Cannes 2018 : Solo, a Star Wars story

Mardi 15 mai 2018, Solo : a Star Wars story attire toutes les lumières du Festival de Cannes pour cette première mondiale. On vous raconte la montée des marches, suivie par la critique du film.

Mais où est Travolta ?

Il y a des séances de gala qui sont plus excitantes que d’autres, celles pour des œuvres ou artistes fédérateurs. La saga Star Wars est déjà passée par le tapis rouge du Festival de Cannes, pour l’épisode III, La Revanche des Siths. A l’époque encore, qui aurait cru que Lucasfilm serait vendu à Disney pour relancer la machine avec bien plus qu’une trilogie ? Nous voilà donc aux abords du tapis rouge pour le quatrième film Star Wars produit dans l’ère Disney, Solo : a Star Wars story, épisode revenant sur la jeunesse d’un personnage emblématique, Han Solo. John Travolta qui présentera Grease sur la plage mercredi soir affole les festivaliers qui ont attendu de longues heures pour faire des photos, obtenir des autographes et parfois des embrassades dans le plus grand délire, avec ces cris, ces flashs qui fusent, la musique qui recouvre tout le secteur et ces caméras qui tentent de tout saisir. Le rappeur 50 cent se glisse vers le tapis aussi, et l’équipe de Ron Howard ne devrait pas apparaître avant une demi-heure encore. Le précieux ticket pour monter les marches a été obtenu grâce à Disney – encore une fois merci – dans leurs bureaux installés au Carlton. L’occasion de croiser Cate Blanchett qui s’apprêtait à gagner le tourbillon cannois, dans son rôle de présidente. Nombreuses sont les sociétés à occuper des chambres et suites de luxueux palaces au cours de la quinzaine.

Une fois installé dans la salle, le spectacle commence déjà : des stormtroopers traversent l’orchestre afin de se positionner au sommet des marches. Woody Harrelson est le premier à descendre de voiture, parcourir la rangée de festivaliers agglutinés contre les barrières, perchés sur les escabeaux. L’acteur va même au delà de la zone du Grand Théâtre Lumière – si personne ne lui aurait dit, il aurait fini du côté de la Pantiero ! Quelques instants plus tard, l’équipe est au grand complet, la productrice Kathleen Kennedy, le réalisateur Ron Howard, les acteurs du film, Alden Ehrenreich (Han Solo), Emilia Clarke (Q’ira, lorsqu’elle n’est pas la mère des dragons de Game of Thrones), Donald Glover (Lando Calrissian), Woody Harrelson (Beckett), Phoebe Waller-Bridge (voix du droïde L3), Thandie Newton (Val), Paul Bettany (Dryden Vos), Joonas Suotamo (Chewbacca), et les scénaristes Jonathan et Lawrence Kasdan grimpent vers le Grand Théâtre Lumière accompagnés par la musique mythique de John Williams – qui ne compose qu’un seul thème de ce film, la B.O. ayant été confiée à John Powell. Thierry Frémaux présente l’équipe entouré par sa garde de stormtroopers. L’équipe est chaleureusement applaudie, les lumières s’éteignent et le spectacle commence.

Aucun fan de Star Wars ignore que ce nouveau film est né dans la douleur, ayant vu ses réalisateurs originaux, Phil Lord et Chris Miller, remplacés pour tourner à nouveau une grande partie de ce qui avait déjà été fait auparavant. Le remplaçant : Ron Howard. Un metteur en scène loin d’être brillant, mais bénéficiant d’une certaine côte de popularité par ses précédents longs métrages, notamment le décevant Rush. Dans son introduction, Solo : a Star Wars story présente ce qui sera le moteur du film, une séparation entre Han et Q’ira lors de leur évasion de la terrible et misérable planète Corellia. Le jeune Han se retrouve enrôlé parmi les rangs de l’Empire où il rencontrera son fidèle compagnon Chewbacca. Le film se penche sur certains points clés du passé de Solo, et ce sont ces éléments qui lui donnent de l’intérêt, puisque les enjeux se limiteront à un vol de ressources précieuses afin d’amasser suffisamment d’argent pour retrouver Q’Ira. La rencontre avec Chewbacca est une vraie réussite, car c’est tout une aventure sur trois films qui y résonne. Au contraire, le fameux raid de Kessel en 12 parsecs à bord du Faucon Millenium est un échec complet, par sa mise en scène et son montage – car en matière d’effets numériques, le spectacle est toujours à la hauteur de nos attentes. On s’étonne de la valeur des cadres, souvent des plans moyens ou des gros plans : où sont les décors, l’espace, le cinéma ? Une rumeur courre comme quoi il s’agirait d’une résultante du tournage catastrophique, mais même lorsqu’un plan s’apprête à nous renverser, le montage annihile l’élan naissant. C’est incompréhensible. L’attaque d’un convoi au milieu de massifs montagneux est probablement la séquence d’action la plus réussie, car tendue, avec des surprises, mais en aucun cas par son approche stylistique. On ressent même une scission dans l’ultime partie du film, dont l’esthétique nous rapproche un peu du Rogue One de Gareth Edwards – sans emploi de caméra épaule toutefois. Bref, ce que l’on pouvait craindre avec Ron Howard aux commandes du vaisseau est malheureusement arrivé.

Autre problème majeur de ce Solo : a Star Wars story, ses nouveaux personnages aussi transparents que futiles. En mercenaire, Woody Harrelson a rarement été aussi peu charismatique. Paul Bettany, figure du mal au rabais, ne laissera aucune trace dans la saga. Thandie Newton dans le rôle de Val ? Une simple apparition. Et que dire de L3, dont la voix est assurée par Phoebe Waller-Bridge , l’insupportable droïde de Lando Calrissian – Donald Glover, assez intéressant – luttant pour les droits des siens. Emilia Clarke se détache un peu du lot, car il y a cette histoire sentimentale, mais l’héroïne de Game of Thrones est loin d’hériter d’un personnage marquant, et forcément voué à disparaître de la saga. Mais au-delà de cette faible galerie de personnages, problème qui touchait aussi Rogue One, le film de Ron Howard souffre d’un protagoniste peu charismatique. Alden Ehrenheich adopte les manies du Solo d’Harrison Ford sans leur donner de vie, tombant dans le piège de l’imitation. Les fans apprécieront des clins d’oeil à l’univers étendu de la saga, mais la volonté d’inscrire cet épisode au sein des œuvres principales semble une posture maladroite de justification du projet, qui pourrait devenir une trilogie à part entière.

Solo : a Star Wars story confirme – encore – une problématique de cohérence artistique dans cette nouvelle vague de films. L’épisode VIII, Les derniers Jedi, malgré son scénario fainéant assurait sur le côté du grand spectacle. Rian Johnson est un réalisateur d’une autre trempe pour sublimer les combats. La musique de John Powell, hormis pour un thème avec des choeurs, touche à la soupe indigeste. Elle occupe l’espace lourdement pour embarquer le spectateur là où l’image et le montage échouent. Lorsque le thème original retentit pour laisser apparaître le nom de Ron Howard, il y a comme un soulagement de pouvoir sortir de cette aventure gâchée, grand huit défaillant sans réelle saveur, si ce n’est celle d’une nostalgie de plus en plus diminuée. Les lumières inondent à nouveau le Grand Théâtre Lumière et les applaudissements polis s’évanouissent rapidement. Il ne faudra pas plus cinq minutes pour que l’équipe regagne le tapis rouge, en direction de la soirée du film sur la plage du Carlton, soirée où ne nous sommes pas conviés.

C’est à la soirée du film Carmen y Lola, plage de la Quinzaine des Réalisateurs, où j’atterris grâce à Gaël de Cinématraque. Ambiance latino, peu de festivaliers, l’endroit parfait pour faire un débrief de la journée avec les collègues autour de flûtes de champagne. Et puis, le lieu se remplit un peu plus suite à la séance de gala du film de David Robert Mitchell, Under the Silver Lake, que je découvrirai le lendemain matin. On gagne la piste, le DJ passe à des morceaux rocks avant de conclure sur une ambiance salsa. Il n’est pas si tard pour la nuit cannoise, mais le réveil sera difficile !

Article rédigé par Dom

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