Critique : Microbe et Gasoil

Sorti discrètement il y a une semaine, Microbe et Gasoil marque le renouveau de Michel Gondry après deux œuvres peu concluantes. Moins porté sur les trucages visuels et autres créations délirantes, cette comédie à hauteur d’adolescents évoque une belle amitié sur les routes de France.

L’Ecume des routes

Déçus par The We and The I et L’Ecume des jours, le nouveau Gondry devrait vous réconcilier avec l’univers du réalisateur versaillais à la verve fabuleuse. Pourtant, ici, les effets visuels se montreront rares, et l’art du bricolage se concentrera avant tout dans le véhicule qui permettra à deux adolescents d’effectuer leur premier et secret road trip, entre souvenirs d’enfance, marginalité et rêve d’une belle histoire d’amour. Microbe (Ange Dargent) et Gasoil (Théophile Baquet) – leurs pseudonymes, aucun parent n’ayant une telle cruauté envers leur progéniture ! – se rencontrent au collège, à Versailles. Le premier est très timide, souvent considéré comme une fille avec ses cheveux longs auquel il tient pour se démarquer des autres élèves, et fait preuve d’un vrai talent artistique au travers du dessin. Le second, plus extraverti, fait preuve d’une répartie parfois spectaculaire et se montre bricoleur dans l’âme. Deux gamins si différents dont l’union est aussi évidente que le projet : quitter les foyers respectifs le temps d’un été de débrouille à bord d’une sorte de mobile home très artisanal, équipé d’un moteur de tondeuse et capable de se camoufler en véritable maisonnette pour éviter tout contrôle sur la route.

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Lorsque le film débute en famille mais surtout se dirige pour la première fois vers les salles de classe, il y a un esprit nostalgique et tendre à la façon de L’Argent de poche de François Truffaut. Cela passe par des détails : une fille se moquant de la professeure occupée au tableau, une brimade dans la cour d’école, un futile conflit fraternel. Il faut dire qu’il s’agit d’un film très personnel pour Michel Gondry, car Microbe représente son alter ego. Difficile de ne pas être embarqué dans cette douce et drôle d’aventure par la fraîcheur et la spontanéité de ces deux jeunes comédiens, leur complicité jouissant d’une vraie force de dialogues parfois croustillants. Sur la route, les deux zigotos parlent de sexualité mais aussi d’amour, réalisent d’étranges rencontres, et si le ton comique se positionne parfois en retrait, c’est pour faire éclater une forme de mélancolie délicieuse – point culminant dans le dernier acte du film. Le film, propulsé par les souvenirs de jeunesse, bien que prenant place aujourd’hui en adressant quelques attaques à notre société de consommation – dans combien de films peut-on voir un personnage déféquer sur un iPhone ? –, parcoure autant les sentiers d’un bonheur d’antan que des malheurs adolescents, avec ses instants manqués, ratés ou tristement inévitables. Par ses petites anecdotes et grâce à un duo séduisant, Microbe et Gasoil dépeint l’écume des routes dans un road trip d’une simplicité remarquable. Délicieux comme la madeleine de Proust.

4 étoiles

 

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Microbe et Gasoil

Film
Réalisateur : Michel Gondry
Avec : Ange Dargent, Théophile Baquet, Diane Besnier, Audrey Tautou
Scénario de :
Durée : 103 min
Genre : Comédie
Date de sortie en France : 8 juillet 2015
Distributeur : StudioCanal

Bande Annonce (VOST) :

Article rédigé par Dom

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Un commentaire

  1. Magnifique road-movie adolescent, magique et nostalgie en prime

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