[Critique] The Divide (Xavier Gens)

Pour survivre à la fin du monde, il faut d’abord survivre aux autres. Tel est le slogan du nouveau film de Xavier Gens qui continue, après Hitman, sa carrière sur le continent nord-américain. Bien que les personnages de The Divide souffrent d’une caractérisation sans finesse, le cinéaste originaire de Dunkerque livre un huis-clos qui frappe fort sur le territoire de la dérive mentale.

Le monde d’après

Par un reflet sur une baie vitrée, nous assistons, comme Eva (Lauren German), impuissants, à l’explosion d’une arme nucléaire en plein cœur de New York. La panique emporte vers le sous-sol tous les occupants du bâtiment mais seulement une poignée d’élus verront leur mort ajournée. Xavier Gens rentre dans le vif de son sujet sans introduction pesante, mais sa mise en scène nerveuse nuit à la première partie du film ; alors qu’il pourrait privilégier les plans fixes pour renforcer la sensation de confinement, le cinéaste ne cesse de tourner autour de ses personnages, antipathiques malgré la situation de détresse, et de découper les scènes à outrance. En résulte un véritable détachement avec les enjeux et le destin de ces rescapés qui se résorbe au fils des bobines, car un mystère dense règne à propos du monde extérieur. Selon Mickey (Michael Biehn), gardien de l’immeuble s’attribuant le rôle de chef, ancien pompier dépêché aux Twin Towers lors des attentats du 11 septembre 2001, quitter le sous-sol serait du suicide, la bombe ayant frappé New York étant capable de détruire les tissus cellulaires à moyen-terme.
L’arrivée de soldats à l’équipement futuriste, kidnappant la jeune enfant du groupe provoque un véritable malaise, en plus de donner lieu à une scène d’action très réussie, tirant profit de la configuration spatiale du lieu. Tout porte à croire qu’à l’extérieur, des soldats et scientifiques mènent d’étranges expériences sur des êtres humains…

Ce huis-clos post-apocalyptique parvient à mettre ses failles scénaristiques en arrière-plan dans la seconde moitié du récit, où la mise en scène dynamique de Xavier Gens trouve alors un véritable intérêt. Le manque de vivres déclenche une révolte qui inverse les rapports de force et la claustrophobie frappe les personnages qui sombrent dans la folie. Alors que certains s’affirment en petits chefs de cette capsule souterraine, les autres, subissent leur comportement de plus en plus inhumain. Pour montrer la décrépitude physique, le film a été tourné dans l’ordre chronologique, permettant aux acteurs de s’imposer un régime ayant conduit certains d’entre eux à perdre une vingtaine de kilos. D’impressionnantes métamorphoses se développent au fur et à mesure que l’on progresse dans cet insalubre film de survie qui brouille tout repère temporel. Impossible de déterminer le nombre de jours qui s’écoulent en compagnie de cette bande clivée en trois sous-groupes : les sains d’esprit, les soumis et les aliénés. Ces derniers atteignent une condition mentale paradoxale, partagée entre bestialité – les pulsions sexuelles – et infantilité – un jeu malsain d’action ou vérité.
Face à la démence morbide et sans limite des tyrans du groupe, s’évader de l’abri s’impose comme l’unique espoir de survie. Le film atteint alors son paroxysme pour déboucher sur une conclusion loin de décevoir, ce qui est souvent le propre des longs-métrages du genre.

Au final, grâce à une direction artistique inspirée et une courbe d’intensité croissante, The Divide s’affranchit des lacunes de son scénario qui affectent avant tout les premières minutes du film. Probablement la meilleure œuvre de Xavier Gens à ce jour.

Cet article a été rédigé suite à la projection du film à l’Etrange Festival 2011. Malheureusement, aucun distributeur n’a osé parier sur une sortie en salle, le film est disponible en DVD et Blu-ray dès aujourd’hui :

3 étoiles

 

The Divide

Film américain, britannique
Réalisateur : Xavier Gens
Avec : Lauren German, Milo Ventimiglia, Michael Biehn, Rosanna Arquette, Michael Eklund
Scénario de : Karl Mueller, Eron Sheean
Durée : 112 min
Genre : Thriller, Science-fiction
Disponible en DVD et Blu-ray depuis le 1er juin 2012
Distributeur : BAC Films

Bande Annonce (VOST) :

Article rédigé par Dom

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Un commentaire

  1. Très bonne surprise, en effet, que ce Divide.

    Le huis clos oppressant de cet abri d’infortune, l’intervention des militaires et les choix « vitaux » auxquels sont confrontés les survivants.

    Le réalisateur joue avec nos nerfs jusqu’à la dernière minute.

    Pas mal de bonnes idées auraient pu bénéficier d’un meilleur développement et rythmer ainsi un peu plus le milieu du film, mais dans l’ensemble une très « belle » réalisation, dont certaines scènes me resteront pour longtemps.

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