé par deux acteurs pour ses différents âges, préférant jouer principalement sur le maquillage afin que Joseph Gordon-Levitt adopte les traits d’un Bruce Willis plus jeune, solution plus efficace que de se diriger vers l’emploi massif d’effets numériques pour rajeunir la star de la série Die Hard. Pour la petite anecdote, le film est tourné en 35 mm et le cinéaste nous a photographié au début de l’entretien avec un appareil photo argentique.

Looper, dont le budget avoisine les 30 millions de dollars – une somme insignifiante comparée aux colosses des grands studios, dépassant sans mal la barre des 200 millions de dollars – a pu être financé sans énormément de difficultés grâce aux préventes internationales, sur lecture du scénario et grâce aux acteurs attachés au film. Si Joseph Gordon-Levitt était de la partie dès le début de l’aventure, ayant gardé un bon contact avec Rian Johnson depuis le tournage de Brick, Bruce Willis a été approché comme le veut la tradition, sur lecture du scénario. Enthousiasmé par le projet, le célèbre acteur américain a rapidement accepté de participer à l’aventure, sans imposer aucun changement au scénario parfois âpre de Johnson. Comme le déclare le cinéaste, rechercher un financement pour un film de science-fiction avec Bruce Willis a probablement permis d’obtenir certains soutiens sans même que le scénario soit lu. Le cinéaste est très heureux d’avoir trouvé Pierce Gagnon lors d’un casting à Atlanta pour interpréter Cid. A seulement cinq ans et très peu expérimenté, le garçon a montré un professionnalisme rare pour son âge, capable d’apprendre des scènes complètes avec aisance, et aussi de montrer une véritable implication lors des prises de vue, réagissant avec les autres comédiens.

Avant de se jeter dans le développement de l’histoire, Rian Johnson a établi de rigoureuses règles sur les voyages temporels, sans pour autant donner toutes les clés à ses personnages et au spectateur. Un des éléments qu’il souhaitait mettre en place était une tension, procédant des ambigüités morales qui affectent ses protagonistes. Il est ainsi difficile pour le public de déterminer le dénouement du film, au suspense relevé. Concernant ses goûts et influences, Rian Johnson évoque Casablanca, l’oeuvre de Katsuhiro Ōtomo (Akira, Dômu), la série Lost, Sam Raimi, Martin Scorsese et David Fincher. Ayant commencé dès l’adolescence avec ses amis à expérimenter avec une caméra, il a pu développer une mise en scène des plus réfléchies, qui passe par la création de storyboards. Au sujet des mouvements de caméra qu’il emploie avec brio dans le film, il nous avoue trouver un plus grand réalisme chez Martin Scorsese que chez les cinéastes prônant le cinéma vérité. Les mouvements de caméra doivent être au service de l’émotion, de l’atmosphère recherchés. Malgré que Looper soit présenté dans sa version director’s cut au cinéma, Rian Johnson nous confie avoir abandonné environ 45 minutes de scènes supplémentaires, que l’on pourra trouver dans les éditions DVD et Blu-ray du film. En attendant, cette superbe oeuvre de science-fiction, qui devrait sortir Rian Johnson de l’ombre, est à découvrir dans les cinémas français dès le 31 octobre 2012.

Article rédigé par Dom

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