Critique : Mother !

Trois ans après le tristement mal aimé Noé, Darren Aronofsky revient au thriller avec Mother !, un huis clos qui confronte une jeune femme à d’étranges phénomènes dans sa propre maison. Etouffant dans son style, le film se heurte au ridicule dans sa collection d’allégories et de métaphores.

Foyer tourmenté

Dès son premier film, Pi, Darren Aronofsky a prouvé sa maîtrise pour livrer des thrillers troublants, jouant avec la psyché de ses personnages. En 2010, il conduit même Natalie Portman jusqu’à l’Oscar avec le dérangé et impressionnant Black Swan. Suite à l’échec de Noé, Aronofsky retourne sur un terrain où il a déjà fait ses preuves, celui du thriller à tendance horrifique. Jennifer Lawrence campe la femme d’un poète en panne d’inspiration joué par Javier Bardem. Aucun des personnages ne porte de nom dans ce huis clos s’ouvrant sur un plan déjà trop révélateur : une jeune femme (Jennifer Lawrence ?) se retrouve consumée par des flammes. Un simple cauchemar alors que la maison est en cours de rénovation par la protagoniste du film suite à un incendie ? On se doute bien que non ! Entre les deux amants, difficile de déceler une trace d’amour, un élément sur lequel jouera exagérément Aronofsky dans ce film qui déploie un ambivalent phénomène de possession et de dépossession. D’un côté, la maison semble hantée, du moins, habitée par une entité se manifestant étrangement à la jeune femme. De l’autre, il y a un envahissement consenti par le mari avec l’arrivée d’un docteur joué par Ed Harris, rapidement suivi par sa menaçante femme interprétée par Michelle Pfeiffer. Les enfants, joués par Brian Gleeson et Domhnall Gleeson, suivront aussi pour rendre cette occupation encore plus accablante et surréaliste. Le foyer du couple se voit bouleversé, mais le phénomène n’affecte que la femme.

Mother ! aborde de nombreuses thématiques relatives à la création, la création dans un sens artistique, divin et aussi maternel puisqu’il sera question de la grossesse de la jeune épouse dans la seconde partie de ce long métrage. Un artefact sauvé des flammes de la maison, un étrange breuvage qu’avale régulièrement la femme ainsi que des phénomènes touchant au surnaturel construisent tout un mystère qu’Aronofsky brisera dans sa volonté exagérée d’alimenter le malaise avec une mise en scène basique. Tout au long du film ou presque, la caméra, portée, est accrochée à Jennifer Lawrence, allant jusqu’à rogner son visage dans les gros plans. Oui, ce procédé nourrit l’angoisse du spectateur, mais piètrement, en reniant un langage cinématographique plus travaillé. On retrouve en fait les défauts de Black Swan sans la maestria de certaines séquences pour compenser – le dernier acte notamment. Dans Mother !, Aronofsky fait preuve d’un découpage fluide permettant de basculer dans des atmosphères oppressantes sans aucun raccord, mais cette prouesse technique est au service de ressorts narratifs touchant parfois au ridicule. Le personnage que joue Jennifer Lawrence, fragile et écrasé, subissant constamment les envies et fantaisies de son mari, perd notre empathie au cours de cette histoire inerte, désincarnée par ses propres règles. Si thématiquement, le film, en certains points ésotériques, s’avère riche, les grosses ficelles utilisées par Aronofsky ôtent toute force à ce cauchemar éveillé, sinistre et raté cousin du Rosemary’s Baby de Roman Polanski sous un mode bien plus hystérique.

2 étoiles

 

Mother !

Film américain
Réalisateur : Darren Aronofsky
Avec : Jennifer Lawrence, Javier Bardem, Ed Harris, Michelle Pfeiffer, Brian Gleeson, Domhnall Gleeson
Scénario de : Darren Aronofsky
Durée : 121 min
Genre : Thriller, Epouvante
Date de sortie en France : 13 septembre 2017
Distributeur : Paramount Pictures France

Bande Annonce (VOST) :

Article rédigé par Dom

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