Etrange Festival 2011 : un dimanche épicé

La 17ème édition de l’Etrange Festival a débuté vendredi dernier, au Forum des Images à Paris, avec The Divide de Xavier Gens – et si comme moi, vous n’avez pas pu vous y rendre, une seconde projection est prévue dimanche prochain. Pour débuter les festivités, j’ai sélectionné trois films on ne peut plus hétéroclites : Endhiran, robot movie, 22nd of May et The Woman.

Petite parenthèse d’introduction : L’Etrange Festival peut démarrer avant la projection de votre premier film… En avance pour Endhiran (et retrouver Fred de Myscreens), je découvre à l’accueil, où sont diffusés sur des écrans plats, en partenariat avec Canal + Cinéma, des courts et bizarreries, une fausse bande annonce des plus hilarantes : l’histoire d’un pauvre homme poursuivi par un zombie immortel qui l’agresse à coup de petite cuillère !
Digne des pastiches insérés entre Planète Terreur et Boulevard de la mort et réalisé avec soin, je n’ai malheureusement pas retenu le titre bien trop long de ce curieux court métrage – quelque chose ressemblant à « L’incroyable meurtre d’une lenteur effroyable avec une arme inefficace. » Je tâcherais de vous retrouver le nom de cette pépite fun et inattendue.

MAJ : ViggySimmons a retrouvé la vidéo, un grand merci à lui :


Lorsque Bollywood – ou plus précisément Kollywood, l’homologue tamoule dont il est question ici – tente de copier le cinéma d’action et de science-fiction hollywoodien, cela donne souvent des navets jamais destinés à l’exportation. Mais lorsque les producteurs alignent les billets nécessaires pour rivaliser avec les studios américains, la donne change radicalement, la preuve avec Endhiran, film le plus cher de l’histoire du cinéma indien, dont la bande-annonce a suscité un intérêt sans précédent sur internet. Porté par deux superstars indiennes, Rajinikanth et Aishwarya Rai, le film réussit à marier les thématiques liées à la robotique aux romances indiennes plus classiques. L’union est loin d’être parfaite, il faut accepter un montage souvent bâclé, des rôles secondaires rarement justes et des effets spéciaux à la qualité fluctuante mais pourtant, les 175 minutes d’Endhiran se dégustent aussi facilement qu’un plat de poulet tikka massala. La magie tient probablement de l’exubérance, de l’humour et du sens du rythme incroyable des productions indiennes. Le développement de l’intrigue est judicieusement entrecoupé de séquences de danse ou d’action, dont l’originalité gomme aisément les défauts esthétiques. On regrettera cependant l’emploi de chansons aux sonorités modernes et peu alléchantes pour l’ouïe, un problème contrebalancé par le spectacle visuel offert – l’équipe a été jusqu’à tourner une séquence de danse au Machu Picchu !
La plupart des thèmes inhérents aux récits de machines qui s’humanisent dangereusement sont brassés à la sauce indienne. L’exotisme ne renouvelle pas le genre mais au final, ce divertissement de qualité renvoie Michael Bay dans sa chambre de gosse pour retrouver ses Transformers. Le bougre ne peut même pas se vanter d’avoir eu une Miss Monde devant son objectif !
Endhiran, c’est bancal, sensationnel, foutraque, et terriblement séduisant – en somme, quasiment indispensable.

Endhiran (S. Shankar) sera rediffusé le 8 septembre à 19:00 (à noter que le film est diffusé en tamil sous-titré anglais.)


Il y a foule dans les allées du Forum, direction la Belgique – enfin, en salle 300 – pour le second film, 22nd of May, en compagnie d’autres blogueurs – Alexandre de Plan C et Cyrille le Passeur Critique –, ainsi que le festivalier endurci @ViggySimmons.
Présenté par son réalisateur Koen Mortier comme un film exigeant, notamment dans ses quinze première minutes, 22nd of May s’articule autour d’un attentat avec une structure atypique. L’agent de sécurité du centre commercial attaqué est suivi dans des errances oniriques aux côtés de survivants et victimes de l’attentat pour remonter jusqu’au kamikaze et ainsi, tenter de l’arrêter.
Pitch original et réelle tension des premiers instants mènent pourtant ce film expérimental à la photographie terne et léchée à stagner dans ses courtes ramifications. D’une victime à l’autre, jusqu’au tueur, la steadycam multiplie les plans séquences suivant les personnages dans leurs moindres déplacements, un procédé qui rend le rythme de ce long-métrage de 88 minutes accablant.
Véritable réflexion sur la culpabilité, la contingence et les actes manqués, le film s’égare parfois dans d’inutiles séquences larmoyantes lorsqu’il confronte ses personnages à des proches décédés. Malgré un final soigné qui n’est pas sans rappeler les somptueux ralentis concluant Zabriskie Point d’Antonioni, 22nd of May se range dans la catégorie des OVNI difficiles à apprécier malgré le réel travail artistique accompli.

22nd of May (Koen Mortier) sera rediffusé le 5 septembre à 19:00 (au cinéma Le Méliès).

Pour le 3ème long-métrage, le programme de la soirée a malheureusement été chamboulé. J’aurais aimé vous rapporter mes impressions sur The Woman, film dont la bande annonce m’avait séduit mais je n’ai pas pu assister à la projection. Sur le papier, je disposais de quinze minutes entre le film de Koen Mortier et ce film d’horreur américain mais la prolongation d’un débat précédant la projection de 22nd of May a décalé la séance de vingt minutes. Arrivé avec cinq minutes de retard devant la salle pour The Woman, on me dirige vers la salle 30 alors que la séance devrait se dérouler dans la salle 100, mais peu importe, même si la salle est plus petite, le principal est de voir le film.
Au grand dam de notre petit comité, The Woman débute avec un volume sonore quasiment inaudible et une qualité d’image abominable, des noirs si profonds qu’ils avalaient toute nuance comme les ténèbres d’une nuit sans Lune. La proximité du sympathique staff nous permet de signaler le problème mais, à part une amélioration du son, il s’avère impossible d’améliorer l’image.
Un groupe de personne quitte la salle ; je rejoins ces camarades d’infortune avec qui nous plaisantons sur la mésaventure, espérant que le film soit relancé dans de meilleurs conditions mais ce ne sera pas le cas. Nous apprenons d’ailleurs que nous avons été dirigé vers la salle 30 car la 100, qui projetait bien le film, était complète. Un surbooking qui laisse un arrière-goût amer même si on nous propose d’échanger notre place contre un autre billet – mais étant, comme d’autres, en possession de tous mes billets souhaités, la solution ne me convient guère.

Il reste une échappatoire : foncer à la salle 500 pour assister à la projection de Salue le Diable de ma part qui débute seulement, ce que je fais puisque je préfère cela à mon autre alternative, qui serait de patienter deux heures sur un quai de gare – faire 160 km en train A/R, c’est aussi ça, la cinéphilie.
La mésaventure continue puisque le film semble avoir débuté depuis une dizaine de minutes. Ainsi, je ne m’épancherai pas sur ce thriller colombien qui met en scène Edgar Ramirez, ayant assisté au film sans maîtriser les tenants et aboutissants, car s’il est possible de manquer l’introduction de certains long-métrages, la plupart ressemble à du Bergman sous-titré en coréen pour peu d’avoir manqué quelques plans.
Grâce au synopsis, j’ai réussi à reconstituer le puzzle après la projection : Ramirez incarne Angel – surnommé le Diable par certains –, un ancien guérillero rattrapé par son passé. Une de ses anciennes victimes kidnappe sa fille et menace de l’assassiner si Angel ne met pas fin aux jours des anciens membres de son unité. Généreux en fusillades et en exécutions, les quelques tours de force techniques ne suffisent pas à extirper le film de sa routine scénaristique, même si un sursaut de message politique apporte une profondeur supplémentaire en fin de course. Somme toute, le film de Juan Felipe Orozco ne se démarque aucunement des productions du genre.

Voilà pour ce premier bilan un peu terni par un cafouillage de fin de journée. L’Etrange Festival continue au Forum des Images jusqu’au 11 septembre. Pour ma part, retrouvez une prochaine chronique de l’étrange mercredi.

Article rédigé par Dom

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2 commentaires

  1. Ah là la dire que j’ai raté ça bon objectif de m’année prochaine y aller . Merci pour ton article récapitulatif et également mention spécial au teaser du meurtrier à la cuillère

  2. C’est un super festival avec un côté « underground » ; beaucoup de bons films projetés en simultanée, il y a des choix difficiles à faire !

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