[Critique] Nymphomaniac – Volume 2, réalisé par Lars Von Trier

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Suite et fin de l’œuvre estropiée de Lars Von Trier, Nymphomaniac – Volume 2 marque une rupture un brin décevante avec la première partie de la vie de Joe. Une conclusion marquée par le désespoir en demi-teinte, bien qu’intéressante.

Sexe maudit

Nous avions quitté Joe (Stacy Martin) au lit, en compagnie de Jérôme (Shia LaBeouf), sur cette terrible déclaration : « Je ne sens plus rien. » Alors que la nymphomane se trouvait privée de sa source de jouissance, le spectateur était aussi privé du plaisir de l’exploration fascinante de la vie de la jeune femme de façon brutale. En France, quatre longues semaines séparent Nymphomaniac – Volume 1 du second opus, toujours censuré dans un montage sans la participation de Lars Von Trier mais qui a reçu son approbation. Le film écope néanmoins d’une interdiction aux moins de 16 ans qui vient saisir aussi le précédent film, alors interdit aux moins de 12 ans au début de son exploitation – ne cherchons pas de logique dans le travail de la commission de classification et du ministère de la culture. Mais revenons à l’essentiel, la scission du film en deux parties alors que son auteur l’a conçu, tourné et monté en vue de nous offrir un seul long métrage produit un vrai trouble dans les premières minutes où le spectateur est catapulté au beau milieu du récit, privé alors de la charge émotionnelle construite au fil du film précédent. Cet épisode, moins vénéneux et plus détraqué, composé de trois chapitres, abandonne la jeune femme après un ultime jeu sexuel au restaurant et un accouchement pour dévoiler le destin de la Joe adulte, sous les traits de Charlotte Gainsbourg. Fini le temps de la découverte du corps, de la manipulation des hommes et de la multiplication des amants, dans Nymphomaniac – Volume 2, Joe s’engouffre dans le tourment et la perversité au travers d’une perche tendue par Seligman (Stellan Skarsgård), établissant la dualité entre l’Eglise d’orient et d’occident sur la différence de la souffrance. Le caractère destructeur de la nymphomanie, qui touchait seulement les connaissances de Joe auparavant, vient la frapper en plein cœur.

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Dans cette partie de Nymphomaniac, Lars Von Trier renoue avec certains de ses tics les plus agaçants. Effets baroques – lévitation et apparition divine –, mise en scène désormais limitée à la caméra épaule, arrivée de personnages non plus au service du récit mais d’une certaine forme de provocation – ou bien alors insérés dans l’unique but de nourrir la noirceur du film. L’aspect dépressif qui règne en maître dans Melancholia s’empare d’une grande partie du récit. Jamie Bell, dans le rôle de K, est un sadomasochiste qui reçoit des femmes en bon professionnel, avec salle d’attente. Seule Joe est rebaptisée de façon nominative par K, les autres étant appelées Princesse ou bien Madame. Le nouveau nom de Joe est Fido, et qu’il s’agisse d’une référence au chien éponyme ou bien à la tragi-comédie Il Pastor Fido de Guarini, la notion de fidélité s’impose, si bien que Joe viendra chercher les sévices au détriment de son propre fils, Marcel, qu’elle peine à aimer. D’ailleurs, il est regrettable de voir Lars Von Trier user d’un mauvais prétexte de garde d’enfant pour éloigner le petit et le père tout en évoquant à nouveau la scène d’ouverture d’Antichrist. La pénétration est donc abandonnée au profit des coups de cravache, K refusant catégoriquement tout rapport sexuel avec l’objet désespéré de ses tortures. Pourtant, c’est sur une mauvaise pirouette sur le fist fucking que se conclut ce chapitre qui trouvera un écho direct dans le dernier de l’œuvre.

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Lars Von Trier continue les allusions à Tarkovski – Roublev, le miroir, l’arbre du Sacrifice – comme pour charger son œuvre d’une spiritualité qu’il ne parvient pas à développer totalement avec son propre langage. Plus dommageable encore, il s’engouffre dans des scènes foncièrement embarrassantes, comme un plan à trois avec deux africains quasiment caricaturés – ainsi qu’une réflexion un peu vaseuse sur l’utilisation du mot « nègre » – ou bien l’insertion d’une théorie sur la pédophilie grâce au personnage de Jean-Marc Barr dans une scène invraisemblable. Certes, le spectateur est en droit de douter du récit que conte Joe comme Seligman se montre méfiant dans certains passages, mais cela n’empêche pas que le rôle qu’endosse Joe où elle martyrise des créanciers flirte avec le ridicule. Mais ce dernier sert de moteur pour introduire le personnage le plus intéressant et en apparence fragile du film, P (Mia Goth), pièce maîtresse pour « boucler la boucle. » C’est probablement dans son discours féministe et sa volonté de mettre au ban la sexualité que cette seconde partie se montre la plus intéressante. Creusant aussi la personnalité de Seligman, Lars Von Trier se montre toujours d’un pessimisme effroyable, ne retrouvant toujours pas le miraculeux d’un Breaking the Waves. Alors que Charlotte Gainsbourg susurre une magnifique reprise de Hey Joe à deux voix dans le générique final, on peut se demander si au fond, en ayant vu Nymphomaniac – Volume 1 et Nymphomaniac – Volume 2, nous avons vraiment vu la dernière œuvre enfantée par le cinéaste danois. Il est fort probable que la somme de ces deux films ne soit qu’un menu tristement allégé, allant à l’encontre même de la création artistique. Hey Joe, nous t’attendons dans ton unicité, nous voulons tout voir pour tout saisir, pour le meilleur et pour le pire.

3 étoiles

 

Nymphomaniac – Volume 2

nymphomaniac-volume-2-afficheFilm danois
Réalisateur : Lars Von Trier
Avec : Charlotte Gainsbourg, Stellan Skarsgård, Jamie Bell, Willem Dafoe, Mia Goth, Jean-Marc Barr, Shia LaBeouf, Stacy Martin
Scénario de :
Durée : 124 min
Genre : Drame, Erotique
Date de sortie en France : 29 janvier 2014
Distributeur : Les Films du Losange

Bande Annonce (VO) :

Article rédigé par Dom

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