Critique : A voix haute – la force de la parole

Une jeunesse multiculturelle se prépare à un concours d’éloquence en Seine-Saint-Denis. Consacrer un documentaire à la rhétorique dans la banlieue parisienne n’a rien d’anodin : c’est un acte militant d’une grande valeur, celui de saluer l’importance du langage et la beauté d’une jeunesse unie, se détournant des clichés véhiculés par certains médias. Une réussite.

Au commencent était le Verbe

En 2012, Stéphane De Freitas crée le concours Eloquentia afin d’entraîner des jeunes de Seine-Saint-Denis à s’intéresser aux subtilités de la langue de Molière pour des joutes plus ou moins enflammées, et ce, afin de permettre de capter l’attention d’un public et d’exprimer ses idées, raconter son parcours et combats, avec force et éclat. Quelques éditions plus tard, il décide de réaliser un documentaire sur une classe préparatoire au concours, en suivant donc des jeunes aux parcours et objectifs différents, réunis alors par un élément : le langage. Le langage, le vocabulaire, la connaissance, le savoir, qui débouchent sur l’expression de ses idées, l’échange et le partage : en somme, l’essence d’une société saine, ouverte et tolérante. Voilà pourquoi ce concours est important, aussi important que ce film qui le met en lumière, malgré sa réalisation peu inspirée avec certains discours amputés trop tôt, l’essentiel avec A voix haute – l’importance de la parole résidant dans son sujet et ceux qui l’animent.

Le film de Stéphane De Freitas, co-réalisé avec Ladj Ly, nous conduit à découvrir plusieurs étudiants quelques semaines avant le concours Eloquentia, aux épreuves orales éliminatoires menant à une grande finale face à un impressionnant jury. Ils se prénomment Elhadj, Leïla, Eddy, Souleïla ou Thomas. Ils ne partagent pas forcément la même religion, ni la même couleur de peau. Mais ils vivent sur un même territoire, la Saine-Seint-Denis, parlent une langue commune, le français, et ils sont animés par un désir oratoire commun à l’heure du massacre de la langue, que ce soit à l’écrit ou l’oral. Peut-être l’un des fléaux les plus sous-estimés aujourd’hui. On découvre ces personnalités au fil des cours où les professeurs se succèdent pour travailler toujours dans la bonne humeur, dans des exercices parfois drôles – s’exprimer en fruits et légumes pour travailler l’expression physique et la tonalité –, dans le travail de la parole par le slam ou la maîtrise de la respiration. Drôle, et touchant, par les personnalités rencontrées – Elhadj qui a connu la rue mais qui s’est accroché malgré vents et marées –, le militantisme de Leïla, ou encore le courage ordinaire d’Eddy, grand marcheur qui rêve d’une carrière d’acteur.

D’un exercice à l’autre, d’un portrait au suivant, A voix haute dépeint une jeunesse de banlieue unie et intelligente, une jeunesse brillante qui redonne confiance en l’avenir. C’est un geste magnifique que d’avoir réalisé ce documentaire car il se détache de toute démarche purement démagogique par la neutralité de l’approche, la liberté d’expression offerte à cette troupe magnifique de bienveillance et d’humanité, et ce, malgré la compétition que représente le concours final. Il y a quelques semaines, le chantre de l’idiotie Cyril Hanouna se moquait d’un jeune homme qui s’exprimait bien et avec enthousiasme – voir cet article. C’est pour cette raison que ce type de concours et de documentaire permettant d’étendre leur visibilité, et surtout d’y découvrir leurs participants, sont absolument indispensables et nécessitent d’être vus au cinéma. Pour combattre la sottise et l’intolérance, pour reconnaître qu’il existe une France multiculturelle unie et harmonieuse, pour montrer à des politiciens véreux que le savoir et la fraternité auront toujours raison de leurs raisonnement viciés et sophismes putassiers. Voir A voix haute et le soutenir alors que Marine Le Pen affiche son sourire cynique au second tour de la présidentielle 2017, cela tient presque de l’acte citoyen : allez-y !

4 étoiles

 

A voix haute – la force de la parole

Film français
Réalisateurs : Stéphane de Freitas, Ladj Ly
Avec : Leïla Alaouf, Eddy Moniot, Elhadj Touré, Souleïla Mahiddin
Scénario de : Stéphane de Freitas
Durée : 99 min
Genre : Documentaire
Date de sortie en France : 19 avril 2017
Distributeur : Mars Films

Bande Annonce :

Article rédigé par Dom

Partagez cet article avec vos amis ou votre communauté :

Twitter Facebook Google Plus

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *