Cannes 2022 un regard au coeur de Marioupol

Article un peu particulier pour aborder le documentaire Mariupolis 2 de Mantas Kvedaravičius : une œuvre difficile qui ne pourrait être intégrée au flux classique du journal de festival.

Marioupol, ville engloutie par la guerre. Le cinéaste lithuanien Mantas Kvedaravičius a perdu la vie en tournant les images qui composent Mariupolis 2, terminé par sa compagne Hanna Bilobrova et sa monteuse Dounia Sichov. Réfugié avec un groupe de civils dans une église, le réalisateur observe les alentours d’une ville où les nappes de fumée s’élèvent ça et là, avec le bruit incessant des bombes. Les plans sont bruts, longs, la caméra s’arrête parfois plusieurs minutes à une fenêtre jusqu’à suspendre le temps, ce quotidien de pur survie. Il faut se nourrir, boire, risquer sa vie dehors chaque jour pour dénicher quelque chose, un générateur auprès de deux hommes soufflés par une bombe. On accroche notre regard à ce chien qui reste au sein de cette communauté de l’horreur, qui pense toujours au bien-être des animaux. Un couple de pigeons est nourri chaque jour. On nettoie la cour de l’église des bris de verre, des morceaux de bois et de tôle. Il n’y a plus que la religion, les prières : peut-être que ceux qui ont péri dans le théâtre ou dans une usine avait oublié de prier, dit-un homme. Un autre plus tard demandera pardon à Dieu pour toutes les guerres qu’aura lancé l’homme. Comment un oligarque peut se vanter d’avoir une force de frappe nucléaire capable de détruire la Terre cent-cinquante fois : une seule suffit dit une autre personne.

Les toits sont éventrés, des quartiers entiers disparaissent. Au loin, des tirs et parfois, les chars passent dans une rue si proche. Et toujours ces bombes, des déflagrations qui semblent sortir de la bouche de l’enfer. C’est ça que filme Mantas Kvedaravičius, l’enfer sur Terre. En 2016, dans son premier documentaire consacré à cette ville, il y avait déjà des victimes, des obus qui prenaient des vies au coin d’une rue, mais il y avait une population qui croyait en une situation qui allait s’améliorer à l’avenir. Un avenir anéanti. Parmi tous les conflits armés qui ont été filmés, aucun documentaire n’aura été aussi proche de l’instant présent dans une ville assiégée. Revenant sur le lieu où se trouvait sa maison, un homme retrouve ses perruches parmi les débris. Toute une vie de travail pour en arriver là, à ce néant, ce désespoir absolu.

Diffusé en séance spéciale deux fois en ce début de festival, ce documentaire terrible tranche avec tout ce qui pourra être montré et tout ce qui pourra être célébré ici. Mercredi, la patrouille de France passait au-dessus du palais pour saluer l’équipe de Top Gun Maverick. Là bas, à l’Est, les avions passent pour semer la mort et le chaos. Le Festival de Cannes est bel et bien un lieu de paradoxes, qui réunit l’obscène et la grâce, le futile et l’essentiel. Au début du documentaire, une femme relativise sur la journée en cours : il fait beau. L’espérance de meilleurs lendemains réside peut-être dans un simple ciel bleu.

Article rédigé par Dom

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