[Critique] Paperboy (Lee Daniels)

Lee Daniels est probablement entouré d’une aura divine : après avoir réussi à obtenir plusieurs nominations et récompenses aux Oscars pour son lamentable mélodrame Precious, voici qu’il réussit à entrer en Compétition Officielle à Cannes en 2012 avec Paperboy. Si le réalisateur fait preuve d’un style moins criard, la profonde vanité habitant ce troisième long métrage lui ôte toute saveur.

Histoires vaseuses

Ce qui est sidérant avec Paperboy, c’est que Lee Daniels est incapable de trouver l’axe qui donnerait un intérêt aux intrigues de son film, inspiré par un roman de Peter Dexter. On suit les protagonistes avec une nonchalance que la brutalité ou la perversité de certaines scènes ne rompt jamais totalement, et ce, malgré d’excellentes performances de la part de tous les acteurs – probablement le seul point où Daniels excelle, la direction d’acteur. Entre une Nicole Kidman nymphomane au physique de poupée Barbie virant sur la quarantaine, une Macy Gray en bonne docile, un Zac Efron puceau et amoureux, un Matthew McConaughey en journaliste méticuleux et un John Cusack lubrique et violent, le spectateur est balloté dans une histoire qui mêle sans efficacité intrigue policière et chronique adolescente. Paperboy, c’est le récit parallèle d’un duo de journalistes du Times enquêtant sur la condamnation d’un homme pour un assassinat qu’il n’aurait peut-être pas commis et d’un adolescent dont l’éveil sexuel se heurte à des sentiments amoureux pour une femme à ne pas fréquenter – ne serait-ce que pour le lot de maladies qu’elle doit trimballer derrière sa culotte. Les intérêts de chacun se croisent, se rencontrent et se percutent – sans intensité aucune.

La photographie solaire et granuleuse de Roberto Schaefer donne un certain charme à ce drame peu affriolant, où Lee Daniels expérimente encore une fois quelques idées peu concluantes en terme de montage, à renfort de fondus et d’inserts parfois ridicules – plans d’animaux insérés lors d’une violente scène de sexe. En fait, c’est peut-être dans la déchéance morale et physique qu’il faut creuser. On peut même tirer un certain plaisir (sadique) à déterminer quel acteur a hérité du rôle le plus répugnant, celui ou celle dont certaines images chocs resteront après la séance, comme les vagues souvenirs d’une soirée trop arrosée, où les relations cordiales entre les invités auraient subitement dégénéré dans une frénésie surnaturelle. J’attribuerais personnellement la Palme à Matthew McConaughey, dont le visage balafré n’est qu’une vétille à côté des malheurs et sévices qui l’attendent. Pour le reste, Paperboy n’est qu’un drame mal tourné sur l’Amérique profonde des années 1970, partagé par des désirs de justice candides, de réussite sans honneur, et d’amers désillusions. On quitte cette histoire comme on y est entré : par une narration en voix-off qui tient plus du commérage que du cinéma.

2 étoiles

 

Paperboy

Film américain
Réalisateur : Lee Daniels
Avec : Zac Efron, Matthew McConaughey, Nicole Kidman, Macy Gray, John Cusack, David Oyelowo
Scénario de : Lee Daniels, Peter Dexter, d’après un roman de Peter Dexter
Durée : 107 min
Genre : Drame, Thriller
Date de sortie en France : 17 octobre 2012
Distributeur : Metropolitan FilmExport


Bande Annonce (VOST) :

Article rédigé par Dom

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Un commentaire

  1. Quelques défauts, une trame assez classique mais l’ambiance poisseuse et des acteurs franchement éblouissants en font un film au-dessus de la moyenne générale… 3/4

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