Etrange Festival 2011 : Vive la viande !

Chers lecteurs végétariens, végétaliens et mangeurs de pâquerettes, ce titre n’a pas été choisi pour vous faire fuir définitivement de ce site ; c’est tout simplement le raccourci le plus opportuniste pour mentionner les deux films vu à l’Etrange Festival mardi : Viva la Muerte et Meat. Et après tout, ces longs-métrages partagent une vision peu appétissante des bovins !

Outre la fantastique programmation « classique » et les avant-premières – à venir : Take Shelter vendredi, Drive samedi et Don’t be afraid of the dark dimanche –, l’Etrange Festival est l’événement idéal pour découvrir des perles oubliées, subsistant seulement dans la mémoire de fervents cinéastes/cinéphiles, et des films qui ne trouveront jamais le chemin vers les salles françaises, trop déviants pour les exploitants. Pour cette deuxième soirée au festival, j’ai pu assouvir ce double plaisir, celui de la découverte d’un film devenu rare et d’un film qui, malgré lui, restera une rareté.


Je retrouve dans la salle 300 Jean-Victor de CloneWeb et Nico de Filmosphere – tous deux mènent un marathon sans précédent, à se demander si les films ne leur procurent pas une énergie vitale (et maléfique) –, pour assister à une projection de Viva la Muerte (Fernando Arrabal), choisi par Jean-Pierre Mocky dans le cadre de sa carte blanche. Mocky nous fait saliver sur sa sélection de films, évoque Luis Buñuel, et rappelle l’importance de ce film engagé et torturé pour le cinéma en France : il marque la fin de la censure en salles grâce à l’intervention de Jack Lang.
La séance est précédée d’un court-métrage animé, Je te pardonne, un film humoristique bien viril avec deux catcheurs, une rancœur, un slip of victory et du roulage de pelle à la clef. Mais place au feature film avec Viva La Muerte :
Dans ce long-métrage à caractère autobiographique, tourné en 1971, le cinéaste Fernando Arrabal présente son enfance comme une suite d’événements traumatisants, partagés entre fantasmes purs – en monochrome – et immonde réalité. On a l’étrange sensation de retrouver un Antoine Doinel des 400 coups piégé dans un cauchemar franquiste, sans aucune limite dans son horreur. Une horreur qui sourd autant de la guerre civile espagnole que de la structure familiale : Fando a perdu son père, militant des « rouges », car il a été dénoncé par sa mère. Narré comme un flot de souvenirs, le film baigne dans une atmosphère surréaliste où les pires atrocités peuvent prendre forme à tout instant, comme si la vie elle-même n’était qu’un jeu de hasard dans la boutique des immondices.
Fondateur du Mouvement Panique avec Roland Topor et Alejandro Jodorowsky (pour ce qui est des cinéastes), Arrabal s’apparente nettement, par les similarités de style et de caractère, aux premiers films de Jodorowsky : Fando y Lis et El Topo. La violence des images, omniprésente et souvent contrastée par une comptine, n’est rarement pure provocation ; le réalisateur a toujours une cible en vue, il dénonce par l’horreur au travers du regard de l’enfant, de son innocence qui appelle toujours au questionnement et de son infatigable recherche du père. Le père, un véritable mirage sur cette terre sans humanité, heureuse sous le joug du franquisme et d’un état ecclésiastique méprisable. En fait, Arrabal se contente simplement de mettre la lumière sur les abominations intérieures pour exorciser ses propres démons. Du grand travail d’artiste.


Nous ressortons de la salle 300 pour y retourner aussitôt. Place à un drame expérimental hollandais, intitulé Meat, un de ces films dont la présentation à l’Etrange Festival s’impose comme une évidence à leur terme : c’est singulier, torturé, opaque, sexuellement chargé et déviant ! Le sympathique couple à l’origine de ce projet, Maartje Seyferth et Victor Nieuwenhuijs, nous explique que malgré la présence d’un célèbre acteur de leur patrie, Titus Muizelaar, le film ne sera pas exploité chez eux et vogue de festival en festival. Ils travaillent déjà sur leur prochain film, avec toujours pour thématiques principales Eros et la mort.
Meat s’ouvre sur le plan qui a donné l’affiche ci-contre, trois corps de femmes nues, pendus comme des carcasses de bétail. Trois corps de femmes pour trois personnages principaux : Roxy (Nellie Benner), une employée de boucherie, son vicieux patron et l’inspecteur Mann, tous deux interprétés par Titus Muizelaar. Difficile d’aborder ce film au rythme clopinant, fasciné par la chair, la chair de la femme et la chair animale, destinée à la consommation, et il y a sans nul doute un parallèle simple qui s’établit ici : la magnifique Roxy ne serait-elle pas un produit de consommation ? Une biche égarée, en proie à toutes les bêtes environnantes ? C’est l’idée qui semble la plus tenace tant ses relations avec les hommes les poussent à la perversité sexuelle. Pourtant, prendre cette grille de lecture ne permet pas d’explorer l’intégralité du film qui se tourne vers une inhabituelle enquête sur la mort du boucher. La dernière personne l’ayant vu, c’est Roxy, après lui avoir uriné sur le ventre – je vous épargne certains détails, toujours est-il qu’il est amusant de découvrir le point de saturation de certains spectateurs au cours de ces projections et cette séquence fut le ticket de sortie pour un voisin de rangée.
Personnages à la psychologie détraquée, image granuleuse et froide comme l’acier, Meat parvient à gagner en intensité au fur et à mesure qu’il nous enveloppe dans son dédale abyssal qui n’est pas sans rappeler l’univers de David Lynch. Probablement le film le plus insolite qu’il me sera donné de voir à cette édition de l’Etrange Festival qui se poursuit jusqu’au 11 septembre 2011.

Je vous abandonne d’ailleurs avec la bande annonce de Meat et vous donne rendez-vous en fin de semaine pour une nouvelle chronique de l’étrange à base de vampires :



Article rédigé par Dom

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