[Critique] Noé, réalisé par Darren Aronofsky

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Adaptation du récit biblique, Noé est un projet de longue date pour Darren Aronofsky qui le conduit aux commandes de son film au budget le plus élevé. Sans atteindre la puissance émotionnelle de ses meilleures œuvres, il livre ici une belle et captivante épopée.

Péché éternel

Délicate tâche que de porter à l’écran un épisode biblique, d’autant plus que Darren Aronofsky se permet maintes libertés pour transformer la mission de Noé en une aventure fantastique où le protagoniste doit faire face à ses doutes, questionner les fondements de la mission divine qui lui est confiée. On peut même parler de sacrifice, puisque Noé, qui construit son arche afin de sauver un couple de chaque espèce animale, se demande si lui-même et les siens doivent être épargnés du déluge, car après tout, ce sont des hommes qui méritent le châtiment qui guette tout un chacun. Ainsi, ce Noé campé par Russel Crowe, prolonge les portraits de solitaire enclin au sacrifice au nom de leur vocation, de leur art, qu’aime dépeindre avec attention Aronofsky, notamment dans ses deux précédents longs métrages, The Wrestler et Black Swan. C’est la passion, au sens religieux du terme, qui embrasse le destin de ces trois personnages. Noé est situé dans une introduction qui revient sur la Genèse et la mort de son père face à la vilenie des hommes, qui ne respectent aucunement le sacré de la Terre qui leur a été offerte. Père à son tour, Noé et les siens vivent simplement, à l’abri de la violence des hommes, qui les poussera sur les terres désolées des veilleurs, anges déchus dont le corps céleste est prisonnier de la roche.

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Avec ses effets numériques étranges, singuliers, Noé évolue sur la fine ligne où l’esthétique du film aurait pu plonger toute l’œuvre dans le ridicule, mais Aronofsky parvient à conduire une direction artistique particulièrement séduisante, baroque, se démarquant fortement des standards actuels. Quelque chose d’un autre temps se dégage de cette production, qui rappelle ce qui pouvait se faire sur certains films fantastiques des années 80, comme Conan le barbare de John Milius – les effets spéciaux modernes en plus. Les ciels, parfois composés numériquement, fascinent par leur pureté, tout comme les étendues verdoyantes, filmées en Islande. La photographie de Matthew Libatique, superbe 35 mm, magnifie autant la nature que les visages, leur donnant un éclat ancestral sans être hiératique. Des traits fragile d’Ila (Emma Watson), compagne inféconde de Sem (Douglas Booth), l’aîné de Noé et Naameh (Jennifer Connelly), à ceux creusés par le temps de Mathusalem (Anthony Hopkins), chaque gros plan est synonyme de composition picturale par une douce lumière précédant l’apocalypse. Aidé par les veilleurs biscornus pour construire son imposante arche où viennent se réfugier les animaux, Noé doit faire face une ultime fois aux hommes menés par Tubal-Caïn (Ray Winstone), ces derniers voulant sauver leur peau du déluge et à aller à l’encontre de la purification divine de sa pire engeance terrestre. Autre conflit, avec son fils Cham (Logan Lerman) qui souhaite plus que tout devenir un homme et, comme son frère aîné, avoir une compagne à ses côtés.

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La version du film présentée est un director’s cut, Darren Aronofsky ayant gagné le bras de fer avec les studios pour imposer de bout en bout sa vision personnelle du mythe – qui dérange certains, le film étant interdits dans plusieurs pays et se retrouvant décrié pour sa relecture fantastique. Sa mise en scène, qui dans la première partie du film, souligne toujours l’humble place de l’homme face à la nature dont il se détourne, présente de nombreuses fulgurances, avec des effets étonnants qui empruntent au stop-motion, pour suivre un vol de colombes sur de vastes contrées ou bien revenir sur les premières formes de vie terrestre. Les visions cauchemardesques de Noé se montrent aussi saisissantes, appuyées par les musiques alarmantes de Clint Mansell. Même lors des séquences d’action, Aronofsky ne s’abandonne que peu souvent à la shakycam pour donner de l’ampleur au combat, qu’il s’agisse d’un assaut de milliers de personnes vers l’arche ou d’une confrontation bien plus tragique et intimiste au cœur même de ce vaisseau. Car une fois à bord, la découverte inattendue qu’Ila attend un enfant et la présence d’un individu non désiré confronteront encore Noé à des choix moraux et à s’engager physiquement. Crowe, robuste, ferme, livre d’ailleurs une interprétation séduisante, car derrière ses allures de guerrier rupestre, l’émotion est toujours là, derrière son regard qui se porte vers le ciel lorsqu’en quête de réponse, il s’en remet à Dieu. Dommage et surprenant que face à lui, Jennifer Connelly ne se montre pas à la hauteur dans les scènes les plus dramatiques.

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Malgré quelques maladresses, tenant à des détails, c’est un captivant péplum écologique, riche en thématiques, que livre Darren Aronofsky. Concentrant dans son protagoniste toute la dualité de l’homme, partagé entre le bien et le mal, Noé rappelle que ces notions dépendent avant tout de la perspective adoptée, jusqu’à remettre en question sa foi. Peut-être que le péché originel n’est qu’un trait profond de l’âme humaine qu’il faut accepter, avec la bienveillance même du ciel.

4 étoiles

 

Noé

noe-afficheFilm américain
Réalisateur : Darren Aronofsky
Avec : Russell Crowe, Jennifer Connelly, Emma Watson, Douglas Booth, Logan Lerman, Ray Winstone, Anthony Hopkins
Titre original : Noah
Scénario de :
Durée : 138 min
Genre : Aventure, Fantastique, Péplum
Date de sortie en France : 9 avril 2014
Distributeur : Paramount Pictures France

Bande Annonce (VOST) :

Article rédigé par Dom

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