Cannes 2016 : Jeunes mariés

Lundi 16 mai 2016, deuxième semaine de festivités à Cannes. Au programme deux films qui tournent au tour du mariage, le nouveau Jeff Nichols, Loving, et Apnée dans la soirée. Entre les deux, Comancheria (Hell or High water) à Un Certain Regard et on a terminé cette belle journée à la soirée sur la plage Nespresso.

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On arrive toutefois à avoir quelques surprises à Cannes malgré les années qui passent et les badges qui s’accumulent à la maison. A 11H30, c’est se retrouver en orchestre du Grand Théâtre Lumière pour Loving de Jeff Nichols. Place de choix pour découvrir cette histoire d’amour entre une femme noire, Mildred (Ruth Negga), et un homme blanc, Richard Loving (Joel Edgerton), dans l’Amérique des années 50, toujours marquée par le racisme. Cette chronique, inspirée d’une histoire vraie, bascule dès le début du film lors du mariage du couple en dehors de l’Etat de Virginie où ils résident, qui proscrit un mariage interracial. Les langues se délient même dans la communauté noire qui conduit alors à leur arrestation et à un jugement express les condamnant à choisir entre la prison où quitter l’Etat où sont leurs proches, leurs racines. Ruth Negga et Joel Edgerton, transformé physiquement pour le rôle, forment un beau duo avec un jeu tout en douceur, délicat, à l’image du traitement choisi par Jeff Nichols : c’est en se concentrant sur l’intimité de cette famille, trois enfants arrivant rapidement que le cinéaste choisi de conter cette chronique qui ira jusqu’à la Cour suprême. On pourrait même dire que le metteur en scène s’efface ici pour son sujet, sans pour autant perdre prise. C’est une question de subtilité dans un film où les méfaits ne sont pas surlignés, ce qui, ainsi, décuplent leur violence. Portrait d’un couple qui ne renonce jamais à la liberté de leur amour malgré le poids des années et l’obligation de vivre à l’abri des regards, Loving n’engage son militantisme que dans son ultime partie, le procès ne s’emparant jamais du fil narratif. Dans Take Shelter, le mari construisait un abri pour survivre en sous-sol, caché : ici, ce maçon construit fièrement sa maison pour les siens et vivre sur leurs terres, en toute liberté. Le mariage n’a pas de couleur, et certaines histoires d’amour peuvent vaincre tous les obstacles. C’est aussi limpide qu’essentiel, aussi simple que touchant.

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Quelques minutes s’écoulent seulement avant de gagner Debussy pour Comancheria (Hell or high water) de David Mackenzie (qui a réalisé le film de prison Les poings contre les murs). Cette fois, ce sont les grands espaces texans qui sont face à sa caméra pour un film de braquage fraternel sous fond de crise économique. Pour sauver la terre de leur mère décédée d’une saisie par la banque, Toby (Chris Pine) et Tanner (Ben Foster) vont braquer les différentes banques d’une même firme afin de régler la dette tout en exerçant une sournoise vengeance. Si le plan de Toby s’approche de la perfection, l’imprévisibilité explosive de Tanner va laisser des indices aux Texas Rangers joués par un excellent Jeff Bridges moqueur et Gil Birmingham. Ultra efficace, ce thriller se montre aussi très drôle et mis en scène avec une précision assez remarquable. Loin de suivre un schéma prévisible, ce qui s’annonçait au début comme une simple série B se hisse sans mal dans le rang des films de genre réussis. On notera toutefois une bande originale assez décevante de la part de Nick Cave qui sort des violons de western sans grande inspiration. Mais qu’importe, Comanchiera (Hell or high water) réussit son casse et fait gagner quelques galons à David Mackenzie.

Après un passage à la plage Nespresso afin de récupérer une invitation pour la fête de la Semaine de la critique le soir même, avec quelques belles retrouvailles sur place, l’emploi du temps se libère enfin pour pouvoir manger pour la première fois de la journée – mais on ne va pas se plaindre alors que les projections ont apporté une satisfaction totale. Bien que Robert De Niro monte les marches à 22H pour Hands of Stone, je sacrifie sa projection au profit de celle de Apnée à la Semaine de la Critique.

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Premier long métrage de Jean-Christophe Meurisse du collectif Les Chiens de Navarre, dont les comédiens tiennent tous un rôle ici, Apnée célèbre l’absurde grâce à un trio de comédiens détonnant. Le film s’ouvre sur une scène hilarante dans laquelle ces deux hommes en robes de mariée et leur compagne souhaitent voir leur union officialisée, à trois. Le maire refuse et débute alors une conversation poilante et explosive. Ainsi, ils vont traverser l’été dans des séquences s’apparentant à des sketchs où le principal sujet tourne autour de la famille, des enfants – scène très drôle avec une gamine dans un parc – aux parents – invitation à la table de retraités. Un brin surréaliste et toujours jovial, Apnée affiche quelques longueurs, certaines scènes méritant d’être écourtées pour conserver la même dynamique du début à la fin du film. Une erreur de jeunesse dirons-nous, car en l’état, l’esprit de Jean-Christophe Meurisse arrive comme un cocasse et frondeur vent de fraîcheur au sein de la comédie française.

L'équipe de "Hands of Stone" sur les marches

L’équipe de « Hands of Stone » sur les marches

Détour par le tapis rouge pour assister à la montée des marches de Hands of Stone pour une soirée hommage à l’immense Robert De Niro. Face à une foule enthousiaste, l’acteur américain s’est engouffré en compagnie de Chris Tucker et Usher dans un Grand Théâtre Lumière plein à craquer.

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La nuit débute sur la plage Nespresso pour la soirée du film Apnée. On y croise les membres de l’équipe mais aussi ceux du jury, dont la sympathique Valérie Donzelli. Entre les bières, le vin, le buffet, les burgers et le bar à cocktail à base de gin, les invités ont de quoi se rincer – mais pas évacuer, avec un seul WC disponible pour les hommes, l’apocalypse a été évitée de peu. On évite de faire la fermeture à quelques minutes près pour se donner bonne conscience, Pedro Almodovar sera avec nous dès le réveil.

Article rédigé par Dom

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