Cannes 2022 première vague de films

On aborde trois films de la compétition dans ce début de festival sous un soleil de plomb qui rend les files d’attente particulièrement pénibles : Les Huits montagnes de Charlotte Vandermeersch et Felix Van Groeningen, Armaggedon Time de James Gray et le fabuleux Eo de Jerzy Skolimowski. Et quelques bonus sur la croisette évidemment.
En photo ci-dessus, un fantomatique hôtel Carlton fermé pour travaux.

Elle Fanning

Mercredi soir, avant de découvrir mon premier film de la compétition des cinéastes belges Charlotte Vandermeersch et Felix Van Groeningen, petit passage à l’entrée des artistes, au cas où nous tomberions sur l’équipe de Top Gun Maverick avec la très chère Demoiselles d’Horreur. A cet endroit, les chasseurs d’autographes et de selfies campent patiemment, parfois des heures durant. Défilent des invités ayant assisté aux projection en Debussy ou au Grand Théâtre Lumière, comme Edgar Ramirez, Benjamin Biolay, Valéria Golino, Omar Sy, Elle Fanning, ou encore des membres du jury, le cinéaste Jeff Nichols et le président Vincent Lindon – ainsi que des personnalités mystérieuses, aux prénoms pourtant scandés avec passion. Pour ne pas jouer avec le feu, direction Debussy quelques minutes avant les 2H30 – et à 22h30 – du long métrage Les Huit montagnes, sans croiser à nouveau Tom Cruise ou Jennifer Connelly. Et quel bonheur de film !

Situé dans les Alpes italiennes, ce récit débute au milieu des années 1980. Bruno nous raconte un moment particulier de son enfance, quand ses parents ont loué une maison dans un village dépeuplé où ils font la rencontre du seul enfant encore ici, Pietro, délaissé par ses propres parents. D’emblée, nous sommes transportés par la magnificence de la photographie du film, ces plans qui, lorsque les protagonistes s’attaquent aux montagnes, émerveillent par une nature intacte. Ce film dense aborde des question existentielles avec une grande simplicité, s’accrochant aux événements manqués, au temps qui érode tout. Peu à l’aise sur les sommets, Bruno n’ira plus à la montagne pendant des années après cet été particulier, tandis que son père continuera à tracer son chemin sur les crêtes alpines avec Pietro. Devenus des hommes, ils se retrouveront après le décès de ce père de substitution pour Pietro (Luca Marinelli), un père qui était devenu distant pour Bruno (Alessandro Borghi). Il faut alors accomplir le souhait du défunt, reconstruire une maison nichée dans les hauteurs, un projet qui conduira Bruno à s’interroger sur sa vie et sa relation avec Pietro, ce montagnard dans l’âme qui n’aura jamais connu la ville, comme la sienne, la « crasseuse » Turin. Avec une finesse dans le regard et dans le geste, le couple de cinéastes déploie un récit d’une grande richesse, n’intensifiant jamais une mélancolie ni une nostalgie pourtant propres à ce type de récit. L’émotion n’est jamais traitée avec emphase, et de belles séquences sont animées par des morceaux de folk qui donnent une couleur singulière à la philosophie de ces Huit montagnes. Les questionnements et sentiments y sont traités justement avec une certaine hauteur, comme si tout un passé avait été digéré dès le début du récit, avec les enfants. Il y a dans cette œuvre parfaitement aboutie des plans en montagne incroyables, comme un travelling le long d’une crête que descendent les personnages. Comment ne pas être transporté dans ce mode de vie qui nous renvoie évidemment à concevoir la société sous un autre angle, avec un fond écologique ? Peut-être que l’ultime chapitre du film perd quelque peu en subtilité dans la relation d’amitié entre ses protagonistes, mais rien n’altère les qualités profondes de ce long métrage saisissant. Une première perle, qui pourrait trouver sa place au palmarès mais il est encore trop tôt pour établir tout pronostic.

On a pu découvrir mercredi matin à la Semaine de la Critique la comédie dramatique The Woodcutter Story de Mikko Myllylahti. Sous l’influence d’Aki Kaurismaki et des frères Coen, ce film suit la lente descente en enfer d’un bûcheron et de tout son village, lorsque la scierie se retrouve fermée. Avec sa galerie de personnages amorphes et cette volonté de créer en permanence des décalages comiques, le film sombre dans une zone où l’on rit de certaines scènes, parfois très inspirées, mais sans se soucier du destin de son protagoniste. Un film curieux par sa structure peu entraînante ainsi qu’une conclusion qui laisse tout aussi perplexe.

L’après midi, juste à côté de la salle Miramar, c’était l’ouverture de la Plage Magnum en compagnie de Kylie Minogue et Peggy Gou, autour de leur collaboration musicale – un remix de Can’t get you of my head qui ressemble comme deux gouttes d’eau au morceau original. Les deux artistes étaient présentes pour une conversation très conventionnelle face à des invités rivés aux écrans de leurs téléphones mobiles, après une attente interminable pour pénétrer sur la plage privatisée – et une entrée des plus laborieuses, proche de la foire d’empoigne. L’authentique bal des vanités en marge du festival. A la fin de cette conférence de presse sur le front de mer, impossible de se rendre au bar à glaces qui n’ouvrira que le soir pour les plus VIP. Peu importe, nous avons encore rendez-vous avec la compétition et de grands noms du cinéma, toujours en salle Debussy.

James Gray montre un changement de paradigme aux Etats-Unis avec Armaggedon Time à l’aube de l’élection de Reagan : ce récit situé en 1980 établit d’ailleurs un pont avec la politique à venir de Trump, mais c’est pourtant un récit qui se déroule à hauteur d’un collégien, Paul, qui se fait remarquer pour de mauvaises raisons par son professeur dès le premier jour de classe. Il sympathise avec Johnny, le seul Afro-américain de la classe, qui lui aussi, se fait remarquer. Débute une véritable amitié entre Paul qui rêve de devenir artiste et Johnny qui pense à la conquête de l’espace. Au-delà de sa dimension politique et émotionnelle puisque le film se déroule à hauteur d’adolescent qui font les 400 coups, ce long métrage traite aussi d’intégration puisque l’antisémitisme et le racisme y tiennent une place importante. Appliqué dans sa mise en scène, toujours aussi formidable directeur d’acteur – Anthony Hopkins en grand-père est fantastique –, James Gray manque le coche ici, effleurant ses différentes thématiques au cours d’une trajectoire relativement attendue pour ses protagonistes. On pourra saluer toutefois le geste de pousser le jeune Paul vers la lumière.

Quelle vitalité dans le cinéma de Jerzy Skolimowski. A 84 ans, le cinéaste polonais livre une œuvre unique et si singulière avec EO (Hi-han en français). L’odyssée d’un âne vu au travers de son regard, ou des personnages en interaction avec lui. C’est au cirque que débute cette aventure, avec Magda, qui participe à son numéro et avec laquelle on sent un véritable amour. Lorsque le cirque est contraint d’abandonner ses animaux, il s’échappe de son nouveau foyer à la recherche de la jeune femme. La photographie du film touche au divin, certaines séquences tiennent du miracle, comme lorsque de nuit, EO traverse une forêt où c’est toute une faune qui se dévoile, des renards aux araignées tissant leur toile. Une faune perturbée par la cruauté de l’homme, car c’est bien la souffrance que les humains inflige au monde animal qui est au cœur du film. Ce qui est fou aussi dans EO, c’est la capacité à ne jamais devenir redondant, de pousser l’animal dans des situations presque burlesques, comme lorsque l’âne joue un rôle à la fin d’un match de football. Et toujours, Skolimowski joue avec la lumière, les couleurs – ce rouge vif qui habite les premiers plans pour s’inviter tout au long du film –, les cadres, jusqu’à trouver des idées vertigineuses. Malgré la cruauté omniprésente ici et l’amertume profonde dégagée par cet hymne au respect des animaux, Hi-han est un film des plus réjouissants : si certains artistes s’assagissent avec l’âge, certains maintiennent le feu sacré accompagnant leur geste pour toujours ! Sans aucun doute le film le plus original vu en compétition au cours de mes dix Festivals de Cannes.

Grâce aux amis de Revus & Corrigés, la nuit se poursuit sur une plage à la soirée organisée par Capricci. Tout comme au cinéma de la plage, un écran géant attire les regards avec des extraits de film, des extraits musicaux en mode karaoké. Un pur bonheur que de chanter et danser sur des morceaux mythiques des Blues Brothers, Flashdance, Podium, La Folle journée de Ferris Bueller et tant d’autres.

Article rédigé par Dom

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