[Critique] Le Grand soir (Delépine/Kervern)

Pour leur cinquième long-métrage, le duo Delépine/Kervern réunit Benoît Poelvoorde et Albert Dupontel dans une satire de notre société, vue par le prisme de deux frères marginaux et bien fracassés. Malgré un mode narratif moins directionnel que leurs précédentes productions, Le Grand Soir s’avère tout aussi percutant et savoureux.

Initiation punk

Voir déambuler Benoît Poelvoorde en punk dans une zone commerciale, accompagné de son fidèle compagnon à quatre pattes baptisé 8,6 (aucun rapport avec une certaine marque de bière) est déjà quelque chose d’assez jouissif. L’acteur belge excelle en toute situation pour semer la zizanie sans mauvais fond, provoquant le rire par ses réactions des plus improbables au contact des personnes qu’il rencontre. Seulement Delépine et Kervern ne s’arrête pas à ce personnage qui, à lui seul, aurait suffit pour élaborer une comédie de qualité. Albert Dupontel joue Jean-Pierre Bonzini, le frère de Not (le pseudonyme que s’est donné et tatoué sur le front le personnage de Poelvoorde), un vendeur de matelas qui menait une vie plutôt classique, divorcé, avec une jeune enfant, montrant simplement des tics de névrosé latent. Alors qu’il est menacé d’être viré pour avoir manqué de rencontrer les résultats espérés par son patron, Jean-Pierre craque et se retrouve à errer au beau milieu des supermarchés et restaurants avec son frère.

Le duo Poelvoorde/Dupontel s’avère, sans surprise, détonant. Les deux compères semblent avoir pris un malin plaisir à camper ces marginaux dont la bêtise, parfois touchée par une certaine poésie, ne peut que séduire. Humour noir et comique de situation étant les marques de fabrique des cinéastes venus du Groland, l’initiation au style de vie punk de Jean-Pierre par son frère à la sagesse extravagante mais séduisante est un véritable délice, d’autant plus que la drôlerie n’éloigne en rien une dénonciation – certes, sans finesse mais tellement juste – des troubles de notre société. Rempart de la crise économique, ignorance de la misère et du malheur d’autrui, apathie et esclavagisme au train-train quotidien sont pointés du doigts au cours des pérégrinations des frangins terribles. Si les punks ne sont pas morts, leur geste continue d’être une vaine tentative de secousse d’un monde qui se complaît dans ses propres travers. L’échappatoire est un concert rêvé des Wampas où la fosse donne des ailes à ces protagonistes sans passé ni futur, vivant dans un présent où ils ont décidé de marcher tout droit – culte scène de traversée de pavillons. Face à ce spectacle foutraque, on rêverait de faire le dixième d’idioties transpirant de liberté de ces punks sensationnels. Encore faudrait-il oser, probablement le plus vilain tort qui nous frappe tous, hélas !

4 étoiles

Pas convaincu ? Phil Siné vous dit tout autant de bien sur le film dans sa critique.

 

Le Grand soir

Film français
Réalisateur : Benoît Delépine, Gustave Kervern
Avec : Benoît Poelvoorde, Albert Dupontel, Brigitte Fontaine, Areski Belkacem, Bouli Lanners
Scénario de : Benoît Delépine, Gustave Kervern
Durée : 92 min
Genre : Comédie
Date de sortie en France : 6 juin 2012
Distributeur : Ad Vitam


Bande Annonce (VF) :

Article rédigé par Dom

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Un commentaire

  1. Moins convaincu… manque d’acidité et surtout de subtilité… Je lui préfère lesu deux derniers du duo grolandais… 2/4

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