Les Arcs 2019 : hauteur de jeunesse

Première journée complète passée à camper au Taillefer aux Arcs 1800, afin de découvrir trois films de la compétition, Benni de Nora Fingscheidt, Invisible de Ignas Jonynas et Rocks de Sarah Gavron, réalisatrice récompensée du Prix Les Arcs – Sisley Femme de cinéma. Focus sur deux films qui se déroulent à hauteur d’une jeunesse dans le trouble.

La neige est abondante au Village 1950, et si le soleil est au rendez-vous pour le plus grand plaisir des skieurs, il ne fait aucun doute que les précipitations de flocons furent soutenues avant notre arrivée. Pour se remettre d’aplomb après une première soirée aussi riche, rien de tel qu’un passage au hammam dans l’espoir de retrouver une forme olympique – et quelque part, je pense que cela fonctionne, sans effet placebo ! Descente des routes en lacets en bus pour gagner le Centre Bernard Taillefer et découvrir les premiers films de la compétition jusqu’à la tombée de la nuit.

Avec Benni, la réalisatrice allemande Nora Fingscheidt filme une situation terrible, insoluble, celle d’une enfant touchée par de violents troubles psychiatriques, s’abandonnant à une hyperactivité aussi dangereuse pour elle que les persones qui l’entourent. Campée par la jeune et talentueuse Helena Zengel, Benni est une véritable tempête qui trouve l’apaisement loin des salles de classe et qui vogue de foyers en foyers. Sa mère est dans l’incapacité de la garder auprès d’elle, alors qu’un véritable amour existe entre ces deux êtres. Toujours portée sur la fuite, Benni déambule, hurle, casse, blesse et se blesse. Trop jeune pour être internée en hôpital psychiatrique, Benni ne peut que compter sur le dévouement d’éducateurs et de toutes les personnes travaillant pour ces enfants dans des situations particulières. Une touchante relation se développe avec Micha (Albrecht Schuch), qui doit aussi se montrer capable d’imposer des limites à la petite qui n’a jamais connu d’amour paternel. Avec sa mise en scène dynamique, Benni se positionne parfaitement à la hauteur de sa jeune protagoniste, explorant ses traumatismes dans de courtes séquences intenses et troublantes. Malgré tous les efforts que peuvent déployer les adultes pour tempérer le comportement de cette enfant qui peut faire preuve aussi d’une extrême tendresse, Benni semble toujours prête à laisser sa violence prendre le dessus, sans avertissement. C’est un terrible sentiment d’impuissance qui s’empare alors du spectateur face aux mésaventures de cette gosse hors-normes – coucou Toledano/Nakache ! –, vouée à vivre en dehors d’une société incapable de régler ses failles. Sans jamais tomber dans le pathos, Nora Fingscheidt nous livre une histoire poignante et non dénuée de lumière malgré son sujet. Benni gagnera les salles de cinéma en France le 4 mars 2020.

Si la cinéaste ne peut être présente sur le festival, la jeune actrice Helena Zengel fait le déplacement en compagnie de sa mère pour répondre aux questions du public. Notamment comment à son jeune âge elle a pu se glisser dans un rôle aussi éprouvant : eh bien tout simplement car cela lui permettait de faire des choses qui sortent de son quotidien ! Un pacte avait aussi été passé entre la cinéaste, Helena et sa mère, à savoir d’abandonner le personnage de Benni après chaque journée de tournage. La comédienne, qui parle déjà un excellent anglais, s’imagine déjà une carrière d’actrice, et qui semble bien partie : elle sera à l’affiche du nouveau film de Paul Greengrass avec Tom Hanks, News of the world, attendu pour le 6 janvier 2021.

Récipiendaire du Prix Femme de Cinéma avec son film Rocks, la britannique Sarah Gavron nous rejoint pour un cocktail qui précède la projection de son nouveau long métrage. Nous préservons les mystères sur son film qu’elle a tourné avec des adolescentes et c’est plutôt la réalisatrice qui nous interroge sur notre activité ici et en dehors du festival. Une personnalité humble et chaleureuse.

Sarah Gavron, réalisatrice primée

Tout comme Benni, Rocks explore une jeunesse troublée, cette fois, à l’adolescence, dans un Royaume-uni multiculturel. Dans le groupe de jeunes filles que l’on découvre s’amusant avec leurs téléphones mobiles, c’est celle surnommée Rocks que nous allons suivre dans un bouleversement terrible de son quotidien : un soir, en revenant de l’école, elle trouve une note de sa mère lui confiant qu’elle est désolée de la quitter avec son jeune frère Emmanuel, en leur laissant une maigre enveloppe d’argent pour subsister à leurs besoins. Dès lors, Rocks va tout faire pour cacher sa situation, même auprès de ses copines, mais l’absence de cette mère se fait remarquer et entraîne l’adolescente sur une pente délicate où solliciter son groupe devient une véritable nécessité. Sarah Gavron a réalisé ce film en impliquant pleinement ces adolescentes, qui l’ont aidée à écrire leurs personnages respectifs afin de toucher au naturalisme, d’autant qu’elles sont toutes issues de communautés différentes avec leurs propres codes. Rocks se positionne comme un film social qui n’émet aucun jugement sur le dysfonctionnement de la cellule familiale, gardant toujours pour cap cette urgence du quotidien pour ne pas tomber dans les mains des services sociaux, synonymes d’une séparation entre Rocks et son petit frère. Une œuvre douce-amère qui nous invite dans le quotidien d’une jeunesse qui sait se montrer solidaire. En salle le 29 avril 2020.

Le village 1950 depuis le spot éphémère et festif de Nomade

Il y a quelque chose de profondément magique à se retrouver dans une yourte sur le générique de Twin Peaks : de retour au village 1950, nous découvrons la yourte installée par Nomade, lieu éphémère où se dérouleront des dîners, DJ set et séances chaleureuses de piano-bar, et toutes ces belles choses, accompagnées de cocktails originaux. Ne pouvant pas être partout, nous manquons la soirée musicale organisées aux Belles Pintes pour rejoindre ensuite directement O’Chaud, encore une fois pour que la nuit soit plus longue – ou plus courte, selon les perspectives !

Article rédigé par Dom

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