Cannes 2016 : Juste la fin de la semaine

Neuvième journée à Cannes qui marque la fin de la Semaine de la Critique et sa fameuse soirée de clôture. Mais avant les cocktails, il y avait des films, dont deux en compétition officielle, Juste la fin du monde de Xavier Dolan – image du film ci-dessus -, Baccalauréat de Cristian Mungiu et enfin, à la Quinzaine des réalisateurs, Divines.

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De mémoire de festivalier, je n’avais jamais vu de telles files pour un film projeté à 11H30 au Grand Théâtre Lumière. La file balcon à droite du palais s’étendait même face à l’autre salle, Debussy. Le film qui attire autant de foule, c’est le nouveau Xavier Dolan, qui était reparti avec le prix du jury en 2014 avec Mommy. Casting exclusivement français pour Juste la fin du monde, et un casting assez impressionnant : Nathalie Baye, Lea Seydoux, Marion Cotillard, Vincent Cassel et Gaspard Ulliel. Il s’agit de l’adaptation de la pièce éponyme de Jean-Luc Lagarce, un texte qui est tombé dans les mains du cinéaste canadien grâce à son actrice fétiche Anne Dorval – et bien qu’absente du film, c’est Nathalie Baye qui hérite de son style de jeu, tout en étant moins convaincante. C’est l’histoire d’une réunion familiale. Après 12 ans d’absence, Louis (Gaspard Ulliel) décide de revoir les siens sans leur expliquer la raison de ses retrouvailles inespérées. La raison, le spectateur l’apprend dans l’avion de son départ : Antoine, metteur en scène à succès, va mourir. Il doit l’annoncer à ses proches qui, à l’exception de son frère Antoine (Vincent Cassel, au personnage horripilant), ne se font qu’une joie de le retrouver, surtout sa sœur Suzanne (excellente Lea Seydoux en post-adolescente), sa mère (Nathalie Baye donc), mais aussi sa belle-sœur Catherine (Marion Cotillard) qu’il rencontre pour la première fois. Dolan opte pour la multiplication des portraits, des gros plans sculptés par une lumière tantôt maladive, tantôt douce comme à l’aurore. Si l’on retrouve quelques séquences musicales propre à son style, ici, il se détache de tout ce qu’il a pu faire auparavant. Certains pourraient parler d’une maturité nouvelle qui montre plutôt des faiblesses inédites dans son cinéma, notamment au niveau des dialogues – l’horreur des « échanges » entre Louis et Antoine. La déception tient aussi de cet aspect funeste qui confine parfois à l’apathie lorsque le symbolisme ne se retrouve pas surligné, comme dans l’ultime séquence qui ne trouve pas l’émotion attendue. Juste la fin du monde est une œuvre qui se languit, et qui, peut-être, trouvera un autre sens ou une vraie force après les festivités. A revoir !

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Au palais, on peut multiplier les belles rencontres : suite à la projection, il était possible de croiser le casting du film, dont une Marion Cotillard qui a offert de son temps aux festivaliers l’appelant. Mais rien ne m’indiquait que j’allais par la suite croiser dans un ascenseur Kristen Stewart, visiblement sur le départ, acculée par des valises – et plus tard, c’est sur Vincent Cassel que je tomberai près de l’entrée des artistes.

Baccalaureat

Retour au Grand Théâtre Lumière avec le deuxième réalisateur roumain en compétition, Cristian Mungiu, déjà palmé en 2007 pour 4 mois, 3 jours, 2 nuits. Dans Baccalauréat, il réalise un examen de conscience de la Roumanie au travers du personnage de Roméo (Adrian Titieni), un cinquantenaire, docteur émérite qui ne croit plus en son pays. C’est pour cela qu’il veut que sa fille Eliza (Maria Dragus) parte en Angleterre pour poursuivre ses études. Une élève studieuse, pour laquelle l’obtention du bac ne devrait être qu’une simple formalité. Hélas, la veille du début des examens, l’adolescente est agressée sexuellement. Roméo use alors de son influence pour assurer le succès de sa fille, et débutent alors plusieurs complications dans sa vie professionnelle et privée. Baccalauréat évoque une société en légère dérive, et dont les responsables, les adultes, se déchargent totalement de cette situation. Compromis et corruption ont mené à cet état, ou cet Etat, auquel Roméo ne voit pas d’avenir pour sa fille. Dès lors, comment changer de cap pour cette nation ? C’est une question à laquelle Mungiu répondra de façon limpide, sans aucun trait grossier dans la façon de composer cette chronique familiale à la force simple. Cela tient autant du dispositif de mise en scène, sans fioriture, que des comédiens imprégnés par leur personnage. S’ajoute à l’aspect politico-social les troubles de la sphère privée, notamment par la liaison qu’entretient Roméo avec une jeune professeure, mais ces deux éléments se nourrissent et communiquent directement entre eux. Voilà un film fort, qui pourrait décrocher un Grand prix du jury.

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Le soir, difficile de choisir sa ou ses projections. Suite à des échanges à l’apéro de la maison des scénaristes, sur la pantiero, c’est Divines qui est l’élu de la soirée, premier long métrage de Houda Benyamina, sélectionné à la Quinzaine des réalisateurs. Le matin, le film avait été salué par des commentaires dithyrambiques sur les réseaux sociaux. La salle, comble, est en plein délire lorsque la réalisatrice et son équipe montent sur scène pour une présentation se résumant avant tout à des remerciements pour ses collaborateurs. Divines est une histoire d’amitié dans la banlieue, celle de Dounia (Oulaya Amamra) et Maimounia (Déborah Lukumuena), campées par deux jeunes femmes naturelles et pleine d’énergie. Ce film, que beaucoup ont rapproché de Bande de filles de Céline Sciamma, conte l’envie de ces deux adolescentes d’échapper à leur condition au plus tôt, de faire du blé. « Money, money, money ! » clament-elles. C’est en rejoignant le gang d’une forte tête qu’elles débuteront alors à faire du trafic et des petits larcins plus dangereux qu’ils n’y paraissent. Drôle et touchant, le film s’ouvre même à un versant romantique au travers d’un jeune homme pratiquant la danse contemporaine. Le film respire ainsi par ses différents angles, et bien que l’on puisse regretter certains dérapages – l’hystérie d’une des dernières séquences notamment –, la vision qu’offre la cinéaste de la banlieue brille par son regard aussi sincère que révolté.

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La nuit continue pour la dernière fête sur la plage Nespresso, Ultima noche comme indique le carton puisque la Semaine de la Critique s’achève déjà – voir le palmarès. Pour une dernière fois, les festivaliers pouvaient se restaurer et danser dans ce vaste espace aménagé où se trouvaient ce soir Laetitia Casta, Chloé Sévigny et Sandrine Kiberlain, les trois femmes ayant présenté un court métrage en clôture. En main des convives, le cocktail le plus couru est à base de Cointreau et donné dans un verre-bouteille très pratique pour ne pas s’arroser dans la foule – et ne pas ruiner les sapes des autres aussi ! Sur les coups de 2 heures, les lumières se rallument, il faut regagner la croisette. Certains visent le Silencio, d’autre le Gotha, mais au final, il faudra s’offrir du sommeil pour bien conclure le 69ème Festival de Cannes qui nous réserve encore les nouveaux films de Sean Penn, Paul Verhoeven, Nicolas Winding Refn, Asghar Farhadi et Paul Schrader.

Article rédigé par Dom

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3 commentaires

  1. Un grand merci, Dom, pour tous ces compte-rendus. C’est comme si on y était ! N’oublie de nous présenter ta palme perso !

  2. Un grand merci, Dom, pour cette balade cannoise ! C’est comme si on y était ! N’oublie pas de nous délivrer ta palme perso 🙂

  3. Merci, je publie ça dans l’après midi, quelques heures avant la cérémonie.

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