Critique : Rogue One – A Star Wars Story

Second film de la saga Star Wars avec l’écurie Disney, Rogue One : A Star Wars Story succède au longuement débattu Le Réveil de la Force. Une chose est certaine, ce spin-off, réalisé par Gareth Edwards – dans une certaine mesure –, fera couler encore beaucoup d’encre dans la galaxie cinéma.

Rogue One : un produit trafiqué

Difficile de parler de ce nouvel opus de Star Wars sans rappeler le contexte extrêmement étrange dans lequel le film a été terminé. Malgré une première bande annonce des plus alléchantes il y a plus de six mois, Disney n’a pas été satisfait du film livré par Gareth Edwards (Monsters, Godzilla). Ce dernier aurait concocté un film de guerre bien trop violent. Docile, le réalisateur accepte de voir le bébé de Disney passer par une phase de reshoots intensive (on parle d’environ 40% du film), sans créer d’esclandres. Mieux encore, le réalisateur va jusqu’à déclarer qu’une telle production connaisse autant de scènes à revoir est tout à fait normal. Résultat, afin de ne pas bousculer le calendrier très rigoureux de Disney et la sortie du film, c’est le compositeur Alexandre Desplat qui doit quitter le navire, au profit d’un Michael Giacchino qui n’aura eu que quelques semaines pour composer une bande originale qui, naturellement, se confronte au travail historique de John Williams. On ne décriera pas le résultat plutôt anecdotique – ce, qui, en soit, constitue déjà une victoire – de cette B.O., mais voilà le premier problème : l’âme de Star Wars réside dans la musique de John Williams, et bien que certains thèmes soient repris ici, la magie n’opère pas. Pourquoi débuter cet article en évoquant les reshoots et problèmes de production ? Parce que cela se ressent grandement en voyant le film, et que certaines promesses des premières bandes annonces ont totalement disparu du montage final actuellement en salle. Rogue One : A Star Wars Story est un produit avec toute la connotation négative que cela implique, un produit trafiqué de la même façon que le détestable Suicide Squad. Certes, Le Réveil de la Force de J.J. Abrams tient aussi d’une politique stricte et rigoureuse mais le résultat est beaucoup plus cohérent, construisant aussi des personnages que l’on aime désormais, des personnages qui nous ont fait vibrer.

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L’idée de ce spin-off est simple, raconter le vol des plans de l’Etoile Noire – que l’on doit désormais appeler plutôt Etoile de la Mort – par un groupe de rebelles. Il s’agissait d’une simple anecdote, désormais, il s’agit d’un long métrage indépendant, situé entre l’épisode III et IV, et s’achevant d’ailleurs à quelques instants du début du tout premier Star Wars, Un Nouvel espoir. L’héroïne de ce long métrage est Jyn Erso (Felicity Jones), la fille du concepteur de la terrible arme de l’Empire, Galen Erso (Mads Mikkelsen). Une arme terminée sous la contrainte d’Orson Krennic (Ben Mendelsohn), mais l’ingénieur aura conçu une fantastique faille afin d’anéantir simplement cette arme capable de réduire des planètes en poussière d’étoile. Le film de Gareth Edwards nous dévoile une galerie de personnages dans un temps record, sautant de planètes en planètes, seulement, cette première partie peine à donner de l’ampleur au trio central, Jyn, le rebelle Cassian Andor (Diego Luna, transparent) et le robot de l’Empire reconditionné K-2SO (motion capture d’Alan Tudyk). Le film se contente d’esquisser des éléments qui auraient pu être passionnants, comme de rentrer au cœur du mouvement rebelle composé aussi d’extrémistes et de dissidents. Sans être pénible grâce à une esthétique bien pensée – caméra épaule maîtrisée, photographie ténébreuse et désaturée, jeu impressionnant sur les échelles des vaisseaux –, le film se traîne jusqu’à sa fantastique dernière partie, fantastique en matière d’action. Grâce à un formidable travail sur les costumes et des effets numériques à la patte rétro, le vol des plans sur la tropicale planète Scarif donne lieu à un combat dantesque, au sol et dans l’espace, qui donne la sensation d’être au cœur d’une guerre se déroulant à la belle époque du jeune Luke Skywalker.

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Car oui, Rogue One : A Star Wars Story est un film impressionnant, qui délivre une bataille spatiale qui manquait à l’épisode VII – un Star Wars doit-il forcément présenter des combats spatiaux ? –, mais il impressionne aussi par ses défauts. D’un point de vue moral, le film dérape en ramenant face à la caméra le personnage de Grand Moff Tarkin en recomposant le visage de Peter Cushing sur celui de l’acteur Guy Henry. Le résultat, infect, tient du pur délire d’un docteur Frankenstein qui ne se soucie même pas d’avoir des lèvres synchronisées aux paroles du personnage monstrueux. Certes, ce personnage est indissociable de l’Etoile noire, mais d’autres solutions auraient dû être envisagées. Pourquoi ne pas prendre un autre acteur lui ressemblant, faire confiance au public pour accepter ce changement de visage ? Après tout, lorsque Ed Skrein quitte la série Game of Thrones, il est remplacé par Michiel Huisman sans souci ou pour prendre un exemple propre à Star Wars, Mom Mothma, jouée par Caroline Blakiston dans Le Retour du Jedi est désormais jouée par Genevieve O’Reilly, ici donc et dans La Revanche des Siths. Et il n’y a pas qu’avec Peter Cushing, paix à son âme, que les infographistes d’ILM jouent dans cet épisode… D’aucuns décriaient la fibre nostalgique qui habite Le Réveil de la Force, dans Rogue One : A Star Wars Story le fan service touche à son comble. Entre les apparitions totalement inutiles et clins d’oeil faisant référence à des clins d’oeil, le film ne cesse de taper sur l’épaule du fan de Star Wars pour lui rappeler qu’il est bien dans l’univers qu’il aime tant. Pire, attention, semi-spoiler, vous avez tous vu l’affiche, le film ne peut pas se contenter d’une simple apparition de Dark Vador, ce dernier doit démontrer le pouvoir du côté obscur dans l’ultime scène du film. Il y a quatre bons longs métrages Star Wars avec le méchant le plus iconique de la saga, où se trouvait le besoin narratif de le remettre en selle ici ? Tout pour séduire les fans, mais le fan que je suis depuis le plus jeune âge préfère la proposition de J.J. Abrams à ce montage d’un film qui a échappé au contrôle et à la vision de son réalisateur.

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De Felicity Jones à Donnie Yen en passant par Forest Whitaker, les acteurs campent des personnages sans envergure, et ils peinent à leur insuffler le charisme nécessaire pour s’émouvoir de leur sort dans cet épisode sombre, porté sur le sacrifie afin d’apporter un brin d’espoir aux survivants. Ben Mendelsohn aurait pu être un méchant clé de la série, mais le comédien n’a aucune matière pour grandir dans ce film, de même pour Felicity Jones, simple visage prêté à la cause rebelle. On sait pourtant grâce aux premières images du film que ce Rogue One : A Star Wars Story a connu une autre direction, un autre chapitre final, mais l’oeuvre d’Edwards est passée dans la moulinette des studios afin d’obtenir ce produit formaté jusqu’à corrompre son âme et sa singularité. Pour compenser le vide émotionnel dans lequel se déroule ce film, quelques plans d’une beauté ahurissante. Est-ce suffisant pour faire un grand film, Star Wars ou non ?
Que la Force soit avec Rian Johnson afin de mener à bien un épisode VIII qui saura satisfaire les hautes sphères de Disney pour connaître une sortie en salle sans changer d’organes vitaux juste avant d’être jeté à un public avide d’action et de nostalgie morbide.

3 étoiles

Pour aller plus loin et saisir l’amplitude des changements opérés sur le montage original (en anglais) : How Rogue One: A Star Wars Story Changed During Reshoots
Mais aussi cette vidéo de 46 plans utilisés lors de la promotion du film mais qui ne sont pas dans le montage final !

 

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Rogue One : A Star Wars Story

Film américain
Réalisateur : Gareth Edwards
Avec : Felicity Jones, Diego Luna, Donnie Yen, Wen Jiang, Ben Mendelsohn, Mads Mikkelsen, Riz Ahmed, Forest Whitaker, Alan Tudyk
Scénario de : John Knoll, Gary Whitta, Chris Weitz, Tony Gilroy
Durée : 134 min
Genre : Action, Science-fiction, Aventure
Date de sortie en France : 14 décembre 2016
Distributeur : The Walt Disney Company France

Bande Annonce (VOST) :

Article rédigé par Dom

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2 commentaires

  1. J’ai lu ta critique avant de voir le film. Je le précise car je pense qu’un film s’apprécie comme une dégustation de vin : en fonction des plats servis, ou pour l’aspect cinématographique, selon les attentes qu’on en a. Et je n’en avais guère suite à cette lecture. Au final je suis ressorti de la salle moins déçu que ce que j’escomptais.

    Je suis assez d’accord avec ta critique, même si mon ressenti a été différent du tien. Sur la présence de 3 anciens connus au bataillon, je pense qu’il était possible de faire sans en travaillant le scénario autrement, voire pourquoi pas en montrant ces personnages de dos, sans plus, et en diminuant leur importance dans ce film, façon de suggérer ce qui allait venir par la suite. Cet aspect n’est guère convaincant, il est vrai.
    Ce qui m’a vraiment gêné, et empêché de rentrer dans le film pendant un bon quart d’heure est d’une part ce manque de lumière ahurissant sur toute la séquence où Jyn est encore enfant. Je ne distinguais presque pas les détails autour d’elle. Et d’autre part, pendant 20 bonnes minutes, je me suis demandé à quoi servait certaines scènes. Le pompon étant pour celle qui ne doit pas excéder 30 secondes où on voit le pilote impérial pour la première fois alors qu’il va se faire livrer à Saw Gererra. On n’apprend rien, on ne voit quasi rien, juste un plan pour rien. Bravo le montage ! Et ce n’est pas le seul hélas.

    Dernier point mais le plus important selon moi, il y a un aspect qu’apporte ce film et qui est absent des autres épisodes : c’est la brutalité de l’empire. Quand on revoit les épisodes 4, 5 et 6 alors certes on nous dit que l’empire est méchant et que les gentils rebelles doivent libérer la galaxie, mais cette violence est assez masquée. D’ailleurs, je n’ai jamais fait le compte, mais je pense qu’on voit beaucoup plus de pantins en armure blanche passer l’arme à gauche que de rebelles avec un visage identifié.
    Ce film, possède un point commun avec le 7e à mon sens, il nous rapproche beaucoup de notre univers. On voit les visages des protagonistes, on nous montre la violence et la mort des deux côtés en présence d’ailleurs. Comme une façon de rappeler que les actes ont des conséquences. Cela tranche à n’en point douter avec les films d’action classiques ou après une situation de danger extrême on finit le film en rigolant autour d’un banquet comme si la vie n’était faite que de bons côtés.
    Ma compagne m’a fait remarquer que Star Wars est un univers qui sert à faire rêver et que cette touche réaliste, trop proche de notre quotidien finalement, est aux antipodes de ce qu’elle attend. C’est peut-être là que le bât blessera le plus. En ce qui me concerne, je trouve l’approche différente et même si le fan service est de mise, je loue au moins la forme de renouveau qui nous est proposée.

  2. Merci pour ton message Guidlm.
    J’ai revu le film il y a deux jours, et c’est vrai que le début du est si sombre – la première fois j’avais pensé à un éventuel problème de projecteur mais je l’ai revu dans une autre salle.

    Disons qu’en terme de violence ici, la caméra épaule, qui ajoute ce côté réaliste, renforce la cruauté, mais on assiste toutefois dans le IV à la destruction d’une planète – certes, aucun plan sur sa population, mais ça ne rend pas la chose moins forte -, dans le V des pertes lourdes sur Hoth dans le camp rebelle surtout, et dans le VI la cruauté de l’empire touche même ces pauvres ewoks – il y a ce plan qui m’avait marqué enfant, quand un des ewoks tente de relever un de ses amis et qu’il réalise alors qu’il est mort. C’est un plan très dur.

    Sinon la remarque de ta compagne est tout à fait juste, certains ont fait un parallèle avec Jedha et l’occupation américaine au Moyen-Orient. Une armée en occupation, une population qui se révolte.
    Et vraiment, la magie Star Wars tient de John Williams. Hier, j’apercevais des bouts de l’épisode II sur Canal Plus qui faisait un marathon Star Wars. C’est un épisode que je trouve plutôt décevant sur bien des aspects, et même si la BO est aussi une des moins intéressantes, elle donne au mythe son ampleur, sa magie. Il y a un ou deux morceaux intéressants de Giacchino ici, mais l’univers est trop différent.

    Aussi, j’en parlais avec un ami, au fond, ce Star Wars n’a fondamentalement aucun intérêt : on retire au spectateur son imaginaire quant au vol des plans de l’étoile noire, et à revoir le film, la lourdeur du scénario est assez problématique – ce côté très archaïque pour récupérer des plans dans un monde à la technologie incroyable.

    Mais comme tu dis, il y a au moins du renouveau sur la forme, mais à mes yeux, c’est insuffisant pour se réjouir totalement.

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