[Critique] Oblivion (Joseph Kosinski)

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Pour son deuxième long métrage, Joseph Kosinski reste fidèle à la science fiction. Après l’honnête Tron : l’héritage, voici qu’il livre une œuvre post-apocalyptique au cadre magnifique. Intrigant un temps, Oblivion révèle ses cartes bien trop tôt pour plaire.

Ecran de fumée

2077, il n’y a plus qu’un homme et une femme sur Terre, dévastée après une bataille contre les « chacals », une entité extraterrestre ayant détruit la Lune avant de nous envahir, déclenchant une guerre nucléaire fatale à la vie sur notre planète. Pas question de repeupler le globe pour Jack (Tom Cruise) et Vika (Andrea Riseborough) : leur mission, qui prendra fin dans une quinzaine de jours, est de veiller sur d’impressionnantes machines absorbant les ressources en eau, afin que les survivants disposent de suffisamment d’énergie sur la planète Titan, colonisée par l’homme. Un quotidien marqué par l’absence de souvenir, leur mémoire ayant été effacée, si ce n’est un étrange rêve récurrent pour Jack, où il croise dans les rues de New York une mystérieuse inconnue jouée par Olga Kurylenko. Chaque jour, Jack, supervisée par Vika, effectue la maintenance des drones de combat protégeant les plateformes des attaques des quelques chacals encore en vie. La magnificence des images – les deux humains vivent au-dessus des nuages dans un domicile high-tech – assure le spectacle, tandis que le suspense émane de l’étrange routine des protagonistes, observés par l’ennemi, et ne remettant jamais en question les ordres venant chaque jour d’un vaisseau humain en orbite.

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Il y a quelque chose d’assez fascinant dans cet univers immaculé, dans cette demeure qui pourrait être le produit de la firme Apple. Le quotidien aérien et clinique semble avoir anéanti toute volonté, toute faculté de réflexion aux personnages. Kosinski oppose ce milieu à la technologie sur-développé un cadre champêtre où Jack s’évade de temps en temps, non pas pour écouter Led Zeppelin avec un lecteur MP3 mais sur une platine vinyle. Mais Oblivion ne creusera pas cette problématique technologique pour revenir sur une confrontation entre l’homme et l’envahisseur, dans un monde post- apocalyptique dont l’originalité tient de la rareté des ruines de notre société, la nature ayant repris une emprise majestueuse sur la planète. Element caractéristique des jeunes cinéastes se lançant dans la science-fiction, l’utilisation de nombreuses références du genre, que ce soit pour Duncan Jones avec Moon et Source Code ou Rian Johnson avec Looper. Dans cette optique, le District 9 de Neill Blompkamp pourrait presque passer pour un modèle d’originalité. Mais quoi qu’il en soit, ces trois cinéastes parviennent à manipuler leurs références dans le sens de leur propre imagination, se dégageant de poncifs capables de couper le souffle à un récit. Oblivion est victime de deux problèmes qui rendent la seconde partie du film stérile, presque rebutante. D’une part, il y a l’influence excessive du 2001 : l’odyssée de l’espace de Stanley Kubrick. Le design des drones est si similaire à celui des modules des astronautes, non plus équipés de bras mais de puissantes armes, et même HAL rôde en spectre ici. Des éléments plutôt anodins pour le déroulement de l’histoire, mais qui témoigneront d’un manque d’effort total dans les dernières minutes du film. Et c’est seulement arrivé à mi-chemin qu’Oblivion s’effondre, levant hâtivement tous les mystères lancés par les prémices.

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De la sensibilité d’Olga Kurylenko et Andrea Riseborough au jeu standardisé de Tom Cruise en homme d’action, les acteurs maintiennent le cap alors que le scénario se désintègre. Les combats mis en scène par Kosinski, bien que découpés habilement, peinent à dynamiser cette aventure repoussant inutilement un dénouement attendu. Alors qu’il prend pour racine la mémoire et l’oubli, Oblivion est paradoxalement un film qui s’écrase sur la mémoire du cinéma de science-fiction. Dommage, car il y avait sans nul doute de meilleurs sentiers à explorer dans cet univers impressionnant.

2.5 étoiles

 

Oblivion

oblivion-afficheFilm américain
Réalisateur : Joseph Kosinski
Avec : Tom Cruise, Andrea Riseborough, Olga Kurylenko, Morgan Freeman
Scénario de : Joseph Kosinski, Karl Gajdusek, Michael Arndt
Durée : 126 min
Genre : Science-fiction, Action, Aventure
Date de sortie en France : 10 avril 2013
Distributeur : Universal Pictures International France


Bande Annonce (VOST) :

Article rédigé par Dom

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2 commentaires

  1. Ni les mêmes arguments ni les mêmes sensations tout à fait mais une note semblable. Par exemple j’ai beaucoup aimé les scènes d’action… 2/4

  2. Bizarre ce film. Visuellement réussi pour le contexte, des acteurs crédibles, et paf une intrigue a deux balles. Du recopiage de genre. Rien d’original, RIEN !!
    « No surprise », c’est le mot d’ordre.
    De la petite SF sans ambition, mais vendu comme un énorme Blockbuster… Comme quoi, de bons acteurs ne sont pas suffisant pour sauver un scénario cousu de fils blanc…
    A voir un soir quand rien d’autre n’est prévu.

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