Les Arcs 2018 : coup d’envoi

Samedi 15 Décembre 2018, Les Arcs Film Festivals lance sa dixième édition avec pléthore d’invités et un film d’ouverture délicieux : L’homme fidèle de Louis Garrel. On vous raconte la soirée dans ce premier article.

C’est un peu étrange de se couper du quotidien le temps d’un festival alors que la nation traverse une crise sans précédent sous la 5ème République – ou plutôt si, avec pour précédent les manifestations de mai 68. Les Cahiers du cinéma avaient questionné l’absence d’un cinéma politique dans nos contrées il y a quelques années, il serait intéressant de se pencher sur la production française qui semble osciller entre deux pôles, de la comédie au drame, avec quelques écarts du côté du polar. La politique, ou du moins la portée politique est toujours inexistante aujourd’hui. Mais l’heure n’est pas à ce sujet, qui ne sera d’ailleurs pas abordé au cours de la cérémonie d’ouverture.

Peu après 18h, au Taillefer aux Arcs 1800, les festivaliers et invités traversent le tapis rouge : on peut croiser Olivier Gourmet, Déborah François ou encore Héléna Noguerra et Radu Mihaileanu. Et débarque le jury, présidé cette année par le suédois Ruben Ostlund.

Lancée par Claude Duty, la cérémonie donne d’abord la parole à Pierre-Emmanuel Fleurantin et Guillaume Calop, les deux savoyards derrière ce projet de festival qui depuis sa création, n’a cessé d’évoluer pour trouver une place majeure pour le cinéma européen. Une belle vidéo guidée par la nostalgie revient sur les neufs éditions passées, leurs moments forts ou singuliers. Nombreux sont les professionnels qui se rendent ici pour développer des projets, et c’est aussi depuis quelques années un festival qui tend à offrir une meilleure place aux réalisatrices, au travers d’ateliers et du Prix Sisley – qui sera remis cette année à Claire Burger pour le film C’est ça l’amour. Un festival aussi porté sur l’innovation, notamment avec le récent Hackathon, qui donnera lieu à une application professionnelle à l’issue du festival. Cette année, le pays à l’honneur est la Pologne, tandis que deux invités d’honneur présenteront des films au cours de la semaine : Valeria Bruni-Tedeschi et Romain Duris.

Ruben fait le show

La dernière fois que j’avais vu Ruben Ostlund, c’était à Cannes en 2017 lors de la soirée de clôture. Heureux et euphorique, accompagné par sa Palme d’Or pour The Square et faisant des photos avec Jessica Chastain. Un vrai showman, qui s’illustre déjà : la coutume veut que le président du jury long métrage déclare l’ouverture du festival, il le fera en trois langues, en suédois, en anglais et en français, mais auparavant, il nous apprend qu’un remake américain de Snow Therapy, film tourné aux Arcs, va être tourné dans les montagnes autrichiennes – et qu’il faudra donc bouder le film à sa sortie ! Nul doute que ce cinéaste apportera bonne humeur et bienveillance aux jurés qui l’accompagneront tout au long de la semaine pour découvrir les dix films en compétition.

Laetitia Casta écoute sagement la traduction de ses mots par Massoumeh Lahidji

Et c’est L’homme fidèle de Louis Garrel, en compétition justement, qui ouvre le bal. Le réalisateur et acteur est malheureusement absent, sa présence ayant été requise plus tôt que prévue aux Etats-Unis pour le tournage des Quatre filles du Docteur Marsh de Greta Gerwig. Depuis sa chambre d’hôtel à Boston, il s’excuse et nous montre la vue minable depuis sa fenêtre tandis qu’il ajoute avec humour que bien des personnes doivent être contentes que Laetitia Casta – sa femme – soit ici sans lui ! La comédienne est effectivement seule pour nous présenter ce film aux côtés du programmateur Frédéric Boyer, qui loue sa performance sans vouloir influencer le jury.

On peut presque voir le spectre de Luis Buñuel dans L’homme fidèle : logique puisque Jean-Claude Carrière a participé à l’écriture du scénario du film, apportant une touche de surréalisme à cette comédie dramatique sur le couple, avec un triangle amoureux abordé avec énormément d’esprit et de cœur. Un matin, Marianne (Laetitia Casta) apprend à son compagnon Abel (Louis Garrel) qu’elle est enceinte. Pas de lui mais de son ami Paul. Elle devra se marier avec lui. Sous dix jours. Et lui est prié de quitter l’appartement de la jeune femme. Tout se déroule sans éclat, sans hausse du ton, Abel accepte la fatalité de la chose avec un flegme que maîtrise Louis Garrel pour développer une fine matière comique. La vie continue, sa carrière de journaliste progresse et, neuf ans après cette rupture, Paul décède subitement dans son sommeil. Abel se rend à l’enterrement, retrouve Marianne pour la première fois et découvre son fils Joseph (Joseph Engel). Alors qu’il rend visite à Marianne, l’enfant lui annonce que son père aurait été empoisonné par Marianne. Dès lors, le film emprunte ça et là au thriller hitchcockien mais sans jamais s’éloigner de son carcan de comédie dramatique à trois voix : si le film suit principalement Abel, qui raconte ses pensées en voix off, c’est aussi le cas pour Marianne et pour Eve (Lily-Rose Depp), la sœur de Paul qui en pince pour Abel depuis l’enfance. Dans ses visions introspectives, L’homme fidèle étudie les cas du cœur brillamment, en tiraillant de façon maligne son protagoniste masculin. Mis en scène avec une simplicité idéale, le nouveau film de Louis Garrel se savoure par son quatuor de comédiens et sa volonté de ne pas distordre son histoire : le film dure 75 minutes, ce qui est parfait. L’homme fidèle gagnera les salles de cinéma françaises le 26 décembre 2018.

Piège à garçon

De retour au village des Arcs 1950, la soirée se poursuit au Manoir Savoie où Piège à Garçon occupe les platines tandis que les festivaliers attaquent le buffet et les bouteilles. C’est ensuite Adam Naas et sa voix sensuelle qui gagnent la scène pour un concert envoûtant, et certaines festivalières sont sous le charme au point de continuer à l’évoquer avec envie alors que Yelle délivre son show énergique, bien que synthétique – playback ? -, peu après minuit. Si certains festivaliers décident de gagner O’Chaud, il y a une surprise au programme : la soirée se poursuit officiellement au Spa Deep Nature, avec DJ set face au jacuzzi et open bar à quelques pas. Certains n’ont pas pensé à venir avec un maillot de bain, d’autres font confiance en leurs sous-vêtements : cette fête inédite nous abolit des notions du temps, nous nous retrouvons invités à partir sur les coups de 3 heures. Les plus braves – ou les plus malades – ne regagnent pas leur chambre mais l’antre de la nuit O’Chaud. Dimanche, on se jettera dans la compétition avec pas moins de trois films à découvrir. Quelques photos de la soirée :

Article rédigé par Dom

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